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— Ils ont subi une épreuve assez traumatisante. À votre place, je n’en espérerais pas tant. En tout cas, pas avant qu’ils aient vu en quoi leur sort allait s’améliorer. (Elle s’interrompit un moment puis se retourna brusquement vers lui.) Mais si vous y parvenez… si vous parvenez à ce qu’un gosse stupide, ignorant, traumatisé et paranoïaque vous fasse confiance, dites-le à Miles. Il a un urgent besoin de savoir comment s’y prendre.

Mark se figea, interloqué.

— Vous… vous parlez de moi ? s’enquit-il, la bouche sèche.

Avec un sourire amer, gênant, elle lança un regard par-dessus son épaule dans le couloir vide.

— Vous êtes chez vous. (Elle indiqua la porte de sa cabine.) Restez-y.

Il put enfin dormir même si quand Quinn le réveilla il trouva que ce n’était pas assez. Il n’aurait su dire si elle avait dormi ne serait-ce que quelques minutes mais elle s’était enfin changée et lavée. Il s’était vaguement imaginé qu’elle s’était fait le vœu de garder sa tenue de combat maculée de sang jusqu’à ce qu’ils retrouvent la cryo-chambre. Malgré son uniforme propre, il émanait d’elle un malaise et une nervosité dérangeants. Elle avait les yeux rouges.

— Debout, grogna-t-elle. Il faut que tu parles à Fell encore une fois. Il me fait lanterner. Je me demande s’il n’est pas complice des Bharaputrans. J’y comprends rien, ça n’aurait aucun sens.

Elle le traîna à nouveau dans la salle de tactique mais cette fois préféra ne pas compter sur l’écouteur et se posta, agressive, à son coude. Pour un œil extérieur, c’était là la place d’un garde du corps et d’un fidèle chef des opérations. Mark, quant à lui, se disait qu’elle était idéalement placée pour l’attraper par les cheveux et lui trancher la gorge.

Le capitaine Bothari-Jesek se trouvait là, lui aussi, occupant la même place que lors de la précédente communication avec Fell, calme et attentive. La fébrilité de Quinn l’inquiétait visiblement mais. Elle ne dit rien.

Le visage de Fell apparut sur le plateau, plus rose que jamais. Ce n’était pas un rose de bonne chair ou de joyeuse humeur mais un rose de fureur.

— Amiral Naismith, j’ai dit au capitaine Quinn que si j’avais des renseignements précis, c’est à vous que j’en rendrai compte.

— Baron, le capitaine Quinn est… à mon service. Je vous prie d’excuser son impatience. Elle ne fait que refléter loyalement mes propres… anxiétés. (Le vocabulaire fleuri de Miles coulait naturellement de sa bouche comme du miel. Les doigts de Quinn lui mordirent cruellement l’épaule : avertissement silencieux et douloureux pour qu’il ne se laisse pas emporter trop loin.) Auriez-vous… comment dire… quelque renseignement imprécis à nous communiquer ?

Fell se renfonça dans son siège, grimaçant mais apaisé.

— Soyons brefs : les Bharaputrans disent qu’ils ne retrouvent pas votre cryo-chambre.

— Elle ne peut pas ne pas y être, siffla Quinn.

— Allons, allons, Quinnie, fit Mark en lui tapotant la main.

Cinq vis lui trouèrent l’épaule. Les narines de Quinn frémirent, meurtrières, mais elle offrit un mince sourire à l’holovid. Mark se retourna vers Fell.

— Baron… selon vous, les Bharaputrans mentent-ils ?

— Je ne le pense pas.

— Disposeriez-vous de moyens indépendants pour corroborer cette opinion ? Disons, des agents sur place ou quelque chose de ce genre ?

Les lèvres du baron se tordirent.

— Vraiment, amiral, je ne puis vous le dire.

Evidemment.

Il se massa le visage : le geste indiquant la réflexion chez Naismith.

— Pouvez-vous nous dire quelque chose de particulier sur ce que font les Bharaputrans actuellement ?

— Ils sont en train de mettre leur complexe médical sens dessus dessous. Tous les employés, toutes les forces de sécurité envoyées pour affronter votre raid sont utilisés à cette tâche.

— Pourrait-il s’agir d’une gigantesque feinte destinée à nous tromper ?

Une hésitation du baron.

— Non, dit-il enfin. Ils fouillent vraiment. Les moindres recoins. Vous rendez-vous compte… (une aspiration et il se décida :) des conséquences du kidnapping du baron Bharaputra sur l’équilibre des forces au sein des grandes maisons ? Si, par malheur, cette… disparition venait à durer…

— Non, quelles sont-elles ?

Le baron haussa le menton. Il étudia avec attention le visage de Mark y cherchant des signes de sarcasme. Les rides sur son front se creusèrent.

— Vous devez comprendre que la valeur de votre otage diminuera avec le temps. Un vide au sommet d’une grande maison – ou d’une maison mineure – ne peut durer trop longtemps. Il y a toujours des factions, des hommes plus jeunes qui attendent, peut-être en secret, le bon moment pour s’installer sur le trône. Même en supposant que Lotus parvienne à convaincre le plus fidèle lieutenant de Vasa Luigi de lui garder sa place… celui-ci ne tardera pas à comprendre que le retour de son maître lui vaudra une récompense et la rétrogradation à son rang antérieur. Une grande maison est comme l’hydre de la mythologie. Coupez-lui la tête, il en pousse sept autres… qui aussitôt essayent de se dévorer les unes les autres. Au bout du compte, il n’en reste qu’une. Mais, dans l’intervalle, la maison est affaiblie et toutes ses alliances sont mises en doute. Ce tumulte est contagieux, de façon centrifuge, et risque de contaminer les maisons voisines. De tels changements abrupts ne sont pas les bienvenus ici. Pour personne.

Et encore moins pour le baron Fell, songea Mark.

— Sauf peut-être pour certains de vos jeunes lieutenants, suggéra Mark.

Un revers de la main de Fell chassa ces jeunes coqs. Ce geste était éloquent : s’ils voulaient le pouvoir, ils pouvaient comploter, trahir et tuer autant qu’ils le désiraient, tout comme lui l’avait fait. À leurs risques et périls.

— Eh bien, je n’ai nullement l’envie de garder le baron Bharaputra jusqu’à l’âge de la retraite, fit Mark. Il n’a aucune utilité pour moi, en dehors du contexte présent. Demandez, s’il vous plaît, aux Bharaputrans d’accélérer les recherches concernant mon frère.

— Ils n’ont pas besoin qu’on le leur demande. (Fell le dévisageait froidement.) Comprenez, amiral, que si cette… situation n’évolue pas rapidement de façon satisfaisante, la Station Fell ne sera plus en mesure de vous abriter.

— Heu… qu’entendez-vous par rapidement ?

— Très bientôt. D’ici un autre jour-cycle.

La Station Fell disposait sûrement d’assez de puissance pour chasser quand ça lui chantait les deux petits navires dendariis. Et chasser était l’option la plus optimiste.

— C’est compris. Euh… et à propos de l’accès au point de saut numéro Cinq ?

Si les choses empiraient…

— Cela exigera peut-être un nouvel accord.

— Un accord de quelle sorte ?

— Si vous détenez toujours votre otage… je ne tiens pas à ce que vous emmeniez Vasa Luigi hors de l’espace local jacksonien. Et je suis en position de veiller à ce que cela n’arrive pas.

Le poing de Quinn s’écrasa sur le plateau.

— Non ! s’écria-t-elle. Pas question ! Le baron Bharaputra est la seule carte dont nous disposons pour récupérer Mmmm… pour récupérer la cryo-chambre. Nous ne le donnerons pas !

Fell se raidit.

— Capitaine ! fit-il sur un ton de reproche.

— Si on nous force à partir, nous l’emmènerons avec nous, menaça Quinn, et vous pouvez tous aller vous faire pendre ailleurs. Nous pourrons même vous l’expédier à travers le point de saut sans combinaison pressurisée. Si nous ne récupérons pas cette cryo-chambre… Nous avons d’autres alliés plus puissants que vous. Et beaucoup moins inhibés. Ils se fichent pas mal de vos profits, de vos alliances et de votre équilibre. La seule question qu’ils se poseront c’est s’il faut brûler cette planète en commençant par le pôle Sud ou le pôle Nord !