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— J’irai lui parler dans un moment, promit la comtesse.

— Bien.

Le regard du comte inspecta Mark. Etonné ? Ecœuré ?

— Bien, répéta-t-il.

Le fameux diplomate dont le boulot consistait à convaincre trois planètes de s’engager sur la voie du progrès restait sans voix, comme s’il était incapable de s’adresser directement à Mark.

— Ils l’ont pris pour Miles ?

Une étincelle amusée passa dans les yeux de la comtesse.

— Il a pris un peu de poids depuis, dit-elle, neutre.

— Je vois.

Le silence s’effondra sur eux.

Mark explosa.

— La première chose que je devais faire en vous voyant, c’était essayer de vous tuer.

— Oui. Je sais.

Le comte s’enfonça sur le divan, les yeux enfin posés sur le visage de Mark.

— Ils m’ont fait pratiquer à peu près vingt méthodes différentes, jusqu’à ce que je sois capable de les exécuter pendant mon sommeil. Mais celle qu’ils auraient préféré me voir utiliser, c’était une capsule collante qui diffuse une toxine paralysante. À l’autopsie, on aurait conclu à une crise cardiaque. Je devais me retrouver seul avec vous et la poser sur n’importe quelle partie de votre corps. L’effet était étrangement lent, pour une drogue mortelle. Je devais attendre, devant vous, une bonne vingtaine de minutes jusqu’à ce que vous mouriez en vous laissant croire que j’étais Miles et que je vous avais tué.

Le comte sourit d’un air lugubre.

— Je vois. Une excellente vengeance. Très artistique. Ça aurait pu marcher.

— En tant que nouveau comte Vorkosigan, j’aurais alors tenté de prendre la tête de l’Empire.

— Ça, ça n’aurait pas marché. Ser Galen le savait. En fait, il désirait surtout provoquer un gigantesque chaos de façon que Komarr se soulève. Pour lui, tu n’étais qu’un autre Vorkosigan bon à sacrifier.

Il semblait soudain plus à l’aise à discuter de ces complots grotesques. Il avait l’air plus… professionnel.

— Vous tuer était l’unique raison de mon existence. Il y a deux ans, c’était la seule chose qui me faisait vivre. J’ai enduré toutes ces années avec Galen dans cet unique but.

— Rassure-toi, conseilla la comtesse, la plupart des gens n’ont aucune raison d’exister.

— La SecImp, reprit le comte, a rassemblé un énorme tas de renseignements sur toi dès que le complot a été démasqué. Cela couvre une longue période : depuis l’instant où tu n’étais qu’une lueur de folie dans le regard de Galen jusqu’à ta dernière disparition de la Terre il y a deux mois. Mais, il n’y a rien là-dedans qui suggère que ta… euh, dernière aventure sur l’Ensemble de Jackson était le résultat d’une programmation latente qui te conduirait à mener à bien mon assassinat. Il n’y a pas le moindre doute là-dessus, non ?

Une infime incertitude s’entendait dans sa voix.

— Non, dit Mark avec fermeté. J’ai été assez conditionné pour savoir quand je le suis ou pas. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut ignorer. En tout cas, pas avec la façon dont Galen s’y prenait.

— Je ne suis pas d’accord, intervint alors la comtesse. Tu as été conduit à faire ça, Mark. Mais pas par Galen.

Le comte haussa un sourcil inquisiteur. Il semblait aussi surpris que Mark.

— Par Miles, j’en ai bien peur, expliqua-t-elle. De façon bien involontaire.

— Je ne comprends pas, dit le comte.

Mark non plus.

— Je n’ai été en contact avec Miles que pendant quelques jours sur Terre.

— Je ne suis pas certaine que tu sois prêt pour ça mais voilà ce que je pense. Tu as eu exactement trois modèles pour apprendre à devenir un être humain. Les trafiquants de corps jacksoniens, les terroristes komarrans et… Miles. Tu t’es nourri de Miles. Et, j’en suis désolée, mais Miles se prend pour un chevalier errant. Un gouvernement rationnel ne l’autoriserait même pas à posséder un couteau de poche, sans parler d’une flotte spatiale. Et voilà comment, Mark, quand tu as finalement été forcé de faire un choix entre deux monstres assassins et un cinglé… tu as choisi le cinglé.

— Je trouve que Miles fait du très bon travail, objecta le comte.

— Aarh. (La comtesse s’enfouit brièvement le visage dans les mains.) Mon amour, nous parlons d’un jeune homme sur qui Barrayar a fait peser une telle tension, lui a causé de telles douleurs qu’il a dû de toutes pièces créer une nouvelle personnalité pour s’y réfugier. Il a alors persuadé plusieurs milliers de mercenaires galactiques de soutenir sa névrose et, pour couronner le tout, il s’est débrouillé pour que l’empire barrayaran paye la facture. L’amiral Naismith est beaucoup plus qu’un simple agent secret de la SecImp et tu le sais. Je veux bien t’accorder que c’est un génie mais n’essaye pas de me dire qu’il est sain d’esprit. (Une pause.) Non. Ce n’est pas juste. Sa soupape de sécurité fonctionne. Je commencerai vraiment à me faire du souci pour sa santé mentale quand il sera coupé du petit amiral. En fait, il a trouvé une façon extraordinaire de garder son équilibre. (Elle regarda Mark.) Mais c’est aussi quelque chose que personne ne peut imiter.

Mark n’avait jamais pensé une seule seconde que Miles puisse être fou. Pour lui, il était la perfection incarnée. Tout ceci était très troublant.

— Les Dendariis fonctionnent réellement comme le bras armé et caché de la SecImp, fit le comte qui paraissait lui aussi quelque peu troublé. Et souvent, d’une façon spectaculairement efficace.

— Bien sûr. Tu ne laisserais pas Miles les garder si ce n’était pas le cas, alors il se débrouille pour que ça marche. Je ne fais que souligner le fait que leur fonction officielle n’est pas leur fonction unique. Et… si Miles décide un jour qu’il n’a plus besoin d’eux, il ne se passera pas un mois avant que la SecImp trouve une bonne raison pour rompre les ponts avec eux. Et vous serez tous absolument persuadés d’agir en parfaite logique.

Pourquoi ne l’accusaient-ils pas… ? Il rassembla son courage pour le demander à haute voix.

— Pourquoi ne m’accusez-vous pas d’avoir tué Miles ?

D’un regard, la comtesse confia la réponse à son mari qui acquiesça d’un signe de tête. Parlait-il en leur nom à tous les deux ?

— Le rapport d’Illyan indique que Miles a été descendu par un soldat bharaputran.

— Mais il ne se serait pas trouvé dans sa ligne de tir si je n’avais…

Le comte Vorkosigan l’interrompit d’un geste.

— S’il n’avait pas choisi d’une façon complètement idiote de s’y trouver. N’essaye pas de camoufler tes fautes réelles en t’accusant de celles dont tu n’es pas responsable. J’ai, moi-même, commis suffisamment d’erreurs mortelles pour ne pas me laisser abuser par celle-ci. (Il regarda ses bottes.) Nous avons aussi considéré le long terme. Alors que ta personnalité et ta personne sont clairement distinctes de celles de Miles, les enfants que vous engendrerez seront génétiquement identiques. Tu ne seras peut-être pas ce dont Barrayar a besoin mais ton fils peut l’être.

— Tout cela afin de perpétuer le système vor, intervint sèchement la comtesse. Voilà un objectif bien douteux, mon amour. Ou bien est-ce que tu te vois déjà jouant le grand-père du fils hypothétique de Mark comme ton père l’a fait avec Miles ?

— Dieu m’en préserve, grommela le comte avec ferveur.

— Tu dois être conscient de ton propre conditionnement. (Elle s’adressait à Mark.) Le problème… (Son regard se perdit avant de revenir sur lui.)… Si nous ne retrouvons pas Miles, tu n’auras pas simplement à assumer une relation. Tu auras un travail à accomplir. Au minimum, tu seras responsable du bien-être de deux millions de personnes, ici, dans ton district. Tu seras leur voix au Conseil des comtes. C’est un travail pour lequel Miles a été entraîné depuis sa naissance. Je ne suis pas certaine qu’il soit possible d’y envoyer un remplaçant de dernière minute.