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— Non, soupira-t-il enfin. Si l’un d’entre eux a envie de me parler, j’imagine qu’il saura où me joindre.

De toute manière, aucune héroïne n’allait se jeter dans ses bras.

Son ton fit hausser les sourcils de la comtesse mais elle haussa les épaules en signe d’approbation.

Bothari-Jesek les invita à s’intéresser à des problèmes beaucoup plus pratiques comme par exemple le prix du carburant et les réparations des systèmes de survie. Bothari-Jesek et la comtesse – qui avait elle-même été autrefois capitaine d’un navire – étaient plongées dans des considérations hautement techniques à propos de tringles de Necklin quand l’image sur la comconsole bougea. Le visage de Simon Illyan apparut.

— Salut, Elena. (Elle était installée dans le siège de commande de la console.) Je voudrais parler avec Cordélia, s’il te plaît.

Bothari-Jesek sourit, hocha la tête, arrêta la sortie audio et glissa hors de la chaise. Elle fit un signe urgent à la comtesse et murmura :

— Des problèmes ?

— Il va nous bloquer, s’inquiéta Mark tandis que la comtesse s’installait. Il va me clouer au sol. C’est sûr !

— Chut, lui reprocha doucement la comtesse avec un petit sourire. Vous deux, restez où vous êtes et ne parlez pas. J’en fais mon affaire. (Elle rebrancha l’audio.) Oui, Simon, que puis-je faire pour vous ?

— Milady. (Illyan s’inclina brièvement.) En un mot, renoncez. Cette opération que vous envisagez est inacceptable.

— Pour qui, Simon ? Pas pour moi. Qui d’autre cela regarde-t-il ?

— La Sécurité, gronda Illyan.

— Vous êtes la Sécurité. Je vous serais reconnaissante d’assumer la responsabilité de vos propres émois et de ne pas essayer de les transférer sur quelque vague abstraction. Ou alors, lâchez la ligne et laissez-moi parler au capitaine de la Sécurité.

— D’accord. C’est inacceptable pour moi.

— Disons : difficile à accepter.

— Je vous demande de renoncer.

— Je refuse. Si vous voulez m’en empêcher, il vous faudra lancer un mandat d’arrêt contre Mark et moi.

— Je parlerai au comte, dit Illyan avec raideur, avec l’air d’un homme qui fait appel à son dernier recours.

— Il est beaucoup trop malade. Et je lui ai déjà parlé.

Illyan ravala son bluff sans (trop) broncher.

— Je ne sais pas ce que vous espérez tirer de cette petite aventure sinon semer la pagaille, risquer des vies et dépenser une petite fortune.

— Eh bien, c’est exactement de ça qu’il s’agit, Simon. Je ne sais pas ce que Mark sera capable de faire. Et vous non plus. Le problème avec la SecImp c’est que vous n’avez pas eu de concurrent ces derniers temps. Votre monopole vous satisfait. Un petit coup de pied aux fesses ne vous fera pas de mal.

Illyan serra les dents.

— Vous faites courir un triple risque à la maison Vorkosigan, dit-il enfin. Vous mettez en danger votre dernier représentant.

— J’en suis consciente. Et je choisis le risque.

— En avez-vous le droit ?

— Plus que vous.

— Le gouvernement est soumis à une énorme tension. Ce n’était pas arrivé depuis des années. La coalition centriste s’entre-déchire pour trouver un remplaçant à Aral. Sans parler des trois autres partis.

— Excellent. J’espère bien qu’ils y arriveront avant qu’Aral ne soit sur pied sinon je ne réussirai jamais à le convaincre de prendre sa retraite.

— C’est ainsi que vous voyez la chose ? demanda Illyan. Une occasion de mettre un terme à la carrière de votre mari ? Est-ce loyal, milady ?

— J’y vois une occasion de le sortir vivant de Vorbarr Sultana, répliqua-t-elle, glaciale. Ce qui, à mon désespoir, me semblait impossible ces dernières années. Vous choisissez vos loyautés, Simon, je choisis les miennes.

— Qui est capable de lui succéder ? fit Illyan d’un ton plaintif.

— Des tas de gens. Racozy, Vorhalas ou Sendorf, pour citer trois exemples. Si ce n’était pas le cas, il y aurait quelque chose d’abominable dans la façon de gouverner d’Aral. La marque d’un grand homme c’est de laisser derrière lui des successeurs à qui il a transmis ses capacités. Si, à vos yeux, Aral est minable au point de les avoir tous éliminés, au point d’avoir contaminé la planète entière avec sa petitesse, alors il vaudrait mieux que Barrayar se débarrasse de lui et vite.

— Vous savez que ce n’est pas ce que je crois !

— Bien. Dans ce cas, votre argument s’annule lui-même.

— Vous me liez les mains. (Illyan se massa le cou.) Milady, reprit-il finalement, je ne voulais pas vous en parler. Mais avez-vous pensé aux dangers possibles de laisser lord Mark retrouver lord Miles avant tout le monde ?

Elle se renfonça dans sa chaise, souriante, les doigts pianotant sur le plateau.

— Non, Simon. À quels dangers pensez-vous ?

— La tentation de se promouvoir.

— Assassiner Miles. Dites-le clairement, bon Dieu. (Ses yeux brillaient dangereusement.) Voilà pourquoi vous devez vous assurer que vos hommes retrouvent Miles les premiers. Je n’y vois aucune objection.

— Bon sang, Cordélia ! s’écria-t-il à bout. Vous savez très bien que s’ils se foutent dans la merde, ils viendront pleurnicher pour que la SecImp se lance à leur secours.

La comtesse gloussa.

— Vivre pour servir, je crois que vous prononcez ces mots dans votre serment d’engagement, non ?

— C’est ce qu’on verra, aboya Illyan avant de couper la com.

— Que va-t-il faire ? s’inquiéta Mark.

— Facile à deviner, passer au-dessus de moi. Dans la mesure où il ne peut faire appel à Aral, cela ne lui laisse qu’un unique recours. Je crois qu’on ne va pas tarder à recevoir un nouvel appel.

Mark et Bothari-Jesek tentèrent tant bien que mal de revenir à leurs préparatifs. Mark sursauta quand le bip de la console résonna à nouveau.

Un jeune inconnu s’inclina devant la comtesse et annonça :

— Lady Vorkosigan, l’empereur Gregor.

L’inconnu s’évanouit remplacé par un Gregor apparemment perplexe.

— Bonjour, lady Cordélia. Vous ne devriez pas affoler ainsi ce pauvre Simon, vous savez.

— Il le mérite, répondit-elle sur le même ton égal. J’admets qu’il a beaucoup trop de problèmes en tête ces derniers temps. Mais, à chaque fois qu’il est sous pression, il devient rigide et con… Au lieu de courir à travers son bureau en hurlant. Ce doit être sa façon de compenser.

— Tandis que d’autres compensent en devenant hyper-analytiques, murmura Gregor.

Les lèvres de la comtesse se tordirent et Mark sut alors qui arrosait l’arroseur.

— Ses inquiétudes sont légitimes, poursuivit Gregor. Cette escapade dans l’Ensemble de Jackson est-elle sage ?

— Une question à laquelle on ne peut répondre qu’empiriquement : on n’en saura rien si elle n’a pas lieu. Je vous accorde que Simon est sincère. Mais… à votre avis comment Barrayar sera-t-elle mieux servie, sire ? C’est la question à laquelle vous devez répondre.

— Je suis partagé.

— Votre cœur l’est-il ? (Sa question était un défi. Elle ouvrit les mains dans un geste mi-apaisant, mi-suppliant.) D’une façon ou d’une autre, vous aurez à faire avec lord Mark Vorkosigan pour un bon bout de temps. Cette excursion, à défaut d’autre chose, vous permettra d’acquérir quelques certitudes. Si elle n’a pas lieu, vous et d’autres garderez vos doutes vis-à-vis de Mark. Ce ne serait pas juste pour lui.

— Quelle logique, marmonna-t-il.

Ils se dévisagèrent avec une égale sécheresse.