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Quand tout ceci sera terminé… Quand il aura gagné le droit… Gagné le droit de quoi ?

— Le rendez-vous est pris, amiral.

Elle lui adressa un clin d’œil et se redressa, joyeusement féroce. Qu’est-ce qu’elle s’imagine ? Elle bondit vers son escadron.

Il la suivit dans la navette. La lumière y était beaucoup moins forte, l’air plus frais et, bien sûr, il n’y avait pas de gravité. Il flotta en avant, de poignée en poignée, vers le capitaine Thorne, vérifiant mentalement l’espace pour sa future cargaison : douze ou treize rangées de gosses assis par quatre… il y avait largement la place. Cette navette était prévue pour transporter deux escadrons, plus des aérocars blindés ou un hôpital de campagne. Elle possédait un poste de première urgence à l’arrière, avec quatre lits repliés et une cryochambre portable d’urgence. Le médic du commando organisait rapidement l’endroit et déballait ses affaires. Tout était aussitôt attaché aux parois de la navette par les soldats qui s’activaient en silence et avec efficacité. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place.

Le pilote de la navette était à son poste. Thorne prit le siège du copilote. Il s’installa derrière eux à la place de l’opérateur des coms. Par le grand hublot avant, il distinguait quelques étoiles au loin, plus près les lueurs colorées et tremblantes de quelque activité humaine sur une station orbitale et, à l’extrême limite de son champ de vision, la tranche brillante du bord de la planète. Sa planète natale. Son ventre gargouilla et pas seulement à cause de la gravité zéro. Sous son casque, le sang affluait dans son crâne. Il se sentait soudain très à l’étroit.

Le pilote heurta l’intercom.

— Taura, y m’faut ta vérif là derrière. Il nous reste moins de cinq minutes pour rejoindre l’orbite. Après on lâche les gaz et on plonge.

Un instant plus tard, la voix du sergent Taura résonna.

— Tout est OK. Tout le monde est attaché, le sas scellé. Nous sommes prêts. Je répète : prêts !

Thorne jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et lui fit un signe. En hâte, il attacha ses ceintures de sécurité. Juste à temps. Les courroies le mordirent profondément et il ballotta sur son siège tandis que l’Ariel fournissait un dernier effort pour se glisser sur son orbite stationnaire. À l’intérieur du vaisseau, les effets de l’accélération étaient compensés ou annulés par la gravité artificielle.

Le pilote leva les mains avant de les abattre soudainement, comme un musicien qui joue crescendo. Des chocs sourds, étonnamment puissants ébranlèrent le fuselage. En réponse, des ululements guerriers s’élevèrent du compartiment derrière eux. La navette se séparait de son vaisseau-mère.

Quand ils disent plonger, ils sont sérieux. Les étoiles et la planète tournoyèrent dans le hublot. Il ferma les yeux, en proie à la nausée. Son estomac remontait dans son œsophage. Il songea soudain qu’une armure spatiale avait un avantage certain. Si vous vous chiez dessus de terreur, la tuyauterie du costume se charge de ça et personne ne s’aperçoit de rien.

L’air hurla sur la coque extérieure quand ils heurtèrent l’ionosphère. Ses ceintures de sécurité essayaient de le découper en morceaux.

— Marrant, hein ? cria Thorne avec un sourire débile.

Ses lèvres et ses joues lui fouettaient le visage sous l’effet de la décélération. Ils tombaient en chute libre. Ou, du moins, le nez de la navette était pointé droit vers le sol. Son siège tentait de l’éjecter vers le plafond de la cabine.

— J’espère qu’il n’y a rien sur notre route, hurla le pilote avec gaieté. On n’a rien demandé au contrôle aérien !

Il s’imagina une collision aérienne avec un transport aérien… cinq cents femmes et enfants à bord… une immense explosion jaune et noir… les débris, les corps…

Puis ce fut l’obscurité. Ils traversaient la couche nuageuse. D’épais nuages… la navette qui vibrait et grondait comme un tuba en folie… toujours pointée droit vers le sol, il était prêt à le jurer même s’il ignorait comment le pilote dirigeait son engin.

Soudain, ils sortirent des nuages. Les lumières de la ville étaient étalées devant eux tels des joyaux sur un tapis. Ils tombaient toujours comme une pierre. Sa colonne vertébrale se tassait, se tassait. De nouveaux chocs tandis que les pieds de la navette se dépliaient. Quelques bâtiments à moitié éclairés surgirent devant eux. Une aire de jeu… Merde, on y est, on y est ! Les bâtiments grandirent, grandirent, les dominèrent. Un dernier choc. Un bon atterrissage, bien solide sur les six pieds. Le silence l’hébéta.

— Parfait, allons-y !

Thorne bondit de son siège, le visage congestionné, les yeux enflammés par la soif de se battre ou la peur ou les deux.

Il trébucha le long de la rampe à la suite de la douzaine de Dendariis. Il y avait assez de lumière sur le complexe, diffusée par l’air poisseux et frais de la nuit, pour y voir sans problème. Seules manquaient les couleurs. Les ombres étaient noires et sinistres. Le sergent Taura divisa son escadron avec des gestes silencieux. Nul ne faisait le moindre bruit. De brefs staccatos de lumière glissaient sur les visages muets tandis que les vids des casques projetaient des flots de données sur les visières. Une Dendarii dont le casque possédait plusieurs caméras descendit une moto-flottante, la chevaucha et s’éleva en silence dans l’obscurité. La couverture aérienne.

Le pilote resta à bord et Taura choisit encore quatre autres Dendariis. Deux s’évanouirent dans les ombres autour de la navette pour établir un périmètre de sécurité ; les deux autres restèrent près de la navette en arrière-garde. Thorne et lui en avaient longuement débattu. Thorne aurait préféré laisser plus de soldats dans le périmètre de sécurité. Quant à lui, il avait le pressentiment qu’ils auraient besoin du maximum d’hommes à la crèche. Les gardes civils de l’hôpital ne représentaient pas une grande menace et, le temps que leurs renforts arrivent, les Dendariis seraient déjà partis… à condition de mettre les clones en branle suffisamment vite. Il se maudit rétrospectivement pour ne pas avoir emmené deux commandos depuis Escobar. Il aurait pu le faire tout aussi facilement mais il avait eu peur que l’Ariel ne soit pas assez grand.

Sur son propre casque, au bord de son champ de vision, défilaient dans un jet continu et coloré codes, chiffres et graphiques. Il voulut les examiner mais ils disparaissaient trop vite. À peine avait-il interprété l’une de ces données qu’elle disparaissait, remplacée par une autre. Il suivit l’avis de Thorne et d’un murmure réduisit l’intensité lumineuse. Le générique frénétique se transforma en vagues lueurs hallucinatoires. Le système audio du casque était moins pénible : personne ne bavardait inutilement.

En compagnie des sept autres Dendariis et de Thorne, ils partirent au trot derrière Taura – elle marchait – entre deux bâtiments. Il régnait une certaine agitation sur les lignes de communication de la sécurité bharaputrane, comme il s’en aperçut en vérifiant rapidement leur bande audio. Bon sang, t’as entendu ça, Joe ? C’était dans le secteur quatre. Personne ne répondit mais il était certain que cela ne durerait pas. Mieux valait ne pas trop s’attarder ici.

C’est là. Une plaisante construction blanche de trois étages apparut devant eux. Elle était pourvue de nombreux balcons et autres terrasses. Ça ne ressemblait pas vraiment à un hôpital, ni à un dortoir. C’était grand, ambigu et discret. LA MAISON DE VIE, ainsi la nommaient les Jacksoniens. La maison de mort. Ma maison. Terriblement familière et terriblement étrange. Il y avait eu une époque où elle lui avait paru splendide. À présent, elle semblait plus… petite.