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— Tout le monde a des idées, dit Heller.

— Est-ce qu’il y a quelqu’un derrière tout ça ?

— Je ne connais pas grand monde dans le coin.

— Combien de fois avez-vous utilisé le nom de Delbert John Rockecenter Junior ?

— Je ne l’ai jamais utilisé !

— Est-ce que vous vous êtes présenté sous ce nom aux hommes que vous avez vus hier ?

Aha ! Razza Salopi et Buttlesby n’avaient été mis au courant de rien ! On les avait engagés pour escorter une personne anonyme. Mr Trapp avait maintenu l’affaire secrète !

— Non, dit Heller. Personne ne m’a appelé par ce nom et je ne me suis jamais présenté à qui que ce soit sous cette identité.

Trapp parut se détendre.

— Ah, je vois que j’ai affaire à un jeune homme très discret.

— Très.

— Vous avez les papiers ?

— Là-bas, dans ma veste.

Trapp alla les prendre. Il en profita pour examiner le contenu des poches. Il se rassit.

— Bien, est-ce que le FBI les a photocopiés ? demanda-t-il.

— Ils les ont pris quand ils ont passé le coup de fil. Mais le reste du temps, les papiers sont restés sur le bureau, retournés.

Trapp semblait de plus en plus content. Il avait presque le sourire – encore que le seul sourire dont un avocat de Wall Street soit capable consiste en une légère crispation des lèvres.

— Et vous n’avez aucune copie de ces papiers ?

— Fouillez la chambre. Si vous y tenez, regardez dans ma veste, mes tenues de base-ball et mes bagages.

Trapp se leva à nouveau et examina soigneusement chaque vêtement. Il cherchait des étiquettes ! A présent, je devinais ce qu’il avait en tête.

Il s’attaqua aux valises. Il s’emmêla dans du fil de pêche et s’égratigna à un doigt avec un gros hameçon. Il recula prudemment et se contenta de scruter le contenu des valises.

Il alla se rasseoir. Les commissures de ses lèvres étaient agitées d’une légère contraction.

— J’ai un marché à vous proposer, dit-il. Vous me donnez ces papiers et, en échange, je vous fournis une identité parfaitement authentique, plus vingt-cinq mille dollars.

— Faites voir.

Trapp ouvrit un côté de son attaché-case et en sortit un bulletin de naissance émis dans le comté de Bibb, Géorgie. Il était au nom de JEROME TERRANCE WISTER, né à l’Hôpital général de Maçon dix-sept ans plus tôt. Les parents étaient Agnes et Gerald Wister. Suivait la description du bébé : sexe masculin, race blanche, cheveux blonds.

— Ce document est parfaitement valide. Les parents sont tous les deux morts et il n’y a ni frères et sœurs ni famille.

Heller fit un geste indiquant qu’il désirait voir les autres papiers. Trapp sortit un carnet scolaire de l’Académie Militaire de Saint Lee. La moyenne générale était de 5 sur 20 !

— Je ne vois pas mon certificat d’entrée à l’université ici, dit Heller.

— Vous avez mal lu. Ce papier dit que vous êtes déjà étudiant depuis un an. Autrement dit, il ne vous reste plus qu’un an d’études à faire et vous aurez votre licence. Je suppose que vous allez terminer vos études, n’est-ce pas ?

— Les gens ne vous écoutent pas si vous n’avez pas de diplôme.

— Comme c’est vrai. Je n’aurais pas pu mieux dire moi-même. Vous voyez donc que vous êtes gagnant. Plus qu’une année d’université et vous avez votre diplôme.

Je me mis à réfléchir rapidement pour trouver où était le mensonge dans ce que venait de dire Trapp. La réponse me vint en un éclair. Avec tous ces 5 sur 20 ; Heller aurait du mal à s’inscrire dans une université. De plus, il lui manquait une année d’études – mais, bien entendu, Trapp ne pouvait pas savoir qu’Heller n’avait jamais fréquenté d’école terrienne. Mais tout cela n’était que du sadisme gratuit de la part de Trapp. Il savait très bien qu’Heller ne présenterait jamais ce carnet universitaire. Je venais d’apprendre autre chose sur le caractère de Trapp : il avait un esprit tortueux. Il tenait compte de l’échec possible de ses plans même quand ils ne pouvaient pas échouer !

— Ce papier vous donne un avantage que vous n’aviez pas, dit Trapp. Vous voyez que je suis parfaitement honnête avec vous.

Honnête comme un avocat de Wall Street, ajoutai-je intérieurement.

Heller fit signe à Trapp de lui montrer les autres papiers.

— Voici votre permis de conduire. Émis dans le New Jersey et tout ce qu’il y a de valide à New York. Vous remarquerez que c’est un permis tous véhicules, y compris les motos. Je vous le donne en échange du permis émis dans le district de Columbia que vous venez de me remettre. Vous ne pouvez pas dire que je ne suis pas généreux.

Heller l’examina.

— Voici une nouvelle carte grise pour votre voiture. Et de nouvelles plaques minéralogiques. De l’Etat du New Jersey. Parfaitement valides à New York. Mais je vais les emporter avec moi et les faire mettre sur votre voiture. Vous comptez récupérer votre voiture, n’est-ce pas ?

Heller hocha la tête et Trapp parut soulagé. Mais Heller fit un nouveau geste afin que Trapp lui remette le reste des papiers,

— Voici votre carte de sécurité sociale. Elle est toute neuve vu que vous n’avez encore jamais travaillé. Vous aurez l’occasion de constater que c’est une pièce d’identité vitale.

Pour identifier son cadavre, songeai-je.

Heller fit signe à Trapp de lui donner le document d’identité manquant. Les lèvres de l’avocat furent à nouveau agitées d’un léger tremblement. Il tendit un passeport américain à Heller. Celui-ci l’ouvrit et regarda fixement la photo.

— Comment vous êtes-vous procuré cette photo ? demanda-t-il.

— Hier soir. C’est pour ça que vous avez eu pour instructions de vous arrêter à Silver Spring.

— Le flash pendant que je dînais…

— Je vois que rien ne vous échappe. En fait, rien ne s’oppose à ce que vous gardiez les autres exemplaires. Je n’en ai plus besoin.

Et il lui tendit une dizaine de photos d’identité.

— Qu’est-ce qui me prouve que ce passeport est valide ? demanda Heller.

— Mon cher ami, le gouvernement est constamment obligé de fournir des papiers d’identité authentiques et contrôlables. Il doit souvent cacher des témoins, des gens qui ont risqué leur vie en venant témoigner devant un tribunal. Le Département d’État se livre continuellement à ce genre de pratique. Et le Département d’État est, si l’on peut dire, notre propriété. Vous avez fait preuve d’une très grande imagination en nous forçant à agir comme nous l’avons fait. Mais je puis vous assurer que nous sommes la bienveillance même.

Rockecenter bienveillant ?… Oh, mes Dieux !

— Vous n’avez aucun souci à vous faire, tous ces documents sont valides. Pour tout vous dire, je me retrouverais en fâcheuse posture s’ils étaient faux.

Ça vous pouvez le dire, Mr Trapp, songeai-je en grinçant des dents. On examine de très près les papiers retrouvés sur un cadavre !

— Venons-en à l’argent maintenant, dit Mr Trapp. (Et il sortit plusieurs liasses de billets du compartiment gauche de son attaché-case.) Vingt-cinq mille dollars, en billets usagés. Ils n’ont aucune marque et leurs numéros n’ont jamais été relevés.

Heller posa les liasses sur la table de chevet, derrière les cendriers.

— Une chose encore, reprit Trapp. Il est illégal de s’inscrire à l’hôtel sous un faux nom à New York. C’est un délit. (Oh, quel MENSONGE !) Aussi j’ai apporté une fiche d’inscription vierge. Signez-la de votre nouveau nom, comme adresse inscrivez Maçon, Géorgie, et nous en aurons terminé.