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Harlan s’anima et dit : « Si vous cherchez à me donner le change pour sauver votre peau, c’est loupé. Laissez-moi vous dire : je n’ai pas peur du châtiment. Par ailleurs, j’ai l’intention d’avoir Noÿs. Je la veux tout de suite. Elle n’existe pas dans la Réalité existante. Elle n’a pas d’homologue. Il n’y a pas de raison pour que nous ne puissions pas contracter une union régulière.

— C’est contraire au règlement pour un Technicien…

— Nous laisserons le Comité Pan-temporel en décider, dit Harlan, laissant enfin parler son orgueil. Je n’ai pas peur d’une décision défavorable, pas plus que je n’ai peur de vous tuer. Je ne suis pas un Technicien ordinaire.

— Parce que vous êtes le Technicien de Twissell ? » Le visage rond et luisant de sueur de Finge avait une expression bizarre ; ce pouvait être de la haine ou un sentiment de triomphe ou un mélange des deux.

« Pour des raisons beaucoup plus importantes que ça. Et maintenant… » répondit Harlan.

Avec une détermination farouche, il toucha du doigt l’activateur de l’arme.

Finge cria : « Alors allez au Comité ! Au Comité Pan-temporel ! Ils sont au courant. Si vous êtes tellement important… » Haletant, il s’arrêta.

Pendant un instant, Harlan, indécis, hésita : « Quoi ?

— Croyez-vous que j’engagerais une action unilatérale dans un cas pareil ? J’ai rendu compte de toute l’affaire au Comité, en même temps que du Changement de Réalité. Tenez ! J’ai les doubles.

— Un instant, ne bougez pas ! »

Mais Finge ne tint pas compte de cet ordre. Avec une rapidité foudroyante, il bondit tel un démon et atteignit ses dossiers. D’un doigt, il repéra la combinaison codée du rapport qu’il voulait, de l’autre main, il appuya sur le classeur. La langue argentée d’une bande dont les perforations étaient à peine visibles à l’œil nu jaillit du bureau.

« Voulez-vous l’entendre ? » demanda Finge. Et sans attendre, il l’enfila dans le lecteur sonore.

Harlan écouta, pétrifié. C’était assez clair. Finge avait tout enregistré. Il avait énuméré chaque geste d’Harlan dans les puits de projection. Il n’avait rien oublié, pour autant qu’Harlan s’en souvînt, au moment de rédiger son rapport.

Finge cria, quand ce fut terminé : « Maintenant, allez donc au Comité. Je n’ai pas mis de blocage dans le Temps. Je n’aurais pas su comment. Et ne croyez pas qu’ils se désintéressent de la question. Vous disiez que j’ai parlé à Twissell hier. Vous avez raison. Mais je ne l’avais pas appelé, c’est lui qui m’a appelé. Allez donc demander à Twissell. Dites-leur quel important Technicien vous êtes. Et si vous voulez me tuer d’abord, tirez et allez au diable ! »

Harlan ne pouvait pas ne pas remarquer une exultation réelle dans la voix du Calculateur. À ce moment, il se sentait assez sûr de lui pour croire que même un coup de fouet neuronique le laisserait du bon côté de la pierre tombale.

Pourquoi ? Tenait-il tellement à la défaite d’Harlan ? Sa jalousie à l’égard de Noÿs était-elle une passion à ce point dévorante ?

C’est presque avec indifférence qu’Harlan se posa ces questions et toute l’affaire, Finge et le reste, lui parut soudain dénuée de sens.

Il empocha son arme, se précipita hors de la pièce et fila vers le puits de projection le plus proche.

C’était le Comité alors, ou Twissell, pour le moins. Il n’avait peur d’aucun d’eux, ensemble ou séparément.

Au cours du mois écoulé, chaque jour qui passait l’ancrait un peu plus dans sa conviction : il croyait être indispensable. Le Comité Pan-temporel lui-même n’aurait d’autre choix que d’en venir à un accommodement dans une affaire où il s’agissait d’échanger une fille contre l’existence de toute l’Éternité.

11

LA BOUCLE EST BOUCLÉE

Ce fut avec une surprise hébétée que le Technicien Andrew Harlan, en débouchant dans le 575e, se trouva dans la période nocturne. Le passage des physio-heures s’était effectué sans qu’il y prêtât attention, tandis qu’il se démenait de cabine en cabine tout au long des siècles. Il regarda d’un œil vide les couloirs à demi éclairés, ce qui indiquait une diminution de l’énergie utilisée pendant la nuit – chose assez rare au demeurant.

Mais restant encore sous l’emprise de sa rage, Harlan ne perdit pas son temps à regarder. Il se dirigea vers son logement. Il trouverait l’appartement de Twissell à l’étage des Calculateurs comme il avait trouvé celui de Finge et il ne craignait pas davantage d’être remarqué ou arrêté.

Le fouet neuronique était dur sous son coude lorsqu’il s’arrêta devant la porte de Twissell (dont le nom était gravé en lettres claires sur la plaque d’identité).

Harlan actionna hardiment le signal phonique et le vibreur bourdonna. Il relâcha la pression de sa main moite et laissa le son devenir continuel. Le son lui parvenait confusément.

Il entendit derrière lui un faible bruit de pas et il l’ignora dans la certitude que l’homme, quel qu’il fût, l’ignorerait (Oh ! insigne vermeil de Technicien !).

Mais le bruit de pas cessa et une voix dit : « Technicien Harlan ? »

Harlan pivota sur lui-même. C’était un Calculateur en Second assez nouveau dans la Section. Harlan ragea intérieurement. Il n’était plus au 482e siècle. Ici, il n’était pas simplement un Technicien, il était le Technicien de Twissell et les jeunes Calculateurs, dans leur ardeur à se faire bien voir du grand Twissell, se sentaient obligés de montrer un minimum de courtoisie à son Technicien.

Le Calculateur demanda : « Désirez-vous voir le Calculateur en chef Twissell ? »

Agacé, Harlan répondit : « Oui, monsieur. » (L’imbécile ! Pour quelle raison pensait-il qu’on se trouvait devant une porte en train de sonner ? Pour prendre une cabine au vol ?)

— Je crains que ce ne soit impossible.

— L’affaire qui m’amène est assez importante pour que je le réveille, dit Harlan.

— Peut-être, dit l’autre, mais il est en déplacement. Il n’est pas au 575e.

— Où est-il exactement alors ? » demanda Harlan impatienté. Le regard du Calculateur se fit dédaigneux. « C’est ce que j’ignore. »

Harlan dit : « Mais j’ai un rendez-vous important ce matin.

— Vous, vous avez… » dit le Calculateur, et Harlan se perdit en conjectures pour expliquer son évident amusement à cette idée.

Le Calculateur poursuivit, souriant franchement à présent : « Vous êtes légèrement en avance, non ?

— Mais je dois le voir.

— Je suis sûr qu’il sera là dans la matinée. » Le sourire s’élargit.

« Mais… »

Le Calculateur dépassa Harlan, évitant soigneusement tout contact, même de ses vêtements.

Harlan serra les poings convulsivement. Il suivit des yeux, sans espoir, le Calculateur, puis, simplement parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire, il retourna lentement, et sans avoir pleinement conscience de ce qui l’entourait, jusqu’à sa propre chambre.

Harlan eut un sommeil agité. Il se dit qu’il avait besoin de sommeil. Il essaya de se relaxer de force et, bien entendu, échoua. Son sommeil ne fut qu’une longue suite de pensées futiles.