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Heller se leva, régla son addition et suivit Buttlesby.

Le Sicilien les dépassa et monta dans une voiture. Ils gagnèrent le parking.

Buttlesby ouvrit la porte de la Cadillac et aida Heller à s’installer dans le siège du conducteur. Puis il fit le tour du véhicule et s’installa à côté d’Heller.

— Veuillez prendre l’autoroute, dit Buttlesby. Je vous dirai où vous devrez tourner.

Heller vit dans son rétroviseur que la voiture du Sicilien les suivait, mais il sembla aussitôt s’en désintéresser.

— Nous laisserons votre voiture dans un garage, à Weehawken, dit Buttlesby.

— Pourquoi ?

— Mon cher… Jamais on ne circule à New York dans son propre véhicule ! Dieu nous en préserve !… La circulation à Manhattan vous dévore, vous cabosse, vous démoli votre voiture. N’importe quel conducteur sensé laisse sa voiture dans le New Jersey, de l’autre côté du fleuve, et prend un taxi pour rentrer dans New York. (Il eut un petit rire.) Votre voiture sera tout à fait en sécurité dans ce garage du New Jersey.

Heller demeura silencieux, les yeux fixés sur la route.

Buttlesby reprit la parole après un moment.

— Mr Trapp est terriblement navré, mais il est retenu en ville. Il a réservé une chambre à l’hôtel Brewster pour le jeune maître, dans la 22e Rue. Voici la carte de l’hôtel. (Il la glissa dans la poche intérieure d’Heller.) Mr Trapp a donné des instructions très précises. Le jeune maître est attendu. Il ne doit sous aucun prétexte s’inscrire sous son vrai nom, mais sous un nom qui préserve son incognito, comme le ferait n’importe quel jeune gentleman de bonne famille. C’est ce que font tous les jeunes gens excités quand ils viennent faire la fête en ville.

« Mr Trapp vous rendra visite à votre hôtel demain matin à huit heures précises. Il m’a demandé de vous rassurer sur votre sort et de vous faire savoir que personne n’est le moins du monde fâché contre vous et que tout le monde désire votre bien, rien que votre bien. Donc, vous l’attendrez à l’hôtel, n’est-ce pas ?

— Pas de problème. »

L’idiot ! C’est l’endroit qu’ils avaient choisi pour le descendre ! A moins bien sûr qu’ils n’aient projeté de se débarrasser de lui pendant le trajet.

Obéissant aux instructions de Buttlesby, Heller quitta l’autoroute et prit la direction du Lincoln Tunnel comme l’indiquaient plusieurs panneaux. Mais lorsqu’il arriva au panneau J.F. Kennedy Bd, Buttlesby lui dit de bifurquer et ils pénétrèrent bientôt dans la petite ville de Weehawken, New Jersey, agglomération à l’aspect minable. Ils remontèrent la 34e Rue et le faux majordome guida Heller à travers un dédale de rues. Quelques instants après, ils étaient sur la rampe d’accès d’un énorme garage aux murs sales.

Buttlesby sortit de la voiture, frappa à la porte – trois coups secs, suivis de deux autres donnés avec le manche du parapluie – et, le moment d’après, la gigantesque porte mécanique se leva, révélant l’intérieur immense et sombre du bâtiment.

Un homme jeune et grassouillet se tenait sur le seuil. Il avait de grands yeux effrayés et portait une combinaison de travail kaki maculée de peinture. Il pointait un doigt vers le fond du garage.

Heller lança l’automobile dans la direction indiquée.

Le sol était couvert de taches de peinture. Il passa à côté de quelques machines de body-building usées et fatiguées. Il n’y avait pas d’autres voitures.

Tout au fond du garage, il y avait un espace propre sans la moindre tache de peinture. Heller s’arrêta et coupa le moteur.

Il sortit et ouvrit le coffre. Buttlesby l’avait déjà rejoint et l’aida avec ses bagages. Mais il ne pouvait pas les porter tous et Heller prit une valise.

Le jeune homme grassouillet tendit la main et dit :

— Les clés. On devra peut-être la déplacer.

Heller enleva plusieurs clés de son anneau et je remarquai pour la première fois qu’il possédait deux jeux de clés. Il remit le premier au jeune homme grassouillet. Quel imbécile !

Ils sortirent.

Un taxi attendait. Le chauffeur avait rabattu sa casquette, sans doute pour cacher son visage. Buttlesby déposa les bagages dans le taxi, puis il fit un pas en arrière et tint la porte pour Heller. Celui-ci s’installa dans la voiture, mais Buttlesby resta dehors.

Vous ne venez pas avec moi ? demanda Heller.

Oh non ! Impensable. Traverser Manhattan alors que je n’y suis pas obligé ?… C’est un endroit terrible. Aucune voiture n’en ressort intacte. Quelqu’un va venir me prendre. Chauffeur, conduisez ce jeune gentleman à l’hôtel Brewster dans la 22e Rue. Et pas d’accident, s’il vous plaît.

Le taxi avait à peine démarré que le Sicilien arrivait dans sa vieille voiture bosselée et que le faux majordome y montait.

Quelques minutes plus tard, le taxi s’engageait dans le Lincoln Tunnel. Heller semblait davantage intéressé par le carrelage des parois que par le piège fatal qui l’attendait à l’hôtel.

La voiture émergea du tunnel, de l’autre côté du fleuve, et entra dans New York. Heller dévorait tout du regard. Il ne tarda pas à porter son attention sur les pare-chocs, Et c’est vrai : les pare-chocs des véhicules new-yorkais sont probablement les plus défoncés du monde. Il examina aussi les bosses des carrosseries et j’en déduisis qu’il devait sans doute être satisfait de l’explication de Buttlesby. Mais c’était loin d’être mon cas. Trapp avait bien manœuvré : le faux Delbert John Rockecenter Junior avait été séparé d’une voiture qui était fichée au FBI.

Ils atteignirent la 22e Rue, une artère plutôt étroite, et s’arrêtèrent bientôt devant l’hôtel Brewster, qui était un édifice trapu. Dans ce quartier minable jonché de poubelles, les bâtiments ne comportent que quelques étages.

Il y a des hôtels bien pires que le Brewster à New York, mais sa clientèle se compose surtout de poivrots qui ont gagné un peu d’argent.

Heller sortit ses bagages du véhicule, paya le chauffeur – qui avait sans doute déjà été payé – pénétra dans la pièce minuscule qui faisait office de vestibule et se planta devant la réception.

Le réceptionniste, un homme au teint gris et aux yeux profondément enfoncés, regarda brièvement Heller et tendit la main vers le tableau des clés. Tout avait été préparé à l’avance ! Même la chambre était déjà attribuée !

Il poussa une fiche d’inscription vers Heller qui la remplit : Al Capone. Adresse : Sing Sing.

Le réceptionniste lui donna une clé, sans même prendre la peine de lire la fiche.

Heller entassa ses bagages dans l’ascenseur, devina d’après la clé qu’il devait se rendre au quatrième étage, appuya sur le bouton. Quelques instants après, il était dans sa chambre.

Une chambre minable ! Un lit double collé contre le mur du fond. Une chaise et un fauteuil auprès duquel on avait placé une table de chevet. Une télévision. Une salle de bains datant de 1890.

Heller posa ses bagages sur le lit et alla jusqu’à la double fenêtre. De l’autre côté de la rue, juste en face, il y avait un immeuble de la même hauteur que l’hôtel, avec un toit plat et un parapet – l’emplacement idéal pour un tireur isolé.

Mais le regard d’Heller ne s’y arrêta pas. Il alluma la télé. L’image était en noir et blanc et le son mono.

Heller lui donna plusieurs tapes sur le côté. Comme rien ne se produisait, il se mit à tripoter les boutons, mais il ne réussit qu’à la dérégler. Puis, il ouvrit un panneau et aperçut d’autres boutons qu’il tourna dans tous les sens à l’aide d’un instrument qu’il avait sorti de sa trousse à outils.