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— Cette console a été chargée avec absolument tous les rapports que j’ai reçus concernant la recherche du lieutenant Vorkosigan, annonça froidement Illyan. Si vous vous croyez capable de faire mieux que mes meilleurs analystes, ne vous gênez pas.

— Merci, monsieur. (Mark se glissa dans le fauteuil et brancha la machine.) Je ne m’attendais pas à une telle générosité.

— Je tiens à ce que vous n’ayez aucun motif de vous plaindre.

Gregor avait dû sacrément lui chauffer les fesses, se dit Mark. Illyan l’abandonna non sans s’incliner avec une ironie non dissimulée. De l’hostilité ? Non. Illyan ne lui témoignait pas l’hostilité qu’il était en droit d’éprouver à son égard. Il ne fait pas qu’obéir à son empereur, comprit soudain Mark avec effroi. S’il l’avait vraiment désiré, Illyan aurait pu défier Gregor sur un problème de sécurité comme celui-ci. Il est en train de perdre espoir.

Respirant un bon coup, il se plongea dans les dossiers, lisant, écoutant, regardant. Illyan ne plaisantait pas quand il avait dit tous les rapports. Il y en avait des centaines, produits par plus d’une cinquantaine d’agents éparpillés à travers toute la connexion galactique. Certains étaient brefs et négatifs. D’autres longs et négatifs. Ils semblaient avoir visité toutes les unités cryogéniques sur l’Ensemble de Jackson, ses stations orbitales et de saut ainsi que sur plusieurs systèmes planétaires voisins. Il y avait même des comptes rendus récents à propos de recherches effectuées dans des endroits aussi éloignés qu’Escobar.

Ce qui manquait, remarqua Mark au bout d’un moment, c’étaient des synthèses, des vues d’ensemble. Il n’avait reçu que les données brutes. Une sacrée masse. Tout compte fait, il préférait ça.

Il lut jusqu’à ce que ses yeux lui fassent mal et que son estomac réclame du café. C’est l’heure du déjeuner, pensa-t-il quand on frappa à la porte.

— Lord Mark, votre chauffeur est arrivé, l’informa poliment le garde.

Bon sang… c’était l’heure du dîner. L’homme l’escorta à l’extérieur pour le confier aux bons soins de Pym. Il faisait nuit. J’ai mal à la tête.

Opiniâtre, Mark revint le lendemain matin et recommença. Et le jour suivant. Et celui d’après. De nouveaux rapports continuaient d’affluer. En fait, ils arrivaient plus vite qu’il ne pouvait les consulter. Plus il travaillait, plus il accumulait de retard. À la moitié du cinquième jour, il se laissa aller contre le dossier de son fauteuil. C’est fou. Illyan était en train de l’enterrer, de l’enfouir. De l’ignorance totale, il passait au trop-plein d’informations. Ce qui était tout aussi paralysant. Je dois trier ce monceau de foutaises sinon je ne sortirai plus jamais de ce cube de béton.

— Mensonges, mensonges, mensonges, maugréa-t-il avec colère à l’intention de sa console qui continua, imperturbable, à ronronner et à afficher de nouveaux holos.

D’un coup de poing, il l’éteignit, arrêtant le flot de voix et de lumières. Il resta un moment assis dans le noir et le silence. Jusqu’à ce que ses oreilles cessent de bourdonner.

La SecImp n’y est pas parvenue. Ils n’ont pas trouvé Miles. Tous ces renseignements étaient donc inutiles. Il n’avait besoin que de trouver par où commencer. D’un départ. Ramenons ça à des proportions raisonnables.

Commençons par quelques hypothèses de base. Primo : on peut récupérer Miles.

Que la SecImp continue à chercher si ça lui chantait un corps décomposé, une tombe anonyme ou la trace d’une désintégration. Même en cas de succès, une telle recherche ne lui servait à rien. Surtout en cas de succès.

Seules les cryochambres, qu’elles fassent partie d’installations médicales ou qu’elles soient portables, avaient un intérêt. Mais la logique dégonflait son optimisme. Si Miles avait été ressuscité avec succès par des mains amies, son premier souci aurait, été de prendre contact. Il ne l’avait pas fait, donc il était encore congelé. Ou, s’il était ranimé, en trop mauvais état pour donner signe de vie. Ou alors, aux mains d’ennemis. Dans tous les cas : où ça ?

La cryochambre dendarii avait été retrouvée dans le Moyeu de Hegen… Et alors ? Elle y avait été envoyée après avoir été vidée. S’enfonçant dans son siège, les paupières sciées par une minuscule fente, Mark réfléchit à l’autre extrémité de la piste. Ses petites obsessions privées le conduisaient-elles à croire ce qu’il avait envie de croire ? Non, bon sang. Au diable le Moyeu de Hegen. Miles n’a jamais quitté la planète. D’un coup, il venait de mettre à la poubelle les trois quarts de ce tas de saloperies qui lui bouchait la vue.

Il faut consulter uniquement ce qui a trait à l’Ensemble de Jackson. Bien. Et après ?

Avec quel soin la SecImp avait-elle fouillé toutes les caches possibles ? Les endroits qui n’avaient pas de liens connus avec la maison Bharaputra ? En général, les agents de la SecImp n’avaient fait que poser quelques questions, sans révéler leur identité et en promettant une récompense substantielle. Et cela, au moins quatre semaines après le raid. La piste était froide, pour ainsi dire. Cela avait laissé pas mal de temps à celui qui avait reçu le paquet-surprise pour y réfléchir. Assez de temps pour le cacher, si l’envie lui en était venue. Et dans ce cas, si la SecImp avait effectué une deuxième visite, cela n’avait fait que prouver la valeur du « paquet ». Et donc l’importance de bien le planquer.

Miles se trouve dans un endroit déjà vérifié par la SecImp, aux mains de quelqu’un qui possède un motif secret pour le garder.

Cela lui laissait encore des centaines de possibilités.

Il me faut un indice. Il doit exister un indice.

La SecImp avait épluché tous les dossiers que les Dendariis possédaient sur Norwood, au point de les avoir analysés mot à mot. Rien. Mais Norwood avait reçu une éducation médicale. Et il n’avait pas expédié la cryochambre de son amiral adoré au petit bonheur. Il l’avait envoyée quelque part à quelqu’un.

Si l’Enfer existe, Norwood, j’espère que vous y grillez en ce moment.

Mark soupira et ralluma la console.

Deux heures plus tard, Illyan passa le voir dans sa cellule, refermant la porte isolante derrière lui. Il s’adossa, faussement détendu, au mur et demanda :

— Comment ça se passe ?

Mark se passa les doigts dans les cheveux.

— Malgré l’amabilité avec laquelle vous avez tenté de me submerger, je crois que je fais des progrès.

— Oh ? Quel genre ?

Il ne niait pas l’accusation.

— Je suis absolument convaincu que Miles n’a jamais quitté l’Ensemble de Jackson.

— Alors, comment expliquez-vous que nous ayons retrouvé la cryochambre dans le Moyeu de Hegen ?

— C’est une diversion.

— Hum, commenta Illyan.

— Et ça a marché, insista Mark cruellement.