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— Ouais… à condition que tu le ramènes dans sa cabine après. Et poste un garde à sa porte. On ne peut pas lui permettre de se balader dans le navire.

— D’accord.

Bothari-Jesek l’éjecta de la pièce avant que Quinn ne décide qu’il fallait aussi le ligoter et le bâillonner.

Les clones avaient été hébergés dans trois cales à marchandises débarrassées en hâte. Deux étaient assignées aux garçons et l’une aux filles. Mark se pencha pour franchir une porte à la suite de Bothari-Jesek et contempla la pièce autour de lui. Trois rangées de lits de camp emplissaient tout l’espace. Des latrines de campagne étaient fixées dans un coin et une cabine de douche dans l’autre. Oui, on veillait à ce que les clones ne se promènent pas dans le navire. L’endroit, mi-prison, mi-camp de réfugiés, était surpeuplé. Quand il s’engagea dans une rangée entre les lits de camp, les visages des garçons se levèrent vers lui. Des visages hantés de prisonniers.

Je vous ai libérés, bon sang. Vous rendez-vous compte que je vous ai libérés ?

À la vérité, cette libération avait été pénible. Durant cette hideuse nuit de siège, les Dendariis avaient abusé des pires menaces pour garder le contrôle de la situation. Certains clones, épuisés, dormaient maintenant. Ceux qui avaient reçu une décharge de neutralisateur se réveillaient malades et désorientés. Une médic dendarii circulait parmi eux, leur administrant de la synergine et des paroles apaisantes. Tout était…sous contrôle. Ils étaient silencieux, comme étouffés. Pas jubilants ni reconnaissants. S’ils ont cru nos menaces, pourquoi ne croient-ils pas nos promesses ? Même ceux qui avaient coopéré avec enthousiasme dans l’excitation du combat le fixaient à présent avec un air suspicieux.

Le garçon blond était l’un d’entre eux. Mark s’arrêta près de sa couche. Bothari-Jesek attendit, les observant.

— Tout cela, fit Mark avec un geste vague pour désigner la pièce, est temporaire, vous savez. Tout ira bien mieux, bientôt. Nous allons vous sortir d’ici.

Le garçon, appuyé sur son coude, eut un infime geste de recul. Il se mâchait les lèvres.

— Lequel êtes-vous ? demanda-t-il, méfiant.

Le vivant, voulut-il répondre mais il n’osa pas devant Bothari-Jesek. Elle risquait de prendre cela pour de la désinvolture.

— Peu importe. Nous allons quand même vous sortir d’ici.

Etait-ce la vérité ? Il n’avait aucun pouvoir sur les Dendariis maintenant, et encore moins sur Barrayar si telle était effectivement leur nouvelle destination comme l’avait annoncé Quinn. Une accablante déprime le submergea tandis qu’il suivait Bothari-Jesek dans le quartier des filles de l’autre côté du couloir.

L’installation était identique : lits de camp, latrines et douche mais, avec quinze filles seulement, l’endroit paraissait plus accueillant, moins surpeuplé. Un Dendarii faisait passer alentour des repas emballés. Tout autour, les filles se rassemblaient, positives et intéressées. Il s’agissait du sergent Taura. Sa silhouette, même vue de dos, était trop reconnaissable. Elle portait la tenue grise réglementaire et était assise en tailleur afin de réduire sa taille intimidante. Les filles, triomphant de leur peur, se glissaient jusqu’à elle et même la touchaient avec une évidente fascination. Taura était la seule parmi tous les Dendariis qui n’avait jamais – même dans les pires moments – adressé aux clones autre chose que des requêtes polies. À présent, on aurait dit l’héroïne d’un conte de fées essayant de domestiquer des animaux sauvages.

Et elle y parvenait. Alors que Mark approchait, deux filles se glissèrent derrière le sergent pour le dévisager à l’abri de ces larges épaules. Taura ne parut pas enchantée de le voir et consulta Bothari-Jesek du regard. Ça va. Il est avec moi.

— Je… je suis surpris de vous voir ici, sergent, parvint-il à articuler.

— Je me suis portée volontaire pour le baby-sitting, gronda Taura. Je ne voulais pas qu’on les embête.

— Vous… vous pensez que cela… pourrait arriver ?

Quinze belles jeunes vierges… oui, pourquoi pas.

Toi aussi, tu es vierge, fit une voix aigrelette sous son crâne.

— Pas maintenant, dit Bothari-Jesek avec fermeté.

— Bien, fit-il faiblement.

Il circula un moment parmi les lits de fortune. Etant donné les circonstances, tout ceci était aussi sécurisant et confortable que possible. Il aperçut la petite clone aux cheveux platine, endormie sur le côté. Les molles masses de son corps sculpté jaillissaient de sa tunique rose. Embarrassé par sa propre fascination, il s’agenouilla et tira la couverture jusque sous son menton. Malgré lui, sa main frôla une mèche de cheveux soyeux au passage. En proie à une culpabilité gênante, il demanda à Taura :

— Elle a eu une dose de synergine ?

— Oui. Vaut mieux qu’elle dorme. Ça ira mieux au réveil.

Il prit l’un des plateaux-repas scellé dans son emballage et le posa près du visage de la blonde. Son souffle était calme et régulier. Il ne pouvait pas faire grand-chose de plus. Il se redressa pour voir l’Eurasienne qui le contemplait, moqueuse et lubrique. Il détourna les yeux.

Bothari-Jesek acheva son inspection et sortit. Il la suivit. Elle s’adressa à un garde armé d’un neutralisateur dans le couloir.

–… dispersion maximale, disait-elle. Tirez d’abord, vous poserez les questions après. Ils sont tous jeunes et en bonne santé, vous n’avez donc pas à vous soucier de problèmes cardiaques ou autres avec eux. Mais ça m’étonnerait qu’ils vous posent trop de problèmes.

— Il y a une exception, intervint Mark. Cette fille aux cheveux noirs, mince, très jolie… Il semble qu’elle ait subi un conditionnement spécial. Elle a l’air un peu… dérangée. Faites attention à elle.

— Oui, monsieur, répondit machinalement le soldat avant de se reprendre et de consulter Bothari-Jesek du regard. Euh…

— Le sergent Taura est du même avis sur cette fille, fit Bothari-Jesek. De toute manière, je veux qu’aucun d’entre eux ne se promène sur mon navire. Ils n’ont reçu aucun entraînement. Leur ignorance pourrait être aussi dangereuse que de la malveillance. Vous n’êtes pas là pour faire de la figuration. Soyez sur vos gardes.

Ils échangèrent un salut. Le soldat, maîtrisant ses réflexes, se débrouilla pour ne pas inclure Mark dans son geste courtois. Celui-ci se mit à trotter pour rester à hauteur de Bothari-Jesek.

— Eh bien, fit-elle au bout d’un moment, la façon dont nous traitons vos clones reçoit-elle votre approbation ?

Il n’aurait su dire si elle était ironique.

— J’imagine qu’on ne peut guère faire plus pour l’instant. (Il se mordit la langue mais en vain : il explosa.) Bon sang, c’est pas juste !

Sans ralentir l’allure, Bothari-Jesek haussa les sourcils.

— Qu’est-ce qui n’est pas juste ?

— J’ai sauvé ces gosses… ou nous l’avons fait, vous l’avez fait… et ils se comportent comme si nous étions des salauds, des kidnappeurs, des monstres. Ils ne sont pas heureux du tout.

— Il faudra sans doute vous contenter de les avoir sauvés. Exiger que cela les rende heureux, c’est peut-être un peu trop demander… mon cher petit héros.

Cette fois-ci, son ton était sans aucun doute ironique mais néanmoins étrangement dépourvu de mépris.

— Ils pourraient au moins se montrer un peu reconnaissants. Nous croire. Se rendre compte. Nous témoigner… je ne sais pas…

— De la confiance ? dit-elle d’une voix calme.

— Oui, de la confiance ! Au moins de la part de certains d’entre eux. Est-ce qu’ils ne se rendent pas compte que nous sommes comme eux ?