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Tendu, Mark se leva pour arpenter la petite pièce. Deux pas dans chaque sens. Le souvenir des yeux inhumains du baron Bharaputra se planta dans sa cervelle. Si tu veux retrouver quelque chose, cherche d’abord là où tu l’as perdu. Il avait tout perdu sur l’Ensemble de Jackson.

Illyan revint enfin.

— Asseyez-vous et relevez votre manche gauche.

Mark obéit.

— Qu’est-ce que c’est que ça ?

— Un timbre test.

Il ressentit une infime démangeaison quand Illyan pressa le petit rectangle sur la face interne de son avant-bras. Il l’enleva et consulta son chrono, avant de poser une fesse sur le plateau de la console en observant le bras de Mark.

Moins d’une minute plus tard, un point rose apparut. Encore une minute et c’était un bouton. En cinq minutes, c’était une espèce de furoncle blanc et dur entouré de furieuses traînées rouges qui couraient du coude au poignet.

Illyan poussa un soupir déçu.

— Lord Mark, je vous conseille fortement d’éviter à tout prix le thiopenta à l’avenir.

— C’est une réaction allergique ?

— Hautement allergique.

— Merde.

Mark se mit à broyer du noir. Et à se gratter. Il baissa sa manche avant de s’arracher la peau.

— Si Miles, demanda-t-il, avait été assis ici, à lire ces dossiers, à vous donner les mêmes arguments, l’auriez-vous écouté ?

— Le lieutenant Vorkosigan a remporté suffisamment de succès pour que je prête attention à ses dires. Les résultats parlent d’eux-mêmes. Et, comme vous-même n’avez cessé de le répéter, vous n’êtes pas Miles. Vous ne pouvez utiliser les deux arguments en même temps, conclut-il, glacial. Choisissez.

— Pourquoi vous êtes-vous donné la peine de me laisser entrer ici ? J’ai beau dire ou faire, ça ne change rien ! explosa Mark.

Illyan haussa les épaules.

— En dehors du fait qu’il s’agissait d’un ordre direct de Gregor… au moins, je sais où vous êtes et ce que vous fabriquez.

— Une cellule de détention, hein ? Où je suis entré volontairement. Si vous pouviez aussi me priver de console, vous seriez encore plus heureux.

— Franchement, oui.

— Bien. Dans ce cas…

Mark ralluma la console. Illyan l’abandonna.

Mark bondit de sa chaise, ouvrit la porte et passa la tête dans le couloir. Le dos d’Illyan était déjà à mi-distance.

— Je possède mon propre nom, maintenant, Illyan ! cria furieusement Mark.

Illyan tourna la tête, haussa les sourcils et poursuivit son chemin.

Mark essaya de consulter un autre rapport mais tout se désagrégeait quelque part entre ses yeux et son cerveau. Il était trop excité pour poursuivre son travail d’analyse aujourd’hui. Il finit par abandonner et appela Pym pour qu’il vienne le chercher. La nuit n’était pas encore tombée. Sur le chemin du retour à la résidence Vorkosigan, il contempla le soleil qui se couchait jusqu’à s’en brûler la rétine.

C’était la première fois de la semaine qu’il revenait de la SecImp à temps pour partager le dîner de la comtesse. Il la trouva en compagnie de Bothari-Jesek dans une sorte de petite véranda donnant sur un recoin du jardin surchargé de fleurs d’automne et de plantes. Un éclairage indirect laissait cette masse colorée dans l’ombre. La comtesse portait une élégante veste verte et une longue jupe : la tenue citadine d’une Vor. Bothari-Jesek arborait une tenue similaire, visiblement empruntée à la garde-robe de son hôtesse. Une place lui avait été réservée à table malgré le fait qu’il ne s’était pas présenté aux repas depuis quatre jours. Cette attention le toucha confusément. Il se glissa dans son siège.

— Comment était le comte aujourd’hui ? demanda-t-il timidement.

— Aucun changement, soupira la comtesse.

Selon la coutume qu’elle observait, il y eut une minute de silence avant le repas, au cours de laquelle la comtesse adressait une prière silencieuse. Ces jours-ci, se dit Mark, elle avait de quoi prier. Bothari-Jesek et lui attendirent poliment, la jeune femme méditant Dieu-savait-quoi, Mark se repassant mentalement la conversation avec Illyan. Maintenant qu’il était trop tard, il trouvait des tas d’arguments intelligents à lui opposer. Un serviteur apporta la nourriture dans des plats couverts avant de disparaître. La comtesse préférait toujours dîner en privé quand ils ne recevaient pas d’invités officiels. En famille, hein ?

Depuis le malaise du comte, Bothari-Jesek avait apporté à la comtesse le soutien d’une fille, l’accompagnant lors de ses fréquentes visites à l’Hôpital Impérial, lui rendant quelques services pratiques, lui servant de confidente. Mark était persuadé que la comtesse s’était confiée à Bothari-Jesek plus qu’à n’importe qui d’autre et il en éprouvait une inexplicable jalousie. En tant qu’enfant unique de leur homme d’armes préféré, Elena Bothari avait été pratiquement la fille adoptive des Vorkosigan. La résidence Vorkosigan était sa maison, celle où elle avait grandi. S’il était vraiment le frère de Miles, cela faisait-il d’Elena sa demi-sœur ? Il devrait essayer de le lui demander. Un jour. En prenant soin de revêtir une armure avant.

— Capitaine Bothari-Jesek, commença-t-il après avoir avalé une ou deux bouchées, savez-vous ce qui se passe avec les Dendariis à Komarr ? À moins qu’Illyan ne vous informe de rien, vous non plus.

— Il n’a pas intérêt, répliqua-t-elle. (Evidemment, Elena possédait des alliés plus haut placés que le chef de la SecImp lui-même.) On a fait un peu de ménage. Quinn a gardé auprès d’elle tous les témoins visuels de votre… raid… (gentil à elle de ne pas utiliser un terme plus approprié comme débâcle). Elle a envoyé tous les autres à bord du Peregrine sous le commandement de mon second rejoindre le reste de la flotte. Tout le monde commençait à devenir nerveux à force d’être coincé sur orbite sans permission, ni aucune tâche à accomplir.

La perte temporaire de son commandement ne la ravissait pas.

— L’Ariel se trouve donc toujours à Komarr ?

— Oui.

— Avec Quinn, bien sûr… Le capitaine Thorne ? Le sergent Taura ?

— Ils sont tous là-bas, à attendre.

— Eux aussi doivent commencer à être un peu nerveux, non ?

— Oui, fit Bothari-Jesek en plantant sa fourchette si fort dans sa plâtrée de protéines que des bouts de gelée giclèrent.

Et ils ne sont pas les seuls.

— Alors, qu’as-tu appris cette semaine, Mark ? s’enquit la comtesse.

— Rien que vous ne sachiez déjà, j’en ai peur. Illyan ne vous fournit-il pas de rapports ?

— Oui, mais en raison des événements récents je n’ai eu que le temps de lire les synthèses de ses analystes. De toute manière, il n’y a qu’une seule nouvelle que j’aie vraiment envie d’entendre.

Bien. Encouragé, Mark lui expliqua ce qu’il avait fait, y compris le raisonnement qui l’avait conduit à écarter l’essentiel des rapports.

— Tu sembles avoir bien avancé, remarqua-t-elle.

Il haussa les épaules.

— Je sais, à présent, en gros tout ce que sait la SecImp, si Illyan a été honnête avec moi. Mais, dans la mesure où la SecImp ne sait pas où se trouve Miles, tout cela est complètement inutile. Je suis prêt à jurer…

— Oui ? dit la comtesse.

–… que Miles se trouve toujours sur l’Ensemble de Jackson. Mais je n’arrive pas à convaincre Illyan de se concentrer là-dessus. Il s’attaque à tout et donc à rien à la fois. Il est obsédé par les Cetagandans.