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Thorne appela encore le pilote de la navette ainsi que les deux soldats du périmètre de sécurité. Pas de réponse.

— Essaie-toi, fit-il après un juron.

Il n’eut pas plus de succès. Les deux autres Dendariis postés à l’arrière étaient bloqués par un échange de feu avec les Bharaputrans lourdement armés annoncés par Phillipi un peu plus tôt.

— Il faut faire une reconnaissance, gronda Thorne. Sergent Taura, prenez la direction ici. Préparez ces gamins à se mettre en marche dès que possible. Toi…

(Ceci était dirigé à son adresse, apparemment. Pourquoi Thorne ne l’appelait-il plus Miles ou amiral ?) Viens avec moi. Sumner, couvrez-nous.

Thorne partit au sprint. Il maudit ses courtes jambes en essayant de le suivre. Ils empruntèrent le tube de descente, franchirent les portes d’entrée encore chaudes, passèrent entre les deux bâtiments. Il rattrapa l’hermaphrodite qui s’était aplati contre un mur à l’angle de la cour.

La navette était toujours là, apparemment intacte… Aucune arme de poing ne pouvait percer son blindage. La rampe était tirée, la porte fermée. Une silhouette sombre – un Dendarii, un ennemi ? – s’effondra brutalement dans l’ombre de ses flancs ailés. Thorne, marmonnant des jurons, tapota la plaque de contrôle sur son avant-bras. Le sas s’ouvrit et la rampe jaillit dans un sifflement telle une langue de reptile. Toujours aucune réponse.

— Je vais voir, annonça Thorne.

— Capitaine, la procédure standard veut que ce soit à moi d’y aller, intervint le soldat qui les couvrait depuis son poste derrière un gros cube de béton.

— Pas cette fois, rétorqua Thorne.

Sans plus discuter, il se jeta dans l’obscurité, courut en zigzag, gravit la rampe et plongea à l’intérieur, arc à plasma à la main. Au bout d’un moment, sa voix retentit dans le casque.

— Maintenant, Sumner.

Sans y être invité, il suivit le soldat Sumner. L’intérieur de la navette était plongé dans l’obscurité. Ils allumèrent les lampes de leurs casques. Tout semblait en ordre mais la porte du poste de pilotage était fermée.

En silence, Thorne fit signe au soldat de prendre position face à lui. Il se posta derrière Thorne. Celui-ci tapota un nouveau code sur son bras. La porte glissa avec un grognement tourmenté puis frémit et se coinça.

Une vague de chaleur les frappa comme l’haleine d’un fourneau. Une douce explosion orange suivit tandis que l’oxygène pénétrait dans le poste de pilotage et rallumait les derniers foyers. Le soldat enfila son masque à oxygène et s’empara d’un extincteur accroché à une paroi. Il dirigea le jet chimique vers les flammes. Quelques secondes plus tard, ils purent le suivre à l’intérieur.

Tout était brûlé, carbonisé. Les contrôles avaient fondu, ainsi que le matériel de communication. Une puanteur suffocante régnait, due à l’oxydation et aux vapeurs toxiques. Ils reconnurent aussi une autre odeur : celle de viande brûlée… ce qui restait du pilote. Il détourna les yeux et déglutit péniblement.

— Bharaputra n’a pas… est censée ne pas avoir d’armes lourdes ici !

À court de jurons, Thorne siffla et montra quelque chose.

— Ils ont balancé une ou deux de nos mines thermiques là-dedans, puis ils ont fermé la porte et couru se mettre à l’abri. Le pilote avait dû être neutralisé. Un de ces fils de pute était plus malin que les autres… ils n’avaient pas d’armes lourdes, alors ils ont utilisé les nôtres. Ils ont descendu mes gardes et nous ont cloués au sol. Comme ça, ils n’ont plus besoin de se casser la tête pour nous avoir… Ils n’ont qu’à venir nous cueillir. Cet engin ne volera plus jamais.

Dans la lumière blanche de leurs casques, le visage de Thorne ressemblait à un crâne.

La panique lui noua la gorge.

— Que va-t-on faire, maintenant, Bel ?

— Retourner au bâtiment. Nous protéger tant bien que mal et utiliser nos otages pour négocier notre reddition.

— Non !

— Tu as une meilleure idée… Miles ? (Un silence méprisant.) C’est ce que je pensais.

Le soldat choqué fixait Thorne.

— Capitaine… (Il les dévisagea alternativement.) L’amiral nous sortira de là. On a déjà connu pire que ça.

Thorne se redressa. Sa voix s’éleva, méconnaissable.

— Pas cette fois-ci, soldat. C’est ma faute… j’assume l’entière responsabilité… ce n’est pas l’amiral. C’est son frère, le clone, Mark. Il nous a trompés mais je savais à quoi m’en tenir depuis plusieurs jours. J’ai fait semblant de le croire, je me suis laissé entraîner comme un con parce que je croyais qu’on réussirait sans se faire prendre.

— Hein ?

Le soldat papillotait des paupières, incrédule.

— Nous… nous n’avons pas le droit de trahir ces enfants… de les rendre à Bharaputra, protesta Mark, suppliant.

Thorne plongea ses mains nues dans le magma gluant qui avait été le siège du pilote.

— Qui a été trahi ? Qui a été trahi ? répéta-t-il en lui dessinant sur la joue une balafre avec cette matière noirâtre. Est-ce-que-tu-as-une-meilleure-idée ?

Il tremblait, l’esprit totalement vide. La chose noire et chaude sur sa joue était insoutenable.

— On retourne au bâtiment, dit Thorne. Je prends le commandement.

6

— Pas de sous-fifre, dit Miles fermement. Je veux parler au grand chef et qu’on en finisse. Qu’on parte d’ici le plus vite possible.

— J’essaie encore, répondit Quinn.

Elle se retourna vers la comconsole de la salle de tactique du Peregrine qui transmettait la projection d’un officier de haut rang des services de sécurité bharaputrans. Elle recommença à discuter.

Miles se renfonça dans sa chaise, les bottes sur le bureau, les mains posées sur les accoudoirs. Calme et contrôle. Telle devait être la stratégie. Telle était, désormais, la seule stratégie possible. Si seulement il était arrivé neuf heures plus tôt… Il avait méthodiquement maudit chaque incident qui les avait retardés au cours des cinq derniers jours, dans quatre langues différentes jusqu’à ce qu’il ne trouve plus ses mots. Ils avaient gâché une quantité incroyable de carburant à mener le Peregrine au maximum de sa vitesse et ils avaient failli rejoindre l’Ariel. Failli seulement. Ces retards avaient permis à Mark de passer à l’action et de provoquer la catastrophe. Mais Mark n’était pas seul responsable. Miles ne croyait plus depuis longtemps à la fiction du héros solitaire. Un merdier aussi gigantesque nécessitait la pleine coopération de beaucoup d’autres. Il avait très envie d’avoir une conversation privée avec Bel Thorne et le plus tôt possible. Jamais il n’aurait cru Bel capable d’une telle inconscience.

Il jeta un coup d’œil autour de lui, pour glaner les dernières informations disponibles sur les plateaux de vid. L’Ariel était hors du coup maintenant. Le second de Thorne, le lieutenant Hart, avait fui sous le feu et s’était réfugié sur la Station Fell. Il était à présent coincé par une demi-douzaine de vaisseaux de la sécurité bharaputrane qui croisaient à la limite de l’espace local de Fell. Deux autres navires bharaputrans escortaient le Peregrine sur son orbite. C’était symbolique car le Peregrine était nettement mieux armé qu’eux. L’équilibre des forces changerait bientôt quand les renforts bharaputrans arriveraient. À moins qu’il ne parvienne à convaincre le baron que cela n’était pas nécessaire.