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— Oui. Black-out.

— Très bien, amiral. (Thorne hésita.) Comment te sens-tu en ce moment ? Tout le monde sait que tes crises peuvent durer des semaines. Mais si tu te reposes un peu, je suis certain que tu auras retrouvé ton énergie habituelle lorsqu’il faudra descendre là en bas. Tu veux que je dise qu’on te laisse tranquille ?

— Je… j’en serai ravi, Bel. (Quelle chance !) Mais, tiens-moi informé, hein ?

— Oh oui. Tu peux compter sur moi. Cette mission ne présente aucune difficulté particulière en dehors des gamins. Et ceux-là, je te les laisse. C’est toi, l’expert.

— Parfait.

Avec un sourire et un salut chaleureux, il regagna sa cabine de l’autre côté du couloir. Le mélange de tension et d’exaltation lui donnait l’impression de flotter. Quand la porte fut scellée derrière lui, il se laissa tomber sur le lit et s’accrocha aux couvertures pour rester en place. Ça va vraiment arriver !

Plus tard, après avoir consciencieusement consulté depuis la comconsole de sa cabine le journal de bord, il retrouva la trace de la précédente visite de l’Ariel à l’Ensemble de Jackson, quatre ans plus tôt. Ce compte rendu commençait par un inventaire ennuyeux à propos d’une cargaison d’armes devant être chargée depuis la station de transfert orbital Fell. Soudain, sans le moindre préambule, la voix haletante de Thorne s’élevait :

— Murka a perdu l’amiral. Il est retenu prisonnier par le baron Ryoval. Je vais passer un pacte avec le diable, avec Fell lui-même.

Suivaient des rapports à propos d’une navette partant en urgence pour la planète et le départ subit de l’Ariel avec simplement la moitié de sa cargaison. À cela, succédaient deux conversations fascinantes et inexpliquées entre l’amiral Naismith, le baron Ryoval et le baron Fell. Ryoval enrageait, crachant les menaces de mort les plus exotiques. Il étudia le beau visage convulsé du baron avec un certain malaise. Même dans une société où les pires exactions étaient la règle, Ryoval était soigneusement évité par les autres Jacksoniens.

Fell se contrôlait nettement mieux. Sa colère était froide. Comme d’habitude, les informations essentielles comme la vraie raison de ce voyage demeuraient cachées. Mais il parvint à découvrir le fait surprenant que le soldat de deux mètres quarante, le sergent Taura, était un produit des laboratoires génétiques de la maison Bharaputra. Un super-soldat fabriqué en cuve.

C’était comme de tomber tout à fait accidentellement sur un ami d’enfance. En proie à une mélancolie débile, il chercha toutes sortes de renseignements sur le sergent Taura. Apparemment, Naismith avait volé son cœur ou plus exactement l’avait volée même si, visiblement, ce n’était pas cela qui offensait Ryoval. Tout cela demeurait tout à fait incompréhensible.

Il découvrit un autre fait, assez déplaisant. Le baron Fell était, ou avait été, un consommateur de clones. Son vieil ennemi Ryoval, pour se venger, avait fait tuer son clone, le piégeant dans son corps vieillissant. Malgré les conseils de Thorne, il éviterait tout contact avec le baron Fell si cela était possible.

Il poussa un long soupir et éteignit la console. Il recommença à s’entraîner avec le casque de commandement. Heureusement, le programme d’apprentissage était toujours chargé dans sa mémoire. Je vais réussir. D’une manière ou d’une autre.

4

— Aucune réponse de l’Ariel, monsieur, s’excusa le lieutenant Hereld.

Miles serra les poings et se mit à arpenter de long en large le poste de Communication et Navigation du Triumph.

— C’est bien le troisième… hein, le troisième ? Et vous avez répété le message à chaque courrier ?

— Oui, monsieur.

— Trois fois et il ne répond toujours pas. Bon sang, Bel, qu’est-ce que tu fabriques ?

Le lieutenant Hereld haussa les épaules dans un geste d’impuissance.

Miles retraversa la pièce au pas de charge. Maudit décalage. Il voulait savoir ce qui se passait en cet instant même. Les faisceaux voyageaient dans un espace local à la vitesse de la lumière mais la seule façon d’obtenir une information à travers les connexions galactiques était de la transporter physiquement. Envoyer un courrier dans un vaisseau qui faisait le saut dans le couloir. À l’arrivée, l’information était transmise par faisceau jusqu’à une autre station de saut où un nouveau courrier l’emmenait à travers le couloir et ainsi de suite. Dans les régions où un tel service était économiquement très rentable, des courriers partaient toutes les demi-heures. Entre Escobar et l’Ensemble de Jackson, il en partait toutes les quatre heures. En plus du délai imposé par les lois de la physique, s’ajoutait celui, arbitraire, des règles humaines. De tels retards pouvaient s’avérer profitables parfois pour ceux qui s’amusaient au jeu complexe de la spéculation financière à l’échelle stellaire. Ou bien pour des subordonnés indépendants qui préféraient dissimuler le plus longtemps possible leurs activités à leurs chefs. Miles lui-même en avait souvent abusé. Une demande de clarification lui offrait le temps nécessaire pour passer à l’action. Voilà pourquoi il avait fait en sorte que son ordre de rappel à l’Ariel soit personnel, limpide et non discutable. Mais Bel n’avait pas répondu par une idiotie du genre : Que voulez-vous dire par là, monsieur ? Bel n’avait pas répondu du tout.

— Il ne s’agit pas d’un problème avec les courriers, n’est-ce pas ? Les autres circulent normalement, n’est-ce pas ?

— Oui, monsieur, j’ai vérifié. Les communications sont parfaitement normales avec l’Ensemble de Jackson.

— Ils ont donné un plan de vol vers l’Ensemble de Jackson mais l’ont-ils respecté ?

— Oui, monsieur.

Bon sang, quatre jours maintenant. Il fallait prendre une décision et cela seul l’énervait. Il n’avait plus l’habitude de se lancer dans une action sous la pression d’événements qu’il ne contrôlait pas. J’avais prévu autre chose, bordel.

— Très bien, Sandy, convoquez-moi une réunion d’état-major immédiate. Le capitaine Quinn, le capitaine Bothari-Jesek et le commodore Jesek dans la salle de briefing du Triumph dès que possible.

Hereld haussa les sourcils en entendant ces noms. Le Cercle Intime.

— C’est vraiment la merde, monsieur ?

Il parvint à sourire aigrement et à garder un ton léger.

— C’est seulement emmerdant, lieutenant, comme vous dites, pas grave.

Pas encore. Qu’est-ce que son idiot de frère avait l’intention de faire avec l’escadron qu’il avait réquisitionné ? Une douzaine de Dendariis en armes ne constituaient pas une puissance de feu négligeable. Mais, comparé aux ressources militaires de la maison Bharaputra… C’était juste assez pour se foutre dans une belle merde mais pas pour en sortir. L’idée que ses hommes – et Taura, bon Dieu ! – suivaient aveuglément l’ignorant Mark dans une opération débile, en s’imaginant qu’il s’agissait de lui, le rendait malade. Des sirènes hurlaient dans son crâne, des lumières rouges tourbillonnaient dans tous les sens. Bel, pourquoi ne réponds tu  pas ?

Miles arpentait la salle d’état-major du Triumph. La table de tactique lui fournissait un circuit idéal : il achevait son vingtième tour quand Quinn se décida à gronder :