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Fell eut un rictus furieux.

— Ne soyez pas absurde, capitaine Quinn. Vous parlez d’une puissance planétaire.

Quinn se pencha vers le micro et gronda :

— Baron, je parle d’une puissance multiplanétaire !

Bothari-Jesek sursauta et fit le geste de se trancher la gorge. Quinn, la ferme !

Les yeux de Fell devinrent vitreux et luisants.

— Vous bluffez, fit-il enfin.

— Je ne bluffe pas. Et vous feriez bien de me croire !

— Personne ne ferait cela pour un seul homme. Et encore moins pour un cadavre.

Quinn hésita. La main de Mark serra la sienne toujours plantée dans son épaule. Maîtrisez-vous, bon sang. Elle était sur le point de révéler l’identité du cadavre. Et dire que, pour ça, elle l’avait menacé de mort.

— Vous avez peut-être raison, baron, dit-elle finalement. Priez pour avoir raison.

Après un long silence, Fell demanda :

— Et qui est au juste cet allié si peu inhibé, amiral ?

Observant une pause aussi longue, Mark leva les yeux et annonça d’une voix douce :

— Le capitaine Quinn bluffait, baron.

Fell les gratifia d’un sourire glacial.

— La vérité est un mensonge, dit-il doucement.

Sa main bougea pour éteindre le com. Son image disparut dans l’habituel brouillard d’étincelles. Cette fois-ci, ce fut son sourire glacial qui parut s’attarder. Un sourire sans visage.

— Bien joué, Quinn, ricana Mark dans le silence. Vous venez de lui expliquer la valeur de cette cryo-chambre. Il a peut-être même compris pour qui nous travaillons. À présent, nous avons deux ennemis.

Quinn respirait avec difficulté, comme si elle venait de courir.

— Il est notre ennemi, pas notre ami. Fell ne sert que Fell. Ne l’oubliez pas, lui ne l’oubliera pas.

— Mais mentait-il ou bien ne faisait-il que répéter les mensonges des Bharaputrans ? s’enquit lentement Bothari-Jesek. Quel bénéfice pourrait-il retirer de tout ceci ?

— Et s’ils mentaient tous ? fit Quinn.

— Et si personne ne mentait ? demanda Mark avec irritation. Y avez-vous réfléchi ? Rappelez-vous ce que Norwood…

Le bip du com l’interrompit. Quinn brancha la console.

— Quinn, c’est Bel. Ce contact que j’ai trouvé est d’accord pour nous rencontrer sur le quai près de l’Ariel. Si tu veux assister à l’entrevue, tu ferais bien de te ramener en vitesse.

— Oui, d’accord, j’arrive. Quinn, terminé. (Elle pivota, hagarde, et se dirigea vers la porte.) Elena, veille à ce qu’il… (un geste du pouce) reste confiné dans ses quartiers.

— Ouais, mais après cet entretien avec Bel, essaye de te reposer un peu, Quinnie, hein ? Tu es au bord de la rupture. Tu as failli tout gâcher tout à l’heure.

Quinn les abandonna avec un geste ambigu : elle reconnaissait sa fatigue mais ne faisait aucune promesse. Bothari-Jesek brancha la console et donna quelques ordres.

Mark se leva pour errer dans la salle de tactique les mains prudemment enfoncées dans ses poches. Une douzaine de consoles à hologrammes, d’analyseurs en temps réel attendaient là, muets et noirs. Tous les systèmes de communication et de codes restaient silencieux. Il s’imagina ce centre tactique en pleine activité, illuminé et chaotique, décortiquant la bataille. Il eut la vision du feu ennemi faisant éclater le navire comme une noix, toute vie à l’intérieur cramée, réduite en bouillie ou bien éjectée dans le vide spatial. Ce qui pourrait fort bien arriver aux abords du point Cinq si la maison Fell se décidait à les attaquer. Une écœurante nausée le saisit, il frissonna.

Il s’immobilisa devant la porte scellée de la salle de conférence. Bothari-Jesek donnait toujours ses instructions dans un micro. Il l’entendit vaguement parler des forces de sécurité postées autour du navire sur l’embarcadère. Curieux, il posa sa paume sur la serrure à empreinte. Il fut surpris de voir la porte s’ouvrir. Quelqu’un allait avoir à retoucher quelques programmes si le centre nerveux dendarii acceptait un mort en son sein. Et ce quelqu’un allait avoir pas mal de boulot car Miles avait sûrement tout arrangé pour pouvoir se balader dans son navire sans la moindre entrave. Ce serait bien son style.

Bothari-Jesek leva les yeux mais ne dit rien. Prenant cela pour une permission tacite, Mark pénétra dans la salle de conférence et contourna la grande table. Les lumières s’allumaient pour lui à mesure qu’il avançait. Les paroles de Thorne, prononcées ici, lui revinrent en mémoire. Norwood a dit : même sans nous, l’amiral sortira d’ici. Les Dendariis avaient-ils examiné les enregistrements de la mission avec assez de soin ? Quelqu’un avait sûrement dû se les repasser plusieurs fois. Que pouvait-il voir qu’ils n’avaient pas vu ? Ils connaissaient leurs hommes, leur équipement. Mais je connais le complexe médical. Je connais l’Ensemble de Jackson.

Jusqu’où sa paume le conduirait-elle ? Il se glissa dans la chaise de Quinn. Cette fois-ci, il ne fut pas étonné de voir les machines ronronner sous ses doigts comme jamais aucune femme ne l’avait fait. Il trouva les enregistrements de la mission. Celui de Norwood était perdu mais Tonkin l’avait accompagné pratiquement tout le temps. Qu’avait vu Tonkin ? Pas des spaghettis colorés sur un hologramme mais des choses réelles avec ses propres yeux ; il avait entendu des bruits réels avec ses propres oreilles. Cela était-il enregistré quelque part ? Les casques de commandement disposaient de ce système, si les casques des soldats étaient aussi bien équipés… ah-ah. L’enregistrement vidéo et audio de Tonkin se mit à défiler sous ses yeux fascinés.

Essayer de les suivre lui donna aussitôt la migraine. Ça n’avait rien d’un holovid joliment filmé avec de beaux mouvements parfaitement coordonnés, etc. Les images bougeaient et sautaient suivant les mouvements de la tête du possesseur du casque. Il ralentit le défilement pour se voir sortir du tube de descente : un petit bonhomme agité, en treillis gris, les yeux luisants. Je ressemble vraiment à ça ? Les difformités de son corps étaient moins apparentes qu’il l’aurait cru sous ces vêtements amples.

Il s’assit derrière les yeux de Tonkin et marcha avec lui à travers le dédale de couloirs et autres tunnels serpentant sous les bâtiments du complexe. Il le suivit jusqu’au feu d’artifice final. Thorne avait cité Norwood avec exactitude. Ses paroles étaient là, gravées dans le vid. Mais il s’était trompé sur le temps. Norwood avait disparu pendant onze minutes si l’on se fiait à l’imperturbable horloge du casque. Quand il réapparaissait, congestionné, haletant, son rire éclata dans les haut-parleurs. Quelques instants plus tard, la grenade explosait. Mark faillit plonger sous la console puis il s’examina comme s’il s’attendait à être à nouveau aspergé de sang et de chair humaine. Par réflexe de défense, il avait débranché la console.

S’il y a un indice, ce doit être avant. Il repassa le programme depuis leur séparation à côté du tube de descente. À la troisième fois, il le ralentit et le fit dérouler pas par pas, examinant chaque détail à chaque image. Cette recherche patiente, cette immersion méticuleuse était presque plaisante. Rien que de petits détails… on pouvait se perdre, s’oublier enfin… dans les petits détails.

— Gagné.

C’était passé si vite que si on visionnait le programme à vitesse normale, ce devait être une image subliminale. Un infime coup d’œil vers un panneau au mur à un croisement. Une flèche et les mots Réceptions et Expéditions.