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— Bien. (Son cœur battait plus vite.) Allons-y.

— Euh… si on faisait la vérification de nos casques, d’abord ?

C’était une bonne idée. Mieux valait le faire ici, dans le calme de la cabine plutôt que dans le bruit et l’excitation de la navette.

— D’accord, dit-il avant d’ajouter, sournois : Prends ton temps.

Il y avait plus d’une centaine de canaux à sa disposition même pour un raid aussi limité. En plus d’un contact vocal direct avec l’Ariel, Thorne et chaque soldat, il pouvait faire appel aux ordinateurs de combat sur le navire, dans la navette et même dans le casque lui-même. Il disposait de toutes sortes de relevés de télémétrie, de contrôles d’énergie pour les armes, de données logistiques. Les casques de chaque soldat possédaient des vid-récepteurs, il pouvait donc voir tout ce qu’ils voyaient en infrarouge, en vision normale ou sur la bande UV. Il recevait aussi leur son en direct, leurs relevés médicaux et tout un jeu de cartes holovid. La carte de la crèche avait été spécialement incluse dans le programme avec les itinéraires d’attaque et de retrait ainsi que plusieurs variantes au cas où quelque chose tournerait mal. D’autres canaux servaient au brouillage, à tromper la télémétrie ennemie au moment de leur fuite. Thorne avait déjà fait brancher leurs coms sur le réseau des gardes de sécurité bharaputrans. Ils captaient même le réseau commercial de la planète. Des airs de musique se firent entendre tandis qu’il faisait défiler rapidement les canaux.

Quand ils eurent fini, il se retrouva face à Thorne qui le dévisageait. Un silence gênant s’installa. Le visage de Thorne était crispé d’appréhension, rongé par quelque chose. Du remords ? Non, ce n’était sûrement pas cela. Thorne ne pouvait pas se méfier de lui. Dans ce cas, il aurait arrêté toute l’opération.

— Nerveux avant le combat, Bel ? demanda-t-il d’un ton léger. Je croyais que tu aimais ton travail.

Thorne, qui se suçait la lèvre d’un air absent, sursauta.

— Oh, mais je l’aime. (Une aspiration.) Allez, au boulot.

— Allons-y ! approuva-t-il.

Il le devança dans le corridor brillamment éclairé. Il quittait enfin l’isolement et l’ombre de sa cabine pour rejoindre la réalité qu’il avait créée.

Cette fois-ci, le commando dendarii ne débarquait pas de la navette mais s’y entassait. Ils semblaient plus calmes, blaguant et plaisantant moins. Ils étaient au travail. Et ils avaient des noms à présent. Des noms qui défilaient dans son casque qui s’en souvenait pour lui. Tous portaient une demi-armure et un casque mais la plupart disposaient aussi d’armes plus lourdes que lui-même.

À présent qu’il connaissait son histoire, il se surprit à considérer le monstrueux sergent d’un œil neuf. D’après le journal de bord, elle n’avait que dix-neuf ans alors qu’elle semblait beaucoup plus âgée. Elle n’avait pas seize ans quand Naismith l’avait arrachée à la maison Ryoval. Il essaya de se la représenter en adolescente. Il avait été enlevé à l’âge de quatorze ans, huit ans auparavant. Ils avaient donc dû passer quelque temps ensemble dans les laboratoires génétiques de Bharaputra même s’il ne l’avait jamais rencontrée à l’époque. Les labos de recherche se trouvaient dans une autre ville que le complexe médical. La maison Bharaputra était une vaste organisation, presque un petit gouvernement. À cette nuance près que l’Ensemble de Jackson ne possédait pas de gouvernement.

Huit années… Aucun de ceux que tu connaissais ne seront plus là. Tu le sais, n’est-ce pas ?

Si je ne peux pas faire ce que je veux, je ferai au moins ce que je peux.

Il la rejoignit.

— Sergent Taura…

Elle se retourna et il leva les sourcils, abasourdi.

— Qu’est-ce que vous avez autour du cou ?

En fait, il voyait parfaitement ce que c’était : un gros nœud rose en peluche. La vraie question aurait dû être, pourquoi portait-elle un truc pareil ?

Elle… sourit. C’est du moins ce qu’il se dit en voyant sa grimace repoussante. Une énorme main griffue tapota le nœud. Les griffes étaient peintes en rose brillant, elles aussi.

— Tu penses que ça marchera ? C’est pour éviter d’effrayer les enfants.

Il leva les yeux vers les deux mètres quarante en demi-armure, treillis, bottes, baudriers, muscles et crocs. C’est bizarre, sergent, mais j’ai l’impression que ça ne suffira pas.

— Euh… ça valait la peine d’essayer…

Ainsi, elle était consciente de son extraordinaire apparence… Imbécile ! Comment en serait-il autrement ? Tu sais bien à quoi tu ressembles, non ? Il regrettait maintenant de ne pas avoir fait sa connaissance au cours du voyage. Mon amie d’enfance.

— Qu’est-ce que ça fait, d’y retourner ?

D’un geste vague du menton, il indiqua la maison Bharaputra.

— C’est bizarre, admit-elle.

— Tu connais cet endroit ? Tu y es déjà allée ?

— Pas ce complexe médical. J’ai rarement quitté le département de génétique, sauf pendant deux ans où on m’a placée dans une famille. Ils vivaient près du labo.

Elle tourna la tête, sa voix descendit d’une octave tandis qu’elle aboyait un ordre à propos de matériel à charger à un de ses hommes qui se dépêcha de lui obéir. Elle le dévisagea à nouveau et sa voix se radoucit. À présent qu’elle était en mission, elle ne lui témoignait plus la moindre familiarité déplacée. Naismith et elle avaient dû être des amants discrets. Si jamais ils l’avaient été.

— Je ne sortais pas beaucoup, ajouta-t-elle.

— Est-ce que tu les hais ? demanda-t-il, baissant à son tour la voix.

Autant que moi ?

Ses énormes lèvres s’agitèrent.

— Peut-être… Ils m’ont terriblement manipulée mais, à l’époque, je ne voyais pas les choses ainsi. Il y a eu beaucoup d’examens déplaisants mais c’était toujours pour la science… il n’y avait aucune intention de me faire du mal. En fait, je n’ai jamais vraiment eu mal jusqu’à ce qu’ils me vendent à Ryoval, après l’annulation du projet de super-soldat. Ryoval voulait me faire des trucs immondes mais c’était Ryoval. Bharaputra… Bharaputra, il n’en avait rien à foutre de moi. Il m’a jetée. Comme on jette quelque chose aux ordures. C’est ça qui m’a fait mal. Et puis, tu es arrivé… (Ses traits s’illuminèrent.) Mon chevalier dans sa belle armure et tout et tout.

Une vague de ressentiment familier déferla sur lui. Au diable le preux chevalier, son armure et son destrier. Moi aussi, je peux sauver des gens, bon sang ! Heureusement, elle ne le regardait pas et ne vit pas la colère lui déformer le visage.

— Mais sans tout ça, murmura-t-elle, sans la maison Bharaputra, je n’existerais même pas. Ils m’ont faite. Je suis vivante… Faut-il que je rende la mort pour la vie ?

Son étrange faciès se fit pensif, comme si elle revoyait des moments depuis longtemps enfouis. Pas vraiment l’état d’esprit idéal avant de se lancer dans une mission de combat.

— Nous sommes ici, dit-il, pour sauver des clones, pas pour tuer des employés bharaputrans. Nous ne tuerons que si nous y sommes forcés.

Du vrai Naismith dans le texte. Elle redressa la tête et lui sourit.

— Je suis tellement soulagée que tu te sentes mieux. J’étais terriblement inquiète. Je voulais te voir mais le capitaine Thorne ne le permettait pas.

Ses yeux brillaient comme deux petites flammes jaunes.

— Oui. J’étais… très malade. Thorne a bien fait. Mais… peut-être qu’on pourra parler un peu plus sur le chemin du retour.