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Je ne comprenais pas ce qu’il essayait de faire. Est-ce qu’il voulait installer une bombe ou quelque chose de ce genre ? C’était évidemment la chose sensée à faire.

Brusquement je compris. Comme cette télé n’était pas stéréo et que l’image n’était pas en couleur, il croyait qu’elle ne marchait pas !

Il remit tous les boutons de réglage dans leur position initiale. L’image et le son revinrent.

Puis il poussa le poste de télé, monté sur une table à roulettes, vers le centre de la pièce, avant de placer le fauteuil face à l’écran. Le dossier du fauteuil était maintenant contre la fenêtre ! Mes Dieux, ne comprenait-il donc pas que c’était par là que les balles arriveraient ?

Et ce parfait idiot s’installa alors dans le fauteuil et se mit à feuilleter tranquillement le journal du soir et ses reportages tous plus sanglants les uns que les autres.

Ensuite, il changea de chaîne et regarda en bâillant un film dans lequel la Mafia gagnait la Deuxième Guerre mondiale en Italie. Mais je n’attendis pas la fin du film, je saisis mon cliché et, empruntant le tunnel, je courus jusqu’au bureau de Faht.

Je lui collai la photo devant le nez et demandai : Qui est cet homme ?

Il haussa les épaules et désigna le meuble-classeur qui portait la mention Dossiers étudiants. On y trouve, entre autres choses, des photo-portraits de nos clients, ce qui nous évite de commettre des bourdes et de vendre notre came à des gens considérés par nous comme persona non grata.

Je dus farfouiller dans les dossiers pendant une demi-heure. J’aurais donné cher pour un ordinateur normal, voltarien, même s’il était illégal d’en installer un sur cette planète.

Je finis par trouver mon bonhomme.

Aucun doute, c’était bien lui.

Il était venu en Turquie à deux reprises pour superviser le travail des acheteurs de la Mafia new-yorkaise.

Ce n’était autre que Razza Salopi ! Consigliere de la bande à Faustino Narcotici, dit « la cravate ». C’était la bande de mafiosi qui écoulait la marchandise de la Société de Produits Pharmaceutiques I.G. Barben !

Bref, des gens importants.

L’organisation qui traitait directement avec Rockecenter et qui lui permettait de contrôler en secret l’industrie des médicaments et des drogues.

Et c’était le consigliere, le conseiller et chef administratif de la pègre la plus puissante de New York, qui s’était déplacé en personne pour identifier et désigner Heller !

L’un de nos meilleurs clients avait reçu pour mission d’abattre Heller !

Bien entendu, c’était tout à fait justifié. Et personne, dans la bande, ne saurait pourquoi Heller devait mourir. Lombar avait vu juste. Il avait parfaitement compris que le camp Rockecenter serait en ébullition si jamais un imposteur se manifestait. Le nom de Rockecenter est sacré !

Je ressentis une espèce de respect craintif pour Lombar. Il avait jeté Heller aux fauves. Lorsque j’avais assisté à l’épisode du FBI, à Washington, je m’étais dit que Lombar avait commis une erreur. Mais non ! Le pouvoir du chef de l’Appareil s’étendait jusqu’ici. Des pantins exécutaient sans le savoir les plans qu’il avait mis au point !

Mais le respect céda aussitôt la place à la nausée. Heller avait un contact au Grand Conseil – chose que nous n’avions pas prévue. Et je n’avais pas la plaque !

Il n’y avait aucun moyen d’arriver à temps et de fouiller les bagages d’Heller.

La Terre était condamnée !

Mais je me fichais pas mal de la Terre. Une chose, une seule, comptait : lorsque la balle fatale traverserait la fenêtre de cette chambre d’hôtel, moi, Soltan Gris, je serais un homme mort !

9

Le lendemain à sept heures dix, heure de New York, quelqu’un frappa à la porte de la chambre d’hôtel d’Heller. Un coursier dépenaillé entra et tendit un sac à Heller. Sur la veste du gars, je lus : Gulpinkle Delicatessen – Plats à emporter.

Heller prit le sac !

— Ça fera deux dollars cinquante de pourboire, fit le coursier.

Heller compta la somme, paya, et ferma la porte. Il ouvrit le sac et en sortit deux roulés à la confiture et un container en plastique avec du café.

Dans ce genre d’hôtel, on ne servait jamais, jamais, jamais de petit déjeuner ! Est-ce qu’on y avait injecté du poison ? Ou un sédatif ?

Heller huma le café. Puis il prit un bout de roulade qu’il renifla, avant de se mettre tranquillement à boire et il manger ! Le (bip) !… Il ne tomba pas raide mort. Il ne s’évanouit pas. J’en conclus que les autres avaient juste voulu s’assurer qu’il ne quitte pas la chambre ou qu’il ne se promène pas dans des endroits où on aurait pu le voir.

Il enfila un maillot de base-ball propre, finit de s’habiller, passa un peigne dans ses cheveux et se lava les dents.

Ensuite, il s’occupa de la chambre. Il amena le fauteuil contre la fenêtre et plaça la table de chevet juste à gauche du fauteuil. Il saisit la chaise et la mit en face du fauteuil. Il prit deux cendriers qu’il posa sur la table de chevet.

Puis il parut remarquer que la poignée de la porte avait du jeu et, trouvant sans doute le temps long, il sortit un instrument de sa trousse à outils et se mit au travail. Quand il eut terminé, il tourna la clé afin que la porte soit ouverte.

Ensuite il fit son lit et y déposa ses deux valises qu’il ouvrit en grand !

Il vida son sac de voyage et en tria le contenu sur le lit.

Son attention se porta sur le petit transistor qu’il avait acheté. Il tourna quelques boutons et obtint une ou deux stations. Le son n’était pas stéréophonique et cela parut l’amuser. A quoi s’attendait-il ? Les Terriens sont nuls en électronique. Ce genre d’engin était fait simplement pour pendouiller au bout du poignet. Il l’emporta jusqu’au fauteuil, s’assit et se mit à écouter les informations. Ah, cette manie des jouets ! Tous les mêmes, ces gars de la Flotte. Il était sur le point d’être troué comme une passoire et tout ce qu’il trouvait à faire, c’était de s’amuser ! A quoi bon écouter les informations ? Les agressions, les meurtres et la corruption politique sont monnaie courante à New York.

Il était presque huit heures. Il se leva, se mit devant la fenêtre et regarda la rue, probablement pour guetter l’arrivée de Trapp.

Mais je vis autre chose ! Dans le champ de vision d’Heller, j’aperçus sur le toit d’en face un homme qui émergeait d’une porte ! Un homme portant un étui à violon !

Heller alla se rasseoir. A la radio, les informations étaient terminées.

J’entendis les portes de l’ascenseur s’ouvrir au fond du couloir. Heller dut tripoter un peu le transistor avant de réussir à l’éteindre, sans doute parce qu’il n’était pas encore très bien familiarisé avec son nouveau jouet. Il le jeta dans l’une des valises ouvertes et se rassit dans le fauteuil.

On frappa à la porte et Heller dit :

— Entrez. C’est ouvert.

Un homme tiré à quatre épingles entra dans la chambre. Un avocat de Wall Street, impossible de s’y méprendre. Leur aspect est légendaire. Costume trois pièces gris foncé. Pas de chapeau. Desséchés comme des pruneaux, à cause des innombrables péchés qu’ils cachent dans le fond de leur âme.

Il portait un gros attaché-case.

— Je suis monsieur Trapp, de chez Flooze et Plank dit-il avec un accent Ivy League prononcé.

Heller désigna la chaise. Trapp s’assit et plaça l’attaché-case à côté de lui. Il alla droit au but.

— Où avez-vous péché cette idée ?