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Harlan l’observa en silence un moment, laissant l’intérêt monter et attendant qu’il se transforme en peur. Il fit lentement le tour, se plaçant entre Finge et la Communiplaque.

Finge était partiellement dévêtu, le torse nu. Sa poitrine était peu poilue, ses seins adipeux et presque féminins. Son abdomen pansu débordait par-dessus sa ceinture.

Il n’a pas l’air digne, pensa Harlan avec satisfaction, ni digne ni appétissant. Cela n’en vaut que mieux.

Il mit sa main droite dans sa chemise et la referma solidement sur la crosse de son arme.

« Personne ne m’a vu, Finge, donc ne regardez pas vers la porte. Personne ne viendra ici. Vous devez vous rendre compte, Finge, que vous avez affaire avec un Technicien. Savez-vous ce que cela signifie ? »

Sa voix était rauque. Il sentait la colère monter en lui en voyant que la peur restait absente des yeux de Finge, qu’on n’y lisait que l’intérêt. Finge fit même un geste vers sa chemise et, sans un mot, commença à la mettre.

Harlan continua : « Savez-vous l’avantage qu’il y a à être Technicien, Finge ? Vous ne l’avez jamais été, par conséquent vous êtes mal placé pour l’apprécier. Cela veut dire que personne ne surveille où vous allez et ce que vous faites. Tout le monde regarde ailleurs et met tant d’ardeur à ne pas vous voir que c’est effectivement ce qui arrive. Je pourrais, par exemple, aller à la bibliothèque de la Section, Finge, et prendre quelque objet curieux pendant que le bibliothécaire se penche d’un air affairé sur ses catalogues et ne voit rien. Je peux parcourir les niveaux résidentiels du 482e siècle, tous les passants se détourneront de mon chemin et jureront par la suite n’avoir vu personne. C’est ce qui se passe automatiquement. Vous voyez, je peux faire ce que je veux, aller où je veux. Je peux pénétrer dans l’appartement privé du Calculateur Assistant d’une Section et le forcer à dire la vérité en braquant une arme sur lui et il ne se trouvera personne pour m’arrêter. »

Finge parla pour la première fois : « Qu’est-ce que vous tenez ?

— Une arme, dit Harlan en la sortant. Vous la reconnaissez ? » Sa gueule s’évasait légèrement et se terminait par un renflement de métal lisse.

« Si vous me tuez…, commença Finge.

— Je ne vous tuerai pas, dit Harlan. À une récente réunion, vous aviez un foudroyant. Ceci n’en est pas un. C’est une invention d’une Réalité modifiée du 575e siècle. Elle ne vous est peut-être pas familière. Elle a été retirée de la Réalité. Trop dangereuse. Elle peut tuer, mais à basse puissance, elle active les centres de la douleur du système nerveux central et peut aussi bien paralyser. Ça s’appelle, ou s’appelait, un fouet neuronique.

Il fonctionne. Celui-ci est à pleine charge. Je l’ai essayé sur un doigt. » Il leva sa main gauche au petit doigt raide. « C’est très désagréable. »

Finge s’agitait sans arrêt. « Qu’est-ce que tout ça veut dire, au nom du Temps ?

— Il y a une sorte de blocage dans les puits de projection au 100000e siècle. Je veux qu’on l’enlève.

— Un blocage dans les puits ?

— N’essayez pas de feindre la surprise. Hier, vous avez parlé à Twissell. Aujourd’hui, il y a ce blocage. Je veux savoir ce que vous avez dit à Twissell. Je veux savoir ce qu’on a fait et ce qu’on va faire. Par le Temps, Calculateur, si vous ne me le dites pas, je vais me servir du fouet. Mettez-moi au défi, si vous ne me croyez pas.

— Écoutez – Finge bredouillait un peu et les premiers signes de la peur apparurent ainsi qu’une sorte de colère désespérée –, si vous voulez la vérité, la voilà. Nous sommes au courant au sujet de vous et de Noÿs. »

Harlan cilla. « Qu’est-ce qu’il y a à propos de moi et Noÿs ? »

Finge dit : « Pensiez-vous que vous passeriez au travers de toutes les difficultés ? » Le Calculateur gardait les yeux fixés sur le fouet neuronique et son front commençait à briller de sueur. « Par le Temps, avec l’émotion que vous avez manifestée après votre période d’Observation, avec ce que vous avez fait durant cette même période, pensiez-vous que nous ne vous Observerions pas, vous ? J’aurais mérité d’être cassé comme Calculateur si j’avais laissé passer ça. Nous savons que vous avez emmené Noÿs dans l’Éternité. Nous le savions depuis le début. Vous vouliez la vérité. La voilà. »

À ce moment, Harlan se méprisa pour sa stupidité. « Vous saviez ?

— Oui. Nous savions que vous l’avez emmenée dans les Siècles Cachés. Nous savions chaque fois que vous alliez dans le 482e siècle pour lui rapporter les objets de luxe dont elle aime à s’entourer. Vous vous êtes conduit comme un insensé et vous avez complètement oublié votre Serment d’Éternel.

— Alors pourquoi ne m’avez-vous pas arrêté ? » Harlan buvait jusqu’à la lie la coupe de sa propre humiliation.

« Voulez-vous toujours la vérité ? » Finge s’animait un peu et paraissait reprendre courage à mesure qu’Harlan voyait ses espoirs réduits à néant.

« Continuez.

— Alors laissez-moi vous dire que, dès le début, je ne vous ai pas considéré comme un bon Éternel. Un Observateur brillant, peut-être, et un Technicien plein d’initiative. Mais pas un Éternel. Lorsque je vous ai muté ici dans ce dernier poste, c’était pour le prouver aussi à Twissell, qui vous estime pour quelque raison obscure. Je n’éprouvais pas seulement la société dans la personne de la jeune fille, Noÿs, je vous éprouvais aussi et vous avez failli comme je pensais que vous failliriez. Maintenant, éloignez cette arme, ce fouet ou je ne sais quoi, et sortez d’ici.

— Et vous êtes venu chez moi une fois », dit Harlan, le souffle coupé, s’efforçant avec difficulté de garder sa dignité et la sentant s’échapper comme si son intelligence et son esprit étaient aussi raides et insensibles que le petit doigt de sa main gauche frappé par le fouet, « pour m’inciter à faire ce que je faisais.

— Oui, bien sûr. Si vous voulez l’expression exacte, je vous ai tenté. Je vous ai dit exactement la vérité, que vous ne pouviez garder Noÿs que dans la Réalité présente. Vous avez choisi de vous conduire non comme un Éternel, mais comme un pleurnicheur. J’attendais que vous le fassiez.

— Je le ferai encore, dit Harlan d’un ton agressif, et puisque vous savez tout, vous vous rendez compte que je n’ai rien à perdre. » Il appuya son arme sur le ventre rebondi de Finge et dit à travers ses lèvres pâles et ses dents serrées : « Qu’est-il arrivé à Noÿs ?

— Je n’en ai aucune idée.

— Ne me racontez pas d’histoires. Qu’est-il arrivé à Noÿs ?

— Je vous dis que je ne sais pas. »

Le poing d’Harlan se crispa sur le fouet ; sa voix était basse. « Votre jambe d’abord. Ça va faire mal.

— Au nom du Temps, écoutez ! Attendez !

— Très bien. Que lui est-il arrivé ?

— Non, écoutez. C’est tout au plus une faute de discipline. La Réalité n’a pas été affectée. J’ai fait des vérifications. Un déclassement, c’est tout ce que vous aurez. Si vous me tuez, cependant, ou si vous me blessez avec l’intention de tuer, vous aurez attaqué un supérieur. C’est la peine de mort pour ça. »

Harlan sourit à la futilité de la menace. À côté de ce qui était déjà arrivé, la mort constituerait la solution la plus simple et la plus irrévocable.

Harlan se méprit manifestement sur les raisons de ce sourire. Il dit précipitamment : « Ne croyez pas que la peine de mort n’existe pas dans l’Éternité parce que vous n’en avez jamais rencontré d’exemple. Nous en connaissons des cas, nous, les Calculateurs. Et qui plus est, des exécutions ont eu lieu aussi. C’est simple. Dans toute Réalité, il se produit un certain nombre d’accidents fatals au cours desquels les corps ne sont pas retrouvés. Des fusées explosent en l’air, des paquebots aériens sombrent dans l’océan ou s’écrasent sur des montagnes. Un meurtrier peut être placé dans un de ces vaisseaux quelques minutes ou quelques secondes avant l’issue fatale. Est-ce que ça vaut la peine de risquer ça ? »