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— Comment Mark a-t-il pu s’infiltrer chez nous cette fois-ci ? s’enquit Elena. Je croyais que la SecImp le surveillait en permanence.

— C’est ce qu’ils font. Illyan m’envoie des rapports réguliers, répondit Miles. Aux dernières nouvelles, qui remontent à trois semaines, Mark se trouvait toujours sur Terre. Mais il y a ce maudit décalage. S’il a quitté la Terre, disons il y a quatre ou cinq semaines, le rapport doit être en transit entre la Terre, Barrayar et ici. Je suis prêt à vous parier n’importe quoi qu’on ne tardera pas à recevoir un rapport du Q. G. nous annonçant que Mark a disparu de la circulation. Une nouvelle fois.

— Une nouvelle fois ? Il a déjà disparu ?

— Deux, trois fois pour être exact. (Miles hésita.) De temps en temps – en fait, trois fois au cours des deux dernières années – j’ai essayé d’entrer en contact avec lui. Je l’ai invité sur Barrayar ou au moins à venir me voir. À chaque fois, il a paniqué. Il s’est évaporé, a changé d’identité… Il est très doué pour ça depuis l’époque où il était prisonnier des terroristes komarrans. À chaque fois, il a fallu des semaines et des semaines aux hommes d’Illyan pour le localiser à nouveau. Illyan n’a demandé de ne plus essayer de joindre Mark sans son autorisation. (Il fit grise mine.) Mère aimerait tant le voir mais elle refuse d’ordonner à Illyan de le kidnapper. Au début, j’étais d’accord avec elle mais maintenant, je me demande.

— Puisqu’il est ton clone… commença Baz.

— Mon frère, corrigea aussitôt Miles. Mon frère. Je rejette le terme de clone pour Mark. Je l’interdis. « Clone » implique quelque chose d’interchangeable. Un frère est quelqu’un d’unique. Et, je puis vous l’assurer, Mark est unique.

— Est-il… possible, reprit Baz avec prudence, de deviner les intentions de Mark ? Pouvons-nous utiliser la logique ? Est-il sain d’esprit ?

— S’il l’est, ce n’est pas grâce aux Komarrans. (Miles se leva et se mit à arpenter la pièce malgré le regard exaspéré de Quinn.) Après que nous eûmes finalement découvert son existence, Illyan a demandé à ses agents de fouiller les moindres recoins de son passé. En partie, j’imagine, pour effacer le remords de la SecImp qui n’avait jamais entendu parler de lui pendant toutes ces années. J’ai vu tous ces rapports. Pour essayer et essayer encore de pénétrer l’esprit de Mark.

« Sa vie à la crèche sur Bharaputra ne semble pas avoir été trop moche – ils prennent grand soin des corps là-bas – mais une fois que les insurgés komarrans l’ont ramassé, ça a dû devenir assez cauchemardesque. Ils l’entraînaient en permanence à être moi, mais chaque fois qu’ils pensaient y être arrivés, je faisais quelque chose d’inattendu et ils devaient recommencer. Ils n’ont pas arrêté de changer leurs plans. Ça a duré des années. Ils étaient un tout petit groupe, opérant sur le fil du rasoir. Leur chef, Ser Galen, était à moitié fou, à mon avis.

« Parfois, Galen traitait Mark comme le grand espoir de la révolte komarrane. Il le dorlotait, le chouchoutait, lui faisait miroiter qu’ils allaient faire de lui le nouvel empereur de Barrayar. À d’autres moments, Galen perdait les pédales et ne voyait en Mark que l’image génétique de notre père. Il en faisait son souffre-douleur, le réceptacle de toute sa haine pour Barrayar et les Vorkosigan. Il le soumettait aux traitements les plus terribles, de véritables tortures, sous le prétexte d’accélérer son « entraînement ». L’agent d’Illyan a appris ça au cours d’un interrogatoire plus ou moins illégal au thiopenta d’un ancien sbire de Galen. C’est donc la stricte vérité.

« Par exemple, il semble que le métabolisme de Mark ne soit pas identique au mien. Donc, à chaque fois que le poids de Mark dépassait le mien, au lieu de faire la seule chose intelligente et de l’ajuster par traitement médical, Galen le privait de nourriture pendant des jours et des jours. Puis il le laissait se goinfrer avant de le forcer à coups de vibro-matraque à faire de l’exercice jusqu’à ce qu’il vomisse. Que des trucs tordus comme ça. Apparemment, Galen était du genre à aimer manier le bâton, en tout cas avec Mark. Peut-être aussi tentait-il délibérément de le rendre fou. Pour créer un empereur fou. Miles le Fou aurait été un autre Yuri le Fou, afin de détruire Barrayar par une crise au sommet. Une fois – nous a raconté ce type – Mark a essayé de sortir un soir, rien que pour la soirée. Et il est effectivement parvenu à sortir avant que les hommes de Galen ne lui remettent la main dessus et ne le ramènent. Galen est devenu cinglé, l’a accusé de vouloir s’enfuir. Il a pris sa vibro-matraque et… (Du coin de l’œil, il aperçut le visage pâlissant d’Elena.)… Il a fait des trucs horribles.

Qui n’avaient sûrement pas facilité la vie sexuelle de Mark. Ça avait été si moche que les propres gorilles de Galen l’avaient supplié d’arrêter, s’il fallait en croire leur informateur.

— Pas étonnant qu’il haïssait Galen, dit doucement Quinn.

Le regard d’Elena était plus pénétrant.

— Tu ne pouvais rien faire. Tu ne savais même pas que Mark existait.

— Nous aurions dû le savoir.

— Exact. Ce remords tardif affecte-t-il votre jugement, Amiral ?

— Un peu, j’imagine, admit-il. C’est pour cela que je fais appel à vous. J’ai besoin d’avoir votre avis sur cette affaire. (Il s’interrompit, se força à se rasseoir.) Mais ce n’est pas la seule raison, non plus. Avant que ce bordel avec l’Ariel ne surgisse de nulle part, j’avais une mission pour vous.

— Ah, fit Baz avec satisfaction. Enfin.

Malgré lui, Miles sourit.

— Le nouveau contrat. Avant l’apparition de Mark, je me figurais que pour une fois nous avions hérité d’une mission où rien ne pouvait aller de travers. De vraies vacances tous frais payés.

— Quoi, pas de combat ? railla Elena. Tu as toujours plus ou moins méprisé le vieil amiral Oser qui préférait ce genre de mission.

— J’ai changé. (Comme toujours, un bref sentiment de regret l’envahit comme à chaque fois qu’il pensait à feu l’amiral Oser.) Plus je vieillis, plus j’apprécie sa philosophie militaire.

— Tu en mets du temps à vieillir, fit Elena.

Ils échangèrent un regard sec.

— Quoi qu’il en soit, reprit Miles, le haut commandement barrayaran souhaite procurer un meilleur armement à une certaine station de transfert. La Station Vega est, ça ne vous surprendra pas, une des portes arrière de l’empire cetagandan. La position de cette petite République dans la connexion galactique est assez malencontreuse. Quinn, la carte, s’il te plaît.

Quinn brancha l’holovid. Au-dessus du plateau, apparut un schéma en trois dimensions de la Station Vega et de ses voisins. Les canaux de saut étaient matérialisés par des lignes brisées brillantes reliant des sphères brumeuses dans cette région de l’espace.

— Des trois points de saut que la Station Vega commande, l’un mène dans la sphère d’influence cetagandane : la satrapie Ola III ; l’un est bloqué par Toranira, parfois alliée, parfois ennemie de Cetaganda et le dernier est tenu par le Crépuscule du Zouave, politiquement neutre mais redoutant son puissant voisin cetagandan. (À chaque nom qu’il citait, Quinn illuminait le système correspondant.) Cetaganda a, de fait, imposé un embargo sur les armes à destination de la Station Vega. Ola III et Toranira n’y trouvent rien à redire. Le Zouave coopère bon gré mal gré.

— Alors, par où allons-nous entrer ? demanda Baz.

— Par Toranira. Nous allons faire la contrebande de chevaux de bât.

— Quoi ? fit Baz, interloqué tandis qu’Elena, qui avait saisi l’allusion, ricanait.