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— Quinnie, n’insiste pas. Il est en état de choc.

— Il ne mérite pas qu’on s’occupe de lui ! s’étrangla Quinn.

— Ça n’empêche pas qu’il soit choqué. Si tu veux obtenir des résultats avec lui, il faut en tenir compte.

— Merde.

Quinn pivota à nouveau. De nouvelles traces humides couraient sous ses yeux sur son visage rouge et blanc, souillé de sang séché et à moitié brûlé.

— Tu n’as pas vu… reprit-elle. Tu n’as pas vu Miles là-bas avec son cœur éclaté aux quatre coins de la pièce.

— Quinnie, il n’est pas encore vraiment mort. N’est-ce pas ? Il est simplement congelé et… au mauvais endroit.

— Oh, pour ça, il est mort et bien mort. Mort et congelé. Et ça ne changera pas si on n’arrive pas à lui remettre la main dessus !

Le sang sur son treillis, coagulé dans les replis de ses mains, sur son visage, avait enfin pris une teinte brune.

Bothari-Jesek respira un bon coup.

— Concentrons-nous sur ce que nous avons à faire. La question essentielle, dans l’immédiat, est : Mark peut-il tromper le baron Fell ? Fell a déjà rencontré le vrai Miles une fois.

— C’est une des raisons pour lesquelles je n’ai pas mis Bel Thorne aux arrêts de rigueur. Bel assistait à cette entrevue. Il peut nous conseiller, j’espère…

— Oui. Et ce qui est curieux… (Elle posa une fesse sur la table, laissant une longue jambe bottée pendre dans le vide.) c’est que, choqué ou pas, Mark n’a pas fichu par terre la couverture de Miles. Il n’a pas prononcé une seule fois le nom de Vorkosigan.

— Non, admit Quinn.

Bothari-Jesek tordit les lèvres et se tourna à nouveau vers lui.

— Pourquoi ? s’enquit-elle soudainement.

Il se ratatina un peu plus sur son siège, essayant d’amortir l’impact de son regard.

— Je ne sais pas.

Elle attendit, implacable. Il se mit à bredouiller :

— L’habitude, j’imagine.

Oui, l’habitude qu’avait Ser Galen de le dérouiller à mort dès qu’il commettait la moindre erreur. Ah, le bon vieux temps.

— Quand je joue mon rôle, je joue mon rôle. M… Miles n’aurait pas démoli sa couverture, alors je fais comme lui.

— Qui es-tu quand tu ne joues pas ton rôle ?

Bothari-Jesek le soupesait, le calculait. Et, pour la première fois, elle l’avait tutoyé.

— Je… je n’en sais rien. (Il déglutit, essaya de redonner un volume normal à sa voix.) Que va-t-il arriver à mes… aux clones ?

Comme Quinn allait répondre, Bothari-Jesek l’arrêta d’un geste.

— Que veux-tu qu’il leur arrive ?

— Je veux qu’ils soient libres. Qu’on les dépose quelque part où ils seront libres et en sécurité, là où la maison Bharaputra ne pourra pas les retrouver.

— Etrange altruisme. Je ne peux m’empêcher de m’en demander la raison. Pourquoi avoir monté toute cette opération ? Qu’espérais-tu gagner ?

Il ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit. Il était incapable de répondre. Il était toujours poisseux, faible et tremblant. Il avait un mal de crâne abominable, comme si le sang n’y circulait plus. Il secoua la tête.

— Peuh ! ricana Quinn. Quel minable ! C’est… c’est l’anti-Miles parfait. Capable de transformer une victoire en défaite.

— Quinn, fit Bothari-Jesek avec calme.

Celle-ci accepta le reproche contenu dans ce simple mot et haussa les épaules.

— J’ai la nette impression que nous sommes toutes les deux débordées par ce qui nous tombe sur le crâne. Mais, poursuivit Bothari-Jesek, je connais quelqu’un qui ne le sera pas.

— Qui ça ?

— La comtesse Vorkosigan.

— Hum, soupira Quinn. Voilà autre chose. Qui va lui dire pour… (D’un geste du pouce vers le bas, elle indiqua la planète et les funestes événements qui venaient de s’y dérouler.) Et que le ciel me vienne en aide, si je suis maintenant à la tête de toute cette flotte, je vais devoir faire mes rapports à Simon Illyan. (Un silence.) Tu ne veux pas prendre le commandement, Elena ? En tant que plus ancien officier présent, maintenant que Bel est pratiquement hors course et tout ça. J’ai donné les ordres là-bas parce que j’avais pas le choix. On était au feu.

— Tu te débrouilles parfaitement, dit Bothari-Jesek avec un petit sourire. Je te soutiendrai. Tu as toujours participé aux opérations de plus près que moi. Tu es le choix logique.

Quinn grimaça.

— Oui, je sais. Tu veux bien te charger de l’annoncer à la famille, si on en arrive là ?

— Pour ça, soupira à son tour Bothari-Jesek, je suis le choix logique. Je parlerai à la comtesse, oui.

— Marché conclu.

Mais elles semblaient toutes les deux se demander qui avait gagné ou perdu.

Le regard de Bothari-Jesek se posa de nouveau sur Mark.

— Quant aux clones… serais-tu prêt à gagner leur liberté ?

— Elena, la prévint Quinn, ne fais aucune promesse. Nous ne savons pas encore ce qu’il nous faudra échanger pour sortir d’ici… (Un geste vers le bas.) Pour le récupérer.

— Non, chuchota Mark. Vous n’avez pas le droit… Vous ne pouvez les renvoyer là-bas, après tout ça.

— J’ai sacrifié Phillipi, fit Quinn, lugubre. Je te sacrifierais sans la moindre hésitation s’il… Sais-tu au moins pourquoi nous avons lancé cette attaque ?

Muet, il secoua la tête.

— C’était pour toi, espèce de petite merde. L’amiral avait un marché avec le baron Bharaputra. On pouvait acheter la liberté de l’escadron vert pour un quart de million de dollars de Beta. Ça ne nous serait pas revenu plus cher que cette mission, compte tenu de tout l’équipement que nous avons perdu, en plus de la navette de Thorne. Sans parler des vies. Mais le baron refusait de t’inclure dans le lot. J’ignore pourquoi il ne voulait pas te vendre. Tu n’as aucune valeur pour personne. Mais Miles n’a pas voulu t’abandonner !

Mark contemplait ses mains qui se battaient entre elles. Il releva les yeux pour s’apercevoir que Bothari-Jesek l’examinait comme s’il était un cryptogramme essentiel.

— L’amiral ne voulait pas abandonner son frère, fit-elle lentement, tout comme Mark ne veut pas abandonner les clones. C’est ça, hein ?

Il aurait bien dégluti mais il n’avait plus de salive.

— Tu ferais n’importe quoi pour les sauver, hein ? Tu ferais même tout ce que nous te demanderions ?

La bouche de Mark s’ouvrit et se referma. Il avait dû dire oui.

— Tu joueras le rôle de l’amiral pour nous ? On t’aidera, bien sûr.

Il hocha à moitié la tête mais parvint à bafouiller :

— Vous promettez… ?

— D’emmener tous les clones avec nous quand nous partirons. Nous les emmènerons quelque part hors d’atteinte de Bharaputra et des siens.

— Elena ! objecta Quinn.

Cette fois-ci, il parvint à déglutir.

— Je veux… je veux la parole de la femme de Barrayar. Votre parole, dit-il à Bothari-Jesek.

Quinn se mordit la lèvre inférieure mais ne dit rien. Après un long moment, Bothari-Jesek opina.

— D’accord. Vous avez ma parole. Mais vous nous donnerez votre totale coopération, c’est compris ?

En le vouvoyant à nouveau, elle donnait à ses paroles quelque chose d’officiel. Mais Mark hésitait encore.

— Votre parole en tant que quoi ?

— Ma parole, c’est tout.