Выбрать главу

Il leva les yeux pour s’apercevoir que Bothari-Jesek l’observait. Depuis combien de temps était-elle assise là, affalée, ses longues jambes croisées aux chevilles, ses longs doigts noués ?

— Qu’avez-vous gagné ? demanda-t-elle calmement.

Il rappela l’hologramme des bâtiments fantomatiques où les lignes de Norwood et de Tonkin étaient allumées.

— Pas ici, montra-t-il, mais là.

Il marqua un complexe situé bien à l’écart de la route empruntée par les Dendariis avec la cryo-chambre.

— C’est là qu’est allé Norwood. À travers ce tunnel. J’en suis sûr ! Je connais cet endroit… j’ai traîné dans tout ce bâtiment. Bon sang, j’avais l’habitude d’y jouer à cache-cache jusqu’à ce que les baby-sitters viennent nous chercher. Je le vois dans ma tête aussi bien que si j’avais l’enregistrement de Norwood là sur la table. Il a emporté la cryo-chambre au département des Réceptions et Expéditions et il l’a expédiée !

Bothari-Jesek se redressa.

— Est-ce possible ? Il a eu si peu de temps !

— Pas simplement possible. Facile ! La chaîne d’emballage et de préparation est entièrement automatisée. Tout ce qu’il a eu à faire, c’est de placer la cryo-chambre dans le caisson de départ et d’actionner la commande. Les robots ont ensuite emporté le paquet. Il y a beaucoup d’activité là-bas : ils reçoivent sans arrêt des fournitures pour le complexe et ils envoient de tout. Ça va des disques de données à des organes ou des membres congelés pour des transplantations, des fœtus artificiels ou bien des équipements d’urgence pour des équipes de recherche et de développement. Comme par exemple des cryochambres. Des tas de trucs ! Ce centre fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre et il a certainement dû être évacué quand nous avons débarqué. Pendant que l’emballage était effectué, Norwood a largement eu le temps d’enregistrer l’expédition à bord d’un navire. Il a attendu qu’un robot de transport vienne prendre son paquet et, s’il était aussi malin que je le pense, il a effacé toute trace de l’expédition sur l’ordinateur. Puis il a couru comme un fou rejoindre Tonkin.

— Alors, la cryo-chambre se trouve encore quelque part sur un quai d’embarquement là en bas ! Attendez que je le dise à Quinn ! J’imagine qu’il vaut mieux dire aux Bharaputrans où orienter leurs…

Il leva une main.

— Je… je pense…

Elle le contempla et retomba sur sa chaise, les yeux plissés.

— Quoi ?

— Cela fait presque un jour entier depuis que nous sommes partis et plus d’une demi-journée que nous avons demandé aux Bharaputrans de chercher la cryo-chambre. Si elle était encore sur un quai, ils l’auraient déjà trouvée. Le système d’expéditions automatiques est efficace. Je crois que la cryo-chambre est déjà partie, peut-être même dès la première heure. Je crois que les Bharaputrans et Fell nous disent la vérité. Ils doivent être en train de devenir cinglés. Non seulement il n’y a pas de cryo-chambre là-bas mais, en plus, il n’y a aucune trace d’elle !

À mesure qu’il parlait, Bothari-Jesek se raidissait.

— Nous ne sommes pas mieux lotis ! Seigneur… Si vous avez raison… elle peut être n’importe où. Expédiée sur n’importe laquelle des deux douzaines de stations de transfert orbital… Elle a même peut-être fait un saut à l’heure qu’il est ! Simon Illyan va avoir une attaque quand on va lui annoncer ça.

— Non. Pas n’importe où, corrigea Mark avec force. Elle n’a pu être envoyée que dans un endroit que connaissait le médic Norwood. Un endroit dont il se souvenait encore alors qu’il était dans une situation très critique.

Elle se mordit les lèvres, considérant ce point d’un air sceptique.

— D’accord, dit-elle enfin. Presque n’importe où. Mais on peut au moins commencer à jouer aux devinettes en examinant le dossier personnel de Norwood. (Elle le considéra soudain avec un air grave.) Vous savez, vous vous débrouillez plutôt bien seul, dans une pièce tranquille. Vous n’êtes pas stupide. D’ailleurs, je ne comprenais pas comment vous pouviez l’être. Simplement, vous n’êtes pas un officier de combat.

— Je ne suis pas un officier, un point c’est tout. Je hais l’armée et tout ce qui a un rapport avec les militaires.

— Miles adore ça. Le front, la première ligne. Il est shooté à l’adrénaline.

— Je déteste ça. Je déteste avoir peur. Je n’arrive pas à réfléchir quand j’ai peur. Je me pétrifie sur place quand on me crie après.

— Et pourtant, vous savez réfléchir… Avez-vous souvent peur ?

— La plupart du temps, admit-il, morose.

— Alors, pourquoi… (Elle hésita comme si elle cherchait ses mots très soigneusement.)… Pourquoi essayez-vous encore d’être Miles ?

— Ce n’est pas moi, c’est vous qui me faites jouer son rôle !

— Je ne parlais pas de maintenant. Je pensais en général.

— Je ne vois vraiment pas de quoi vous voulez parler.

10

Vingt heures plus tard, les deux navires dendariis se séparèrent de la Station Fell et se dirigèrent vers le point de saut numéro Cinq. Ils n’étaient pas seuls. Une escorte d’une demi-douzaine de vaisseaux de la sécurité de la maison Fell les accompagnait. Les navires de Fell étaient des bâtiments de guerre locale ; ils n’étaient pas équipés de tringle de Necklin, n’avaient pas la capacité d’effectuer des sauts. La puissance ainsi économisée était affectée à un formidable armement. Des vaisseaux-muscles.

Le convoi était filé à distance discrète par un croiseur bharaputran qui tenait plus du yacht que du navire de guerre. Il était là pour accueillir le transfert final du baron Bharaputra, qui aurait lieu comme prévu aux abords du point de saut. Malheureusement, la cryo-chambre de Miles ne se trouvait pas à son bord.

Quinn avait failli faire une dépression nerveuse, avant d’accepter l’inévitable. Bothari-Jesek l’avait collée au mur lors de leur dernière conférence privée dans la salle de conférence.

— Je n’abandonnerai pas Miles ! Grondait Quinn. Je jetterai dans le vide ce salaud de Bharaputra avant !

— Ecoute, chuchota Bothari-Jesek, les revers de la veste de Quinn tordus dans ses poings tandis que Mark se faisait tout petit – encore plus petit – dans sa chaise. Ça ne me plaît pas plus qu’à toi mais la situation nous échappe complètement. Miles n’est sûrement plus aux mains des Bharaputrans. Dieu sait où il se trouve. Nous avons besoin de renforts. Pas des navires de guerre mais des analystes entraînés. Une montagne d’analystes. Nous avons besoin d’Illyan, de la SecImp, et nous avons besoin d’eux aussi vite que possible. Il faut foutre le camp en quatrième vitesse. Plus tôt nous sortirons d’ici, plus tôt nous reviendrons.

— Je reviendrai, jura Quinn.

— Tu verras ça avec Simon Illyan. Mais, crois-moi, il tiendra autant que nous à récupérer cette cryo-chambre.

— Illyan n’est qu’un Barrayaran. (Elle chercha le mot exact.) Un bureaucrate. Il ne réagira pas comme nous, il n’a pas de cœur.

— Ne parie pas ta tête là-dessus, murmura Bothari-Jesek.

Finalement, Bothari-Jesek, le sens du devoir de Quinn à l’égard des autres Dendariis et la logique de la situation avaient prévalu. Et voilà comment Mark se retrouvait – pour ce qu’il espérait être sa dernière apparition publique en tant qu’amiral Naismith – revêtu de l’uniforme gris, afin d’assister au transfert de leur otage sur une navette de la maison Fell. Ce qui arriverait par la suite à Vasa Luigi dépendait uniquement de Fell. Mark espérait de tout son cœur que ce serait déplaisant.