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À présent qu’il se retrouvait seul dans le noir comme il l’avait tant désiré un peu plus tôt, cela ne lui plaisait plus trop. Il décida d’aller trouver Ivan et descendit dans le jardin. Malheureusement, les allées se séparaient et se séparaient encore, offrant une multitude de destinations possibles. Il passa devant des couples qui s’étaient réfugiés, malgré la fraîcheur, sur les bancs du parc. Il rencontra quelques passants sortis prendre l’air ou simplement discuter à l’abri des oreilles indiscrètes. Où était Ivan ? Pas ici, à l’évidence. Le chemin se terminait en cul-de-sac sur un balcon. Il fit volte-face.

Quelqu’un l’avait suivi, un homme grand en rouge et bleu. Son visage était dans l’ombre.

— Ivan ? fit Mark, incertain.

Il ne pensait pas qu’il s’agissait d’Ivan.

— C’est donc toi, le clown des Vorkosigan.

Ce n’était pas Ivan. Et la façon dont il avait déformé le mot clone pour en faire clown rendait l’insulte très claire.

Mark se planta sur ses jambes écartées.

— Brillante déduction, gronda-t-il. Et toi, tu es qui dans ce cirque ? Le chien savant ?

— Un Vor.

— Ça, je le vois au front bas et fuyant. Quel Vor ?

Ses cheveux se dressaient à la base de son cou. Il avait ressenti cette même exaltation mêlée à cette même sensation de nausée dans la ruelle du Caravansérail. Son cœur se mit à cogner. Mais, pour l’instant, il n’a proféré aucune menace. Et il est seul. Attends.

— Ippy, tu ignores tout de l’honneur d’un Vor, grinça l’homme.

— Absolument tout, approuva gaiement Mark. Je crois que vous êtes tous fous.

— Tu n’es pas un soldat.

— Encore correct. Eh bien, c’est qu’on est vif ce soir. On m’a entraîné pour être l’assassin solitaire. Je suis la mort qui rôde dans l’ombre.

Il commença à compter les secondes dans sa tête.

L’autre, qui avait fait mine d’avancer, s’immobilisa et recula même d’un pas.

— On dirait, fit-il sourdement. Tu n’as pas perdu de temps à prendre la place du comte. Pas très subtil pour un assassin de métier.

— Je ne suis pas un homme subtil.

Sans lever les mains, il se mit en garde, en équilibre parfait mais ne bougea pas. Pas de gestes brusques. Continuer à bluffer.

— Je peux te dire une chose, petit clown. (À nouveau, cette même intention blessante.) Si Aral Vorkosigan meurt, ce ne sera pas toi qui deviendras comte.

— Voilà qui est parfaitement exact, fit Mark, ironique. Alors pourquoi te mets-tu dans un tel état, mon bon Vor ?

Merde. Celui-là sait que Miles est mort. Comment a-t-il pu l’apprendre ? Est-ce un type de la SecImp ? Mais il n’y avait pas d’œil d’Horus sur son col. Il portait l’insigne d’un navire quelconque que Miles ne connaissait pas. L’insigne d’un service actif.

— Après tout, reprit-il, je ne suis qu’un autre petit rejeton de Vor qui vit des rentes de sa famille. N’en fais pas une maladie. Il y en a des tas d’autres ici ce soir qui se trémoussent là-haut.

— Tu te crois malin, hein ?

— Compte tenu des circonstances, fit Mark, exaspéré, tu ne tenteras pas de me tuer ici. Cela embarrasserait la SecImp. Et je doute que tu veuilles embarrasser Simon Illyan… qui que tu sois.

Il continuait à compter.

— Si tu t’imagines que la SecImp est à ta botte… commença l’inconnu avec fureur.

Mais il fut interrompu. Un serviteur souriant, arborant la livrée impériale descendait l’allée avec un plateau de boissons. C’était un jeune homme très costaud.

— Un verre, messieurs ? proposa-t-il.

Le Vor anonyme lui lança un regard venimeux.

— Non, merci.

Il fit volte-face et s’en fut.

— J’en prendrai un, merci, dit Mark gaiement.

Le serviteur lui présenta le plateau en s’inclinant.

Pour le salut de son estomac et la préservation de l’équilibre universel, Mark se contenta du même vin blanc qu’il avait ingurgité toute la soirée. Il préférait éviter les mélanges.

— Quatre-vingt-cinq secondes. Vous n’êtes vraiment pas pressé. Il avait largement le temps de me tuer trois fois. Et, en plus de ça, vous nous interrompez au moment où la conversation devenait passionnante. Cela dit, comment avez-vous fait, les gars ? Il est impensable que vous soyez assez nombreux là-haut dans vos planques pour écouter les conversations de chaque invité. C’est une recherche automatique sur des mots clés ?

— Un petit four, monsieur ?

Impavide, le bonhomme avait tourné son plateau pour lui présenter l’autre côté.

— Merci encore. Qui était ce fier Vor ?

Le serviteur jeta un coup d’œil vers l’allée à présent déserte.

— Le capitaine Edwin Vorventa. Il est en permission. Son navire est à quai orbital.

— Il n’est pas de la SecImp ?

— Non, monsieur.

— Oh ? Dans ce cas, dites à votre patron que j’aimerais lui parler dès que possible.

— Lord Voraronberg, le responsable de l’approvisionnement du palais, est très occupé en ce moment.

Mark sourit.

— Mais, bien sûr. Allez-vous-en, je suis assez soûl comme ça.

— Très bien, milord.

— Ce sera encore mieux demain matin. Ah ! une dernière chose. Vous n’auriez pas une idée de l’endroit où se trouve Ivan Vorpratil actuellement ?

Le regard du jeune homme se perdit dans le vague, comme s’il écoutait quelque chose. Son oreillette n’était pourtant pas visible.

— Il y a une espèce de petite tonnelle au bout du prochain chemin à gauche, près d’une fontaine. Vous pourriez essayer là-bas.

— Merci.

Mark suivit ses instructions. La nuit était de plus en plus humide, des gouttes de rosée s’accrochaient aux buissons et à ses manches d’uniforme, brillantes comme de petits diamants. Il ne tarda pas à entendre une fontaine. Une petite construction apparut : pas de murs, juste des arches qui soutenaient le toit. À l’intérieur, régnait une totale obscurité.

Ce bout de jardin était si calme qu’il percevait la respiration de l’homme qui se trouvait là. Il était seul. Tant mieux : il ne tenait pas à perdre les lambeaux de popularité qui lui restaient encore en interrompant un rendez-vous galant. Mais cette respiration était étrangement heurtée.

— Ivan ?

Un long silence. Il commençait à regretter d’être venu quand un grognement hargneux retentit.

— Quoi ?

— Je… voulais juste savoir ce que vous faisiez.

— Rien.

— Vous évitez votre mère ?

–… Ouais.

— Je, heu… ne lui dirai pas où vous êtes.

— Tu es trop bon, fut la réponse amère.

— Eh bien… à plus tard.

Il se tourna pour partir.

— Attends.

Il attendit, perplexe.

— Tu veux boire un coup ? proposa Ivan au bout d’un moment.

— Euh… oui.

— Viens te servir alors.

Mark se glissa dans la tonnelle et attendit que ses yeux s’habituent à l’obscurité. Le banc de pierre attendu et l’ombre d’Ivan vautrée dessus. L’ombre leva une bouteille luisante et Mark tendit son verre à moitié plein. Il s’aperçut trop tard qu’Ivan ne buvait pas du vin mais un cognac. Ce mélange avait un goût atroce. Il s’assit sur les marches, adossé à une arche et posa son verre un peu plus loin. Ivan se passait de verre.

— Vous êtes sûr que vous allez pouvoir conduire ? demanda Mark.

— J’en ai pas l’intention. Le personnel de la résidence me ramassera demain matin avec les ordures.