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Tirez-vous !

Il se mit à courir, comprenant ce qu’elle envisageait. Au premier tube de descente qu’il rencontra, il se mit à grimper frénétiquement à l’échelle, se souciant peu de savoir où cela le conduisait. Il n’avait aucune envie d’être sous terre quand elle allait déclencher…

Ce fut comme un tremblement de terre. Il s’accrocha de toutes ses forces à son barreau tandis que la paroi craquait et tremblait. La vibration lui fit tinter les os avant de se transformer en écho sourd. Il reprit son ascension. Au-dessus de lui, la lumière du jour aspergeait le tube d’une teinte argentée.

Il sortit au rez-de-chaussée d’un bâtiment, dans ce qui ressemblait à un bureau chic. Les fenêtres cassées étaient étoilées. D’un coup de coude, il acheva d’en démolir une et se glissa dehors par l’ouverture. Il releva sa visière à infrarouge. À sa droite, la moitié d’un immeuble s’était effondrée, creusant un énorme cratère. De la poussière s’élevait encore du tas de décombres en nuages suffocants. Les Bharaputrans dans leurs armures étaient peut-être encore vivants là-dessous mais il faudrait des heures à une équipe d’excavation pour les sortir de là. Il sourit malgré sa terreur.

Le casque du médic ne possédait pas les fonctions du casque de commandement mais il parvint à retrouver Quinn.

— C’est ça, Norwood, continuez à avancer, disait-elle. Et magnez-vous ! Framingham ! Vous avez entendu ? Verrouillez-vous sur Norwood. Commencez à faire rentrer vos hommes. Décollez dès que Norwood et Tonkin seront à bord. Kimura ! Vous êtes en l’air ? (Une pause. Mark ne pouvait entendre la réponse de Kimura mais il en comprit le sens à la réaction de Quinn :) Bon, on vient juste de vous fabriquer une nouvelle zone d’atterrissage. Ce n’est pas génial mais ça devrait aller. Suivez mon signal et descendez droit dans le cratère. Ça devrait passer. Si j’en crois mon laser. Vérifiez vous aussi, Kimura. Parfait. Vous pouvez venir. Maintenant !

Il se dirigea à son tour vers le cratère, frôlant les vestiges du bâtiment, jusqu’à ce qu’il se rende compte que les murs pouvaient lui tomber dessus d’un instant à l’autre. Il avait le choix : rester à couvert et se faire écrabouiller ou bien avancer à découvert et se faire descendre. Quelle était cette citation du manuel de l’académie que Vorkosigan avait tant de plaisir à citer : Aucun plan de bataille ne survit au premier contact avec l’ennemi. La tactique et les initiatives de Quinn variaient à une allure ahurissante. Elle exploitait chaque nouvelle situation à fond. Le rugissement d’une navette lui secoua les tympans. Il sprinta hors de son recoin dès qu’il s’affaiblit. Derrière lui, un morceau de gravats assez gros pour l’écraser se fracassa au sol à l’endroit précis qu’il venait de quitter. Il continua à courir. Les Bharaputrans allaient pouvoir s’exercer sur une cible en mouvement…

Quinn et son groupe se ruèrent à découvert dès que la navette, au train d’atterrissage sorti telles des pattes d’insecte, tâtait délicatement les parois du cratère. Quelques Bharaputrans encore en position sur un toit voisin se mirent à les arroser. Mais ils ne possédaient que des arcs à plasma et essayaient toujours d’éviter les clones. L’une d’entre elles, tout habillée de rose, hurla quand l’écran d’un Dendarii la frôla. La brûlure serait légère, douloureuse mais pas mortelle. Elle paniquait mais un soldat la souleva de terre et la porta jusqu’à la rampe qui sortait d’un sas de la navette.

Les Bharaputrans changèrent de tactique : ils concentrèrent leur feu sur Quinn. Décharge après décharge, ils arrosaient son écran. Enveloppée d’une hallucinante flamme bleue, Quinn titubait sous les impacts.

Le casque de commandement attire le feu. Il ne trouva pas d’autre solution que de se jeter devant elle. L’air autour de lui s’enflamma tandis que son champ d’énergie recrachait toute cette énergie. Mais ce bref répit permit à Quinn de retrouver son équilibre. Elle l’attrapa par la main et, ensemble, ils se mirent à courir le long de la rampe qui se redressait déjà. Ils tombèrent à travers le sas qui se scella derrière eux. Le silence sonnait comme une chanson.

Mark roula sur lui-même, essayant de trouver de l’air à respirer. Ses poumons étaient en feu. Quinn se redressa, le visage rouge dans sa cagoule grise. Un gros coup de soleil. Hystérique, elle cria trois fois puis verrouilla ses mâchoires. Craintifs, ses doigts touchèrent ses joues et Mark se souvint que cette femme avait eu autrefois le visage entièrement calciné par des arcs à plasma. Autrefois mais pas cette fois-ci.

Elle bondit sur ses pieds tout en fouillant les canaux de son casque qui avait failli lui être fatal. Les accélérations de la navette la déséquilibraient. Mark s’assit et regarda autour de lui, désorienté. Le sergent Taura, Thorne, les clones, tous ceux-là il les reconnaissait. Mais les autres étaient des Dendariis inconnus. Sans doute les membres de l’escadron jaune du lieutenant Kimura. Certains portaient le treillis gris habituel, d’autres l’armure spatiale. Ces derniers n’avaient pas eu beaucoup de chance. Quatre d’entre eux gisaient sur des brancards et un cinquième sur le sol. Mais un médic s’occupait d’eux sans affolement. Le pire était visiblement passé. Ses patients allaient bientôt recevoir un traitement dans de meilleures conditions. La cryochambre de l’escadron jaune était maintenant occupée par la malheureuse Phillipi. Mais le diagnostic pour elle était si défavorable que Mark se demanda s’ils continueraient à la congeler à bord du Peregrine. En dehors d’elle, il n’y avait pas de cadavre ou de grand blessé… pas de sac fermé. L’équipe de Kimura semblait avoir accompli sa mission – quelle qu’elle ait pu être – sans trop de pertes.

La navette vira. Apparemment, ils ne se plaçaient pas en orbite. Mark gémit et se mit en quête de Quinn pour apprendre ce qui se passait.

Il se pétrifia en apercevant le prisonnier. Il était assis, les mains liées dans le dos, attaché à son siège et gardé par deux Dendariis, un type énorme et une femme maigre qui faisait irrésistiblement penser à un serpent : sinueuse, musclée, les yeux vitreux qui ne clignaient jamais. Le prisonnier, un quadragénaire assez fringant, portait une tunique marron déchirée et un pantalon. Des mèches de cheveux sombres s’échappaient d’un anneau d’or derrière son crâne et lui retombaient sur le visage. Il ne se débattait pas, attendant avec une patience glacée qui n’avait rien à envier à celle de la femme-serpent.

Bharaputra. Le seul et unique Bharaputra, le baron Bharaputra, Vasa Luigi en personne. Il n’avait pas changé d’un iota en huit ans, depuis la dernière fois que Mark l’avait rencontré.

Vasa Luigi leva les yeux. Ses pupilles se dilatèrent une fraction de seconde quand il vit Mark.

— Ah… amiral, murmura-t-il.

— Oui : Ah, répondit Mark imitant machinalement la phraséologie de Naismith.

Il tituba quand la navette vira une nouvelle fois, dissimulant ainsi la faiblesse de ses genoux, sa terreur et son épuisement. Il n’avait pas non plus dormi la nuit précédant le raid. Bharaputra, ici ?

Le baron haussa un sourcil.

— C’est qui, là, sur votre poitrine ?

Mark baissa les yeux sur sa tunique. Le sang n’avait pas encore séché. Il coulait doucement, poisseux et froid. Il eut envie de répondre mon frère, pour le simple plaisir de le choquer. Mais il y avait peu de chances que le Baron soit aussi impressionnable. Il ne répondit pas et s’esquiva, préférant éviter toute conversation trop poussée. Le baron Bharaputra. Quinn et ses amis avaient-ils l’intention de dresser ce tigre ? Mais comment ? En tout cas, il comprenait maintenant pourquoi la navette tournoyait au-dessus de la zone de combat sans crainte du feu ennemi.