Выбрать главу

— Qu’a-t-il dit ?

— D’après lui, quand ils ont atteint ce bâtiment, fit Thorne en le désignant sur le diagramme, ils ont été coupés des autres. Ils étaient dans l’incapacité de continuer vers la navette et ils n’allaient pas tarder à être encerclés. C’est alors que Norwood aurait eu une idée. Il a hurlé quelque chose comme : « On est passés devant. » Puis il a demandé à Tonkin de créer une diversion en lançant une grenade offensive et de garder l’entrée d’un couloir… Je crois que c’est celui-là. Norwood a pris la cryo-chambre avec lui et est retourné sur ses pas. Il est revenu peu après, pas plus de six minutes plus tard, affirme Tonkin et il a dit : « Tout va bien maintenant. L’amiral sortira d’ici même sans nous. » Deux minutes plus tard, il se faisait tuer et Tonkin perdait conscience.

Framingham hocha la tête.

— Mon équipe est arrivée sur place pas plus de trois minutes après ça. Ils ont repoussé une bande de Bharaputrans qui fouillaient les corps. Pour les détrousser ou pour trouver des informations ou bien les deux… D’après le caporal Abromov, c’était difficile à dire. Ils ont ramassé les corps de Tonkin et de Norwood et ont détalé en vitesse. Aucun parmi eux n’a aperçu la moindre cryo-chambre nulle part.

Quinn mâchait d’un air absent un ongle depuis longtemps disparu. Mark se dit qu’elle ne s’en rendait même pas compte.

— C’est tout ?

— Tonkin dit que Norwood rigolait, ajouta Thorne.

— Il rigolait ? grinça Quinn. Merde.

Le capitaine Bothari-Jesek ne bronchait pas. Tout le monde autour de la table semblait digérer ce dernier détail, examinant le diagramme en trois D.

— Il a trouvé une astuce, fit Bothari-Jesek. Ou ce qu’il croyait être une astuce.

— Il n’a eu que cinq minutes à peu près. Quelle astuce pouvait-il trouver en cinq minutes ? gémit Quinn. Que l’enfer avale ce con et son astuce ! Il aurait dû faire un rapport.

— Il allait sûrement le faire, soupira Bothari-Jesek. On ne va pas perdre notre temps en reproches inutiles. Nous avons largement de quoi faire.

Thorne grimaça ainsi que Framingham, Quinn et Taura. Puis ils se tournèrent tous vers Mark. Il s’écrasa sur sa chaise.

— Ça s’est passé… (Quinn consulta sa montre.) Il y a moins de deux heures. Quoi qu’ait fait Norwood, la cryo-chambre doit encore se trouver là en bas. C’est forcé.

— Alors, on fait quoi ? s’enquit sèchement Kimura. On redescend leur faire une petite visite ?

Quinn n’apprécia pas le sarcasme.

— Vous êtes volontaire, Kimura ?

Celui-ci leva les paumes en signe de reddition et se le tint pour dit.

— Pendant ce temps, intervint Bothari-Jesek, la Station Fell nous appelle de façon de plus en plus urgente. Il va falloir commencer à traiter avec eux. J’imagine que notre otage va nous servir. (Un bref hochement de tête vers Kimura pour saluer la seule mission qui avait pleinement réussi. Kimura hocha la tête en réponse.) Quelqu’un ici a-t-il la moindre idée de ce que l’amiral comptait faire de Bharaputra ?

Tous les autres secouèrent la tête.

— Tu ne sais pas, Quinnie ? demanda Kimura, surpris.

— Non. On n’a pas vraiment eu le temps de faire la conversation. Je ne suis même pas sûre que l’amiral s’attendait vraiment que ta mission réussisse, Kimura, ou bien s’il s’agissait d’une diversion. En tout cas, ça lui ressemble. Ne jamais compter sur une seule attaque frontale. J’imagine qu’il aurait su comment utiliser le baron. (Elle soupira avant de se redresser.) Mais, en tout cas, je sais ce que moi, je vais faire. Cette fois-ci, le marché sera en notre faveur. Bharaputra peut être notre billet de sortie de ce coin pourri. Aussi bien pour nous que pour l’amiral. Mais il va falloir jouer serré.

— Dans ce cas, fit Bothari-Jesek, je serai d’avis de laisser ignorer à la maison Bharaputra la valeur du paquet que nous avons abandonné là en bas.

À nouveau, ils se tournèrent tous vers Mark, l’étudiant, le soupesant froidement.

— C’est ce à quoi j’avais pensé, moi aussi, dit Quinn.

— Non, murmura-t-il. Non ! (Son cri sortit comme un coassement.) Vous n’êtes pas sérieux. Vous ne pouvez pas m’obliger à être lui. Je ne veux plus être lui, plus jamais ! Bon Dieu, non !

Il frissonnait, tremblait. Son estomac se tordait. J’ai froid.

Quinn et Bothari-Jesek se regardèrent. Bothari-Jesek opina.

— Vous pouvez tous regagner votre poste. Sauf vous, capitaine Thorne. Vous êtes relevé du commandement de l’Ariel. Le lieutenant Hart vous remplacera.

Thorne acquiesça comme si c’était parfaitement normal et attendu.

— Suis-je aux arrêts ?

Quinn plissa les paupières de chagrin.

— Merde, on n’a pas le temps. Ni le personnel. Et on ne t’a pas encore déprogrammé et puis, d’ailleurs, j’ai besoin de ton expérience. Cette… situation peut évoluer rapidement à tout moment. Considère-toi comme étant aux arrêts mais tu es assigné à mon service. Tu te garderas tout seul. Installe-toi dans une cabine de visiteur officiel à bord du Peregrine et appelle-la ta cellule, si ça te soulage.

De gris, le visage de Thorne vira au blanc.

— Oui, madame, fit-il d’une voix de machine.

Quinn fronça les sourcils.

— Va te changer. Nous continuerons plus tard.

À l’exception de Quinn et de Bothari-Jesek, ils sortirent tous. Mark tenta de les imiter.

— Pas toi, fit Quinn comme si elle était le gardien des Enfers.

Il se laissa retomber sur sa chaise et ne bougea plus. Quand le dernier Dendarii eut quitté la pièce, Quinn débrancha tous les systèmes d’enregistrement.

Les femmes de Miles. Elena-l’amour-d’enfance devenue le capitaine Bothari-Jesek. Mark l’avait étudiée des années plus tôt quand les Komarrans l’avaient entraîné à devenir lord Vorkosigan. Pourtant, elle ne correspondait pas exactement à l’idée qu’il s’était faite d’elle. Quant à Quinn, la Dendarii, les Komarrans ne s’attendaient pas à la trouver sur leur chemin. Par une étrange coïncidence, les deux femmes se ressemblaient : mêmes cheveux sombres et courts, même teint pâle, mêmes yeux liquides. Mais était-ce vraiment une coïncidence ? Inconsciemment, Vorkosigan n’avait-il pas choisi Quinn comme un substitut à Bothari-Jesek, parce qu’il ne pouvait avoir l’originale ? Même leurs prénoms se ressemblaient : Elli et Elena.

Elena était la plus grande, d’une tête, avec de longs traits aristocratiques. Elle se montrait plus froide et réservée, une attitude soulignée en cet instant par son uniforme immaculé. Quinn, en treillis et bottes de combat, plus petite mais malgré cela dépassant Mark d’une bonne tête, était plus ronde et plus bouillante. Les deux étaient terrifiantes. Les goûts de Mark en matière de femmes, si jamais il vivait assez longtemps pour pouvoir les exprimer, le conduiraient davantage vers cette petite clone blonde qu’ils avaient trouvée sous son lit… si seulement elle avait eu l’âge de son corps. Une fille petite, douce, rose, timide, une fille qui ne le tuerait pas et ne le dévorerait pas après l’accouplement.

Elena Bothari-Jesek l’observait avec une fascination mêlée de répulsion.

— Si ressemblant… et pourtant si différent. Pourquoi frissonnez-vous ?

— J’ai froid, marmonna-t-il.

— Tu as froid ! répéta Quinn, outragée. Tu as froid ! Espèce de sale petit connard…

Elle fit rageusement pivoter son siège et lui tourna le dos.

Bothari-Jesek se leva et longea la table pour le rejoindre. Svelte et sûre d’elle. Elle lui toucha le front. Mark sursauta si violemment qu’on aurait pu croire que son siège venait de l’éjecter. Elle se pencha et examina ses yeux.