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— Debout, dit Quinn avant de plisser le nez. Va te laver et mets cet uniforme.

Elle étala avec révérence quelque chose d’un vert de forêt avec des brocarts dorés au pied du lit. Elle aurait dû le lui jeter au visage. Mark en déduisit qu’il devait s’agir d’un uniforme de Miles.

— Je vais me lever, fit-il, et me laver. Mais je ne mettrai pas cet uniforme, ni aucun autre uniforme.

— Vous ferez ce qu’on vous dira, monsieur.

— Ceci est un uniforme barrayaran. Il représente un réel pouvoir. Ils pendent les gens qui portent de faux uniformes.

Rejetant les couvertures, il s’assit… et fut pris d’un léger vertige.

— Mon Dieu, s’étrangla Quinn, choquée. Qu’est-ce que tu t’es fait ?

— Vous pouvez encore essayer de me tasser dans cet uniforme mais l’effet ne vous plaira pas.

Il tituba jusqu’à la salle de bains.

Tout en se lavant et s’épilant, il considéra les résultats de sa tentative d’évasion. Le temps lui avait manqué. Ce qui ne l’avait pas empêché de regagner les kilos perdus pour jouer l’amiral Naismith sur Escobar, avec en plus un léger bonus. Ceci en à peine quatorze jours alors qu’il lui avait fallu une année pour grossir la première fois : un double menton, un torse et un abdomen notablement épaissis, au prix d’une copieuse douleur. Ce n’est pas encore assez, pas assez pour être vraiment en sécurité.

Quinn étant Quinn, elle devait se convaincre elle-même. Elle lui fit quand même essayer l’uniforme. Il se dilata de son mieux. L’effet était saisissant… fort peu militaire. Ronchonnant, elle abandonna et le laissa s’habiller comme il l’entendait. Il choisit un caleçon mi-long, des espadrilles souples et une ample tunique civile barrayarane de Miles avec de larges manches et une ceinture brodée. Il prit un bon moment pour juger s’il valait mieux la nouer sous sa bedaine ou bien en plein milieu. À en juger par la moue de dégoût de Quinn, c’était pire dessous. Il la noua dessous.

Elle ne fut pas dupe.

— Tu t’amuses bien ?

— Je ne risque pas de m’amuser beaucoup aujourd’hui, non ?

Elle acquiesça sèchement.

— Où m’emmenez-vous ? Et d’ailleurs, où sommes-nous ?

— Sur orbite autour de Komarr. On va utiliser une capsule pour se rendre secrètement à bord d’une base militaire spatiale barrayarane. Là nous aurons une entrevue très privée avec le chef de la Sécurité Impériale, le capitaine Simon Illyan. Il est venu par courrier rapide tout droit du Quartier Général de la SecImp sur Barrayar après avoir reçu un message codé très ambigu de ma part. Il ne va pas être ravi d’avoir dû interrompre sa routine. Il va exiger de savoir ce qui était assez urgent pour ça. Et, fit-elle enfin dans un soupir, il va falloir que je le lui dise.

Elle l’escorta hors de sa cabine à travers le Peregrine. Le garde à la porte avait disparu. En fait, tous les couloirs semblaient déserts. Non, pas déserts. Vidés.

Ils arrivèrent au sas menant à la capsule. Bothari-Jesek était aux commandes. Il n’y avait personne d’autre. Oui, la petite fête allait être très privée.

Quand elle jeta un coup d’œil vers lui par-dessus son épaule, elle écarquilla les yeux et ses sombres sourcils s’affaissèrent en signe de désapprobation. Bothari-Jesek n’appréciait pas sa nouvelle silhouette.

— Bon sang, Mark. Vous avez l’air d’un cadavre qui vient de remonter à la surface après avoir passé huit jours dans l’eau.

C’est exactement ce que je ressens.

— Merci, répliqua-t-il, narquois.

Elle ricana, amusée ou écœurée, avant de fixer son attention sur les commandes de la capsule. Celle-ci prit son essor et ils se détachèrent en silence du Peregrine. Les accélérations successives lui distendirent douloureusement l’estomac et il déglutit encore pour combattre la nausée qui le gagnait.

— Pourquoi le grand patron de la SecImp ne porte-t-il que le grade de capitaine ? s’enquit-il pour éviter de penser à son malaise.

— Encore une tradition barrayarane, dit Bothari-Jesek. (Elle avait mis une légère amertume dans le mot tradition. Mais, au moins, elle lui adressait la parole.) Le prédécesseur d’Illyan à ce poste, feu le célèbre capitaine Negri, n’a jamais accepté de promotion au-delà du poste de capitaine. Ce genre d’ambition était apparemment incongru dans l’entourage de l’empereur Ezar. Tout le monde savait que Negri était la voix de l’empereur et ses ordres valaient pour tous, du plus humble au plus puissant. J’imagine qu’Illyan n’a pas osé se donner un rang plus élevé que son ancien patron. Ce qui ne l’empêche pas de toucher le salaire d’un vice-amiral. Quel que soit le pauvre crétin qui dirigera la SecImp à la retraite d’Illyan, il ne dépassera probablement jamais le grade de capitaine, lui non plus.

Ils approchaient d’une station orbitale de moyenne importance. Mark put enfin apercevoir Komarr, tournant loin au-dessous d’eux, réduite par la distance à une demi-lune. Bothari-Jesek obéit strictement aux instructions d’un contrôleur spatial particulièrement laconique. Elle donna toute une série de codes et de preuves de son identité puis un silence nerveux régna. Ils furent enfin autorisés à se poser.

Deux gardes muets et inexpressifs, arborant l’impeccable uniforme vert barrayaran, les attendaient à la sortie du sas. Ils les conduisirent à travers la station jusqu’à une pièce dépourvue de fenêtres aménagée en bureau. Il y avait là une comconsole, trois chaises et rien d’autre.

— Merci. Laissez-nous, dit l’homme derrière le bureau.

Les gardes sortirent, toujours aussi silencieux.

L’homme parut se détendre un tout petit peu. Il hocha la tête vers Bothari-Jesek.

— Salut, Elena. Content de te revoir.

Sa voix légère possédait une chaleur inattendue comme celle d’un oncle accueillant sa nièce préférée.

En dehors de cela, il ressemblait parfaitement au personnage que Mark avait étudié dans les dossiers de Galen. Simon Illyan était un homme mince, déjà âgé, aux tempes grises et aux cheveux châtains. Le visage rond au nez retroussé était creusé de rides. Il portait, sur cette base militaire, un uniforme d’officier identique à celui que Quinn avait voulu faire enfiler à Mark : le vert impérial avec l’œil d’Horus sur le col, insigne de la SecImp.

Mark se rendit compte qu’Illyan le contemplait d’un air étrange.

— Bon Dieu, Miles, tu… commença-t-il d’une voix étranglée puis une lueur de compréhension passa dans ses yeux. Il se renfonça sur sa chaise. Ah ! (Sa bouche se tordit d’un côté.) Lord Mark. Madame votre mère vous salue. Et je suis ravi de vous rencontrer enfin.

Il semblait parfaitement sincère.

Vous ne le serez pas longtemps, songea Mark au désespoir. Lord Mark ? Il plaisante !

— Je suis aussi ravi de savoir à nouveau où vous êtes. J’en déduis, capitaine Quinn, que le message de mon département à propos de la disparition de lord Mark a fini par vous arriver ?

— Pas encore. Il doit… probablement nous suivre.

Illyan haussa les sourcils.

— Ainsi donc, lord Mark a réapparu de lui-même ou alors est-ce mon cher lieutenant qui me l’envoie ?

— Ni l’un ni l’autre, monsieur.

Quinn semblait avoir du mal à parler. Bothari-Jesek n’essayait même pas.

Illyan se pencha en avant, se faisant un peu plus sérieux mais gardant son ironie.