Выбрать главу

Thorne opina, effectua une rotation en l’air et se dirigea vers le poste de commande.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda le sergent Framingham.

Quinn respira avant de répondre.

— Framingham, nous avons laissé l’amiral en bas.

— Vous déraillez ou quoi ? Il est là devant… (L’index de Framingham descendit vers Mark avant de se nouer aux autres doigts. Son poing se ferma.) Oh… (Un silence.) C’est le clone.

Derrière lui, Mark sentait les yeux de Quinn qui brûlaient, qui lui trouaient la nuque comme deux rayons laser.

— Peut-être pas, marmonna Quinn. Pas pour la maison Bharaputra, en tout cas.

— Ah ?

Framingham plissa les paupières, spéculant sur les chances de réussite de ce plan. Il semblait sceptique. Non ! hurlait Mark. En silence. Dans un absolu silence.

8

C’était comme d’être enfermé dans une cellule avec une demi-douzaine de serial killers défoncés. Mark distinguait la respiration de chacun. Ils avaient pris place autour d’une table de conférence dans la salle de tactique principale du Peregrine. Le souffle de Quinn était le plus léger et le plus rapide, celui du sergent Taura le plus profond et le plus sinistre. Seule Elena Bothari-Jesek à sa place de capitaine en tête de table et le lieutenant Hart à sa droite étaient impeccables et propres. Les autres n’avaient pas pris le temps de se laver et se changer. Ils puaient : Taura, le sergent Framingham, le lieutenant Kimura et Quinn à la gauche de Bothari-Jesek. Et lui, bien sûr, seul à l’autre bout de la table oblongue.

Le capitaine Bothari-Jesek fronça les sourcils et, sans un mot, fit passer un flacon de pilules analgésiques. Taura en prit six. Seul le lieutenant Kimura n’en voulut pas. Taura les tendit à Framingham par-dessus la table sans en offrir à Mark. Il contemplait ces pilules comme un homme mourant de soif dans le désert qui voit un verre d’eau se renverser et son contenu disparaître dans le sable. Le flacon remonta la table et disparut dans la poche du capitaine. Mark avait les sinus en feu et l’impression que l’arrière de son crâne avait rétréci au lavage.

Bothari-Jesek prit la parole.

— Cette réunion d’urgence a pour but de régler deux questions et le plus vite possible. Qu’est-ce qui a bien pu se passer et qu’allons-nous faire ? Les enregistreurs de ces casques vont-ils arriver ?

— Oui, ma’ame, fit Framingham. Le caporal Abromov les apporte.

— Malheureusement, il nous manque le plus intéressant, dit Quinn, n’est-ce pas, Framingham ?

– J’en ai bien peur, ma’ame. J’imagine qu’il doit être enfoui quelque part là-dessous avec les restes du casque de Norwood. Une grenade antipersonnelle.

— Merde.

Quinn se renfonça dans son siège.

La porte de la pièce glissa et le caporal Abromov entra au pas de course. Il portait quatre petits plateaux en plastique étiquetés « escadron vert », « escadron jaune », « escadron orange » et « escadron bleu ». Sur chaque plateau, se trouvaient une quinzaine de petits boutons. Les puces-enregistreuses des caques. Chaque enregistrement de chacun des soldats pour les dernières heures, contenant chaque mouvement, chaque battement de cœur, chaque initiative, tir, cible et communication. Ces événements qui s’étaient déroulés trop vite en temps réel pour qu’on les comprenne pouvaient être ralentis, analysés, décomposés. Chaque erreur de procédure serait corrigée… pour la prochaine fois.

Abromov salua et tendit les plateaux à Bothari-Jesek. Elle le congédia avec un remerciement avant de les passer à Quinn qui chargea les enregistreurs dans le simulateur. Avant toute chose, elle affecta un code secret aux rapports. Ses doigts aux ongles rongés couraient sur la console.

L’holocarte fantomatique désormais familière au centre médical bharaputran se forma sur le plateau.

— Je vais directement au moment où nous avons été attaqués dans le tunnel, annonça Quinn. Les voilà, l’escadron bleu, une partie de l’escadron vert… (Un réseau de spaghettis colorés en vert et bleu apparut tout au fond d’un bâtiment aux contours indéfinissables.) Tonkin était le numéro Six chez les bleus. Il a gardé son casque jusqu’à la fin. (Elle fit ressortir la trace de Tonkin en jaune pour une meilleure lisibilité.) Norwood portait encore le bleu numéro Dix. Mark… (Elle pinça les lèvres.)… Casque Un. (Cette ligne, bien évidemment, était manquante, aveuglément manquante.) À quel endroit avez-vous échangé vos casques avec Norwood, Mark ?

Elle ne le regarda pas en lui posant cette question.

S’il vous plaît, laissez-moi partir. Il était certain d’être malade car il frissonnait encore. Un spasme de douleur agitait un muscle derrière son cou.

— Nous sommes descendus le long de ce tube. (Le timbre de sa voix était faible et sec.) Quand… quand le casque Dix réapparaît, c’est moi qui le porte. Norwood et Tonkin sont partis ensemble et je ne les ai plus revus.

La ligne rose regrimpait effectivement le long du tube et rampait à la suite de l’entrelacs de lignes bleues et vertes. La ligne jaune continuait seule.

Quinn fit avancer à allure rapide les bandes son. La voix de baryton de Tonkin s’éleva comme un couinement d’insecte sous amphétamine.

— La dernière fois que je suis entrée en contact avec eux, ils étaient ici.

Quinn marqua l’endroit d’un point lumineux : dans un corridor au fin fond d’un autre bâtiment. Elle se tut et laissa le petit serpent jaune continuer son chemin : il emprunta un tube de descente puis un autre tunnel et ainsi de suite…

— Là, fit soudain Framingham. C’est là qu’ils se sont fait coincer. C’est là qu’on les a retrouvés.

Quinn posa un autre point lumineux.

— Dans ce cas, la cryo-chambre doit se trouver quelque part entre ces deux points. (Elle indiquait les deux points lumineux.) Il n’y a pas d’autre solution. (Elle contempla le diagramme, paupières plissées.) Deux bâtiments. Deux et demi, plutôt. Mais il n’y a pas le moindre indice dans les transmissions vocales de Tonkin pour nous mettre sur la voie.

La voix d’insecte décrivait les agresseurs bharaputrans et appelait au secours encore et encore mais ne mentionnait jamais la cryo-chambre. La gorge de Mark se contractait au fur et à mesure. Quinn, je vous en prie, arrêtez ça…

Le programme arriva à son terme. Tous les Dendariis autour de la table contemplaient le diagramme comme s’il allait se produire quelque chose. Mais il ne se passait rien.

La porte d’entrée glissa une nouvelle fois et le capitaine Thorne entra. Mark n’avait jamais vu un être humain dans un tel état d’épuisement. Il portait encore son treillis sale mais s’était débarrassé du paquetage contenant l’écran à plasma. Sa capuche grise était repoussée en arrière, ses cheveux bruns étaient collés sur son crâne. Un cercle de crasse sur son visage marquait la limite de la capuche. Le sien était gris comme celui de Quinn était rouge. Les gestes de Thorne étaient saccadés, trop rapides : Il semblait au bord de l’évanouissement. Il prit appui des deux mains sur la table. Sa bouche aux lèvres serrées avait la finesse d’une blessure au scalpel.

— Alors, tu as pu tirer quelque chose de Tonkin ? lui demanda Quinn. On vient de passer l’enregistrement et il ne nous a pas appris grand-chose.

— Les médic ont réussi à le réveiller mais pas longtemps, rapporta Thorne. Il a parlé. J’espérais que l’enregistrement nous aiderait à donner un sens à ce qu’il a dit mais…