Выбрать главу

Il trouva Quinn et Thorne dans le poste de commandement ainsi que Kimura, le chef de l’escadron jaune. Quinn s’était mise aux commandes du centre de communication de la navette, la cagoule repoussée sur la nuque, les cheveux trempés de sueur.

— Framingham ! Au rapport ! criait-elle dans le micro. Vous devez décoller, les renforts aériens bharaputrans vont vous tomber dessus.

En face de Quinn, Thorne manipulait un holovid tactique. Deux points aux couleurs des Dendariis, deux chasseurs, plongèrent mais furent incapables de briser le réseau de navettes ennemies passant au-dessus d’une ville fantôme, projection virtuelle de la ville qui se dressait sous eux. Mark jeta un coup d’œil par la fenêtre au-dessus de l’épaule du pilote mais ne put repérer les originaux dans la brume dorée du matin.

— On a encore un gars à récupérer, m’dame, répliqua Framingham. Encore une minute et ce sera bon.

— Vous avez tous les autres ? Est-ce que vous avez Norwood ? Je n’arrive pas à joindre son casque.

Un court silence régna. Les poings de Quinn se serrèrent puis se rouvrirent : les ongles en étaient rongés jusqu’au sang.

La voix de Framingham enfin.

— Nous l’avons maintenant, m’dame. On a tout l’monde, les vivants et les morts, sauf Phillipi. Je ne veux pas laisser un seul des nôtres à ces enfoirés si je…

— Nous avons Phillipi.

Dieu soit loué ! Alors, on n’a perdu personne. Nous mettons les voiles en vitesse, capitaine Quinn.

— Précieuse cargaison, Framingham, fit Quinn. Rendez-vous sous le parapluie de feu du Peregrine. Les chasseurs protégeront vos flancs.

Sur l’écran tactique, les points dendariis abandonnèrent la flotte ennemie.

— Et les vôtres, de flancs ?

— Nous serons juste derrière vous. L’escadron jaune nous a ramené un billet de retour en première classe. On se retrouve à la Station Fell.

— Et après on largue ce maudit coin ?

— Non. L’Ariel a subi quelques dégâts. On reste à quai. Tout est arrangé.

— Compris. À tout à l’heure.

La formation dendarii se rassembla enfin et commença à grimper vers l’orbite. Mark se laissa tomber sur une chaise et observa l’écran. Les chasseurs couraient de plus gros risques que les deux navettes de combat. L’un d’eux avait visiblement du mal à garder l’allure. Toute la formation ralentit. Leurs poursuivants bharaputrans hésitèrent – comme à regret – quand ils quittèrent l’atmosphère et atteignirent l’orbite puis firent demi-tour.

Quinn planta ses coudes dans la console et cacha son visage rouge et blanc entre ses mains. Elle se massa les paupières. Thorne restait silencieux et pâle. Quinn, Thorne, lui-même… ils portaient tous les segments brisés de cet arc de sang. Comme un ruban rouge qui les liait les uns aux autres.

Ils arrivèrent enfin à la Station Fell. C’était une immense structure, la plus grande des stations de transfert orbital de l’Ensemble de Jackson. Ici, se trouvaient le quartier général de la maison Fell et la cité qui portait son nom. Le baron Fell aimait tenir le haut du pavé. Dans le délicat réseau des grandes maisons, la maison Fell était probablement celle qui détenait la puissance la plus meurtrière, en termes de destruction. Mais les pires destructions étaient rarement profitables et, ici, chaque opération se monnayait. Quelle monnaie d’échange les Dendariis utilisaient-ils pour s’attacher l’aide de Fell ou au moins sa neutralité ? La personne du baron Bharaputra ? Et les clones ? Entraient-ils aussi dans ce troc ? Ils n’avaient sûrement pas grande valeur… Et dire qu’il avait haï les Jacksoniens parce qu’ils vendaient de la chair humaine.

La Station Fell émergeait à peine de l’éclipse de la planète. L’effet était saisissant : l’arc solaire dévoilant lentement ses immenses proportions. Ils décélérèrent vers un bras d’accostage, se laissant guider par les contrôleurs du trafic spatial de la station et par des remorqueurs lourdement armés brusquement surgis de nulle part. Soudain, le Peregrine apparut. Lui aussi accostait. Les quatre navettes gravitèrent autour de leur vaisseau mère avant de s’amarrer à leurs emplacements prévus. Le gros navire se glissa délicatement le long de son quai.

Clank. Les attaches venaient de se fixer, les tubes flexibles suintèrent. Ils étaient arrivés. Immédiatement, les blessés furent conduits à l’infirmerie du Peregrine puis, plus lentement, cédant enfin à la fatigue, les Dendariis se livrèrent à leurs tâches habituelles après un combat : enlever et nettoyer leur équipement. Quinn les dépassa à toute allure, Thorne sur ses talons. Comme entraîné par le ruban rouge, Mark les suivit.

Le but de la course folle de Quinn était le sas de l’autre navette de combat, celle de Framingham. Ils y arrivèrent au moment où les tubes flexibles étaient scellés. Ils durent s’écarter pour laisser passer les blessés dont on s’occupait en priorité. Mark se sentit mal à l’aise en reconnaissant le soldat Tonkin qui avait accompagné Norwood le médic. À présent il avait changé de rôle : il n’était plus le garde mais le patient. Son visage était sombre et calme, inconscient, tandis que des mains pressées le hissaient sur un brancard flottant.

Quinn, impatiente, dansait sur place. D’autres Dendariis commencèrent à sortir accompagnant des clones. Quinn fronça les sourcils et se lança dans le sas, les écartant rudement à coups d’épaule.

Thorne et Mark la suivirent. C’était le chaos. Il y avait des jeunes clones partout, certains pleuraient, d’autres étaient malades et vomissaient… Dans l’apesanteur de la navette, les Dendariis essayaient de les faire sortir. Un soldat écœuré pourchassait des globes flottants, le dernier repas d’un des gosses, avant que quelqu’un n’ait la mauvaise idée de les gober. Ça criait, ça hurlait, ça balbutiait et les rugissements de Framingham ne ramenaient pas le calme. Loin de là.

D’un coup de talon énergique, Quinn se propulsa vers lui et l’agrippa par la cheville.

— Framingham ! Framingham ! Où est cette foutue cryochambre que Norwood escortait ?

Il baissa les yeux, étonné.

— Mais vous avez dit que vous l’aviez, capitaine.

— Quoi ?

— Vous avez dit que vous aviez Phillipi. (Il eut un rictus féroce.) Bon Dieu, si jamais on l’a laissée en bas, je…

— Nous avons Phillipi, oui, mais elle n’était plus dans la cryo-chambre. Norwood était censé vous la ramener. Norwood et Tonkin.

— Ils ne l’avaient pas quand ma patrouille de secours les a trouvés… ou plutôt ce qui restait d’eux. Norwood était mort. Il avait pris une de ces putains de grenade antipersonnel dans l’œil. Ça lui a éclaté la tête. Mais je ne leur ai pas laissé son corps. Il est emballé là quelque part.

Les casques de commandement attirent le feu, je le savais… Pas étonnant que Quinn ne soit pas parvenue à le joindre.

— La cryo-chambre, Framingham !

Jamais Mark n’avait entendu la voix de Quinn monter aussi haut dans l’aigu.

— On n’a pas vu de cryo-chambre, Quinn ! Norwood et Tonkin ne l’avaient pas avec eux quand on les a trouvés ! Qu’est-ce qu’elle a de si important cette putain de boîte de conserve gelée si Phillipi n’était pas dedans ?

Quinn lui lâcha la cheville et se mit à flotter au hasard. Ses bras et ses jambes se rétractaient, on aurait dit une boule. Ses yeux immenses étaient hagards. Elle serra les dents pour retenir un flot de jurons inutiles. Ses muscles maxillaires blêmirent. Thorne ressemblait à une poupée de cire.

— Thorne, fit Quinn quand elle fut à nouveau capable d’articuler. Appelle Elena. Je veux que les deux navires soient placés en black-out absolu. Pas de permission, pas de sortie, pas de communication avec la Station Fell ou qui que ce soit sans que j’en donne l’autorisation. Dis-lui d’amener le lieutenant Hart. Je dois les rencontrer immédiatement et pas sur un canal de com. Exécution.