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Heller prit la fiche et la posa sur son genou.

— Un petit détail encore, dit-il.

— Oui ?…

— Le reste de l’argent, dans votre attaché-case.

— Oh ! fit Trapp comme s’il venait de prendre un coup en pleine poitrine.

Aha, en plus le type était un escroc. Il avait sans doute eu l’intention de garder la moitié pour lui !

— Vous êtes un homme d’affaires redoutable, jeune homme, soupira Trapp.

Mais Heller resta muet, se contentant de tendre la main. Trapp sortit plusieurs liasses du compartiment droit de son attaché-case.

— Vingt-cinq mille dollars de plus, dit-il.

Heller les ajouta aux billets qui se trouvaient sur la table. Ça faisait une sacrée pile ! Puis il remplit la fiche d’inscription : Jerome Terrance Wister, Maçon, Géorgie, signant en quelque sorte son arrêt de mort !

— Vous êtes un homme d’affaires redoutable, répéta Trapp. Mais ce n’est pas une mauvaise chose. Vous irez très loin. Ça se voit tout de suite.

Oui, très loin… pendant encore dix minutes, pensai-je. Dès que vous serez sorti de cette chambre, Mr Trapp, et que vous vous serez procuré votre alibi, une balle traversera cette fenêtre et adieu Heller ! Et adieu Soltan Gris !

Trapp se leva et dit :

— Bon, est-ce que je n’oublie rien ?

Avec un petit rire, il montra à Heller que l’attaché-case était vide et y déposa les papiers d’identité qu’il était venu récupérer, ainsi que les nouvelles plaques minéralogiques. Il devait exulter intérieurement. Il explora la pièce du regard et se dirigea vers la porte.

— Une dernière chose encore, dit Heller. Décrochez ce téléphone et demandez au réceptionniste de sortir dans la rue et de dire au tireur qui se trouve posté sur le toit de venir dans cette chambre.

Trapp se figea. Puis saisit brusquement la poignée de la porte.

Elle lui resta dans la main !

Il la regarda pendant un bref instant.

Il la laissa tomber par terre et plongea la main à l’intérieur de son veston. Il allait sortir un revolver !

Heller tendit la main vers la petite table.

Il saisit l’un des cendriers et le lança – si vite que je ne pus suivre son geste.

Le cendrier traversa la chambre en sifflant, frappa violemment le bras de Trapp avant de dévier et de se fracasser contre la porte. Une pluie de verre s’abattit sur l’avocat.

Trapp fit un pas en arrière et regarda fixement Heller. Son bras semblait paralysé. Heller tenait le deuxième cendrier dans sa main.

— Celui-ci vous décapitera ! annonça-t-il.

Trapp se tenait le bras et tremblait comme une feuille. Il alla jusqu’au téléphone. Il ordonna au réceptionniste de sortir dans la rue et d’appeler l’homme qui se trouvait sur le toit d’en face pour lui dire de rappliquer dare-dare.

Le coin-fenêtre mis à part, la pièce était plongée dans une semi-obscurité et il était difficile de voir ce qui se passait à l’intérieur. Heller s’avança nonchalamment et prit le revolver de Trapp.

— Asseyez-vous sur le lit, pour qu’on vous voie depuis la porte. Et prenez une attitude plus détendue.

— Je crois que vous m’avez cassé le bras, dit Trapp.

— Ça vaut mieux qu’avoir la tête défoncée. Quand il frappera à la porte, dites-lui d’entrer d’une voix normale.

Ils attendirent. Heller était adossé contre le mur, près de la porte. Cinq minutes s’écoulèrent. On frappa à la porte.

— Entrez, fit Trapp.

La porte s’ouvrit et le tueur entra.

Heller frappa le cou de l’homme du tranchant de la main, le catapultant droit sur Trapp !

L’étui à violon tomba par terre.

Au moment où l’homme était passé devant lui, Heller l’avait délesté du revolver, un Colt Cobra, qu’il portait dans sa ceinture.

Heller tenait deux revolvers à présent. Il mit le Cobra dans sa poche, se précipita sur le tueur qui se tortillait sur le sol et, du pied, le retourna sur le dos. Le gars était maigre et ressemblait à une fouine. A en juger par son faciès, il avait probablement passé par mal d’années dans un pénitencier. Heller cueillit une liasse de billets dans la poche intérieure du gangster. Il les compta rapidement.

Le tueur regarda Trapp avec des yeux furibonds.

— Je croyais que vous m’aviez dit que c’était juste un gamin !

Il était furieux. Heller s’avança sur lui et leva la main, comme s’il allait le gifler. L’assassin eut un mouvement de recul. Heller s’empara de son portefeuille et de sa carte d’identité.

Du pied, Heller amena l’attaché-case jusqu’à lui. Il l’ouvrit et prit les plaques minéralogiques.

— Je respecte toujours mes engagements, monsieur Trapp. Vous m’avez acheté ces papiers et vous pouvez les garder. Vous m’en avez donné d’autres en échange et je vais les garder. Un marché est un marché.

Heller leur fit signe de se lever et de se placer contre le mur.

— Mais comme je doute fort que vous soyez un homme d’honneur, monsieur Trapp…

Heller prit le radio-cassette dans sa valise et appuya sur un bouton. La bande se rembobina. Sa voix retentit dans le minuscule haut-parleur : « Entrez. C’est ouvert. » Puis celle de l’avocat : « Je suis monsieur Trapp, de chez Flooze et Plank. » Heller vérifia rapidement si l’enregistrement était complet. Oui, tout y était.

— Aussi, poursuivit-il, nous allons mettre cette bande dans un endroit sûr, juste au cas où il m’arriverait certaines mésaventures.

— Les bandes magnétiques ne constituent pas une preuve valide, ricana Trapp.

— Alors il nous reste un petit détail à régler, dit Heller.

— J’en ai assez de vos « petits détails », grogna Trapp.

Heller sortit un calepin, ouvrit le portefeuille du tueur et en recopia tout le contenu. Puis il lut le nom du gangster à voix haute : « Torpédo Fiaccola » et récita son adresse et son numéro de sécurité sociale.

Il prit les billets qu’il avait confisqués à l’assassin et dit :

— A vue d’œil, il y a environ cinq mille dollars ici. (Il glissa la liasse dans le portefeuille. Il y avait maintenant une grosse bosse à l’endroit où se trouvaient les billets.) C’est probablement la moitié de la somme que vous deviez toucher pour ce contrat. (Il donna le portefeuille au gangster.) Je ne voudrais pas qu’on m’accuse de priver les gens de leur pain quotidien. Aussi je vous engage pour vous occuper de Mr Trapp et je vous remets cette somme pour sceller le contrat.

Trapp et le tueur se dévisagèrent puis regardèrent Heller.

— Mais je ne veux pas que vous exécutiez ce contrat tout de suite, continua Heller. S’il s’avère que mes nouveaux papiers ne sont pas valides ou si Mr Trapp s’arrange pour que des balles sifflent à mes oreilles, je vous téléphonerai et vous pourrez vous acquitter du contrat. Vous recevrez cinq mille dollars de plus en liquide si vous réussissez.

Heller avait sans doute souri car, visiblement, le tueur ne savait pas quoi penser.

— Oh, je sais où vous joindre, fit Heller. J’ai noté le numéro de téléphone et l’adresse de votre mère.

Le gangster tressaillit. Mais à mon avis, Heller n’avait probablement pas compris que le tueur était maintenant persuadé que sa mère mourrait s’il n’exécutait pas le contrat. Visiblement, c’était comme ça que l’assassin avait pris la chose.

Quant à Trapp, c’était une autre paire de manches. Tandis qu’Heller le considérait, je perçus que l’avocat était loin de s’avouer vaincu.

— Vous n’avez rien à craindre de moi, monsieur Trapp, déclara Heller. Vous avez récupéré les papiers. Tant que vous respecterez votre part du marché, je respecterai la mienne. Je propose donc que nous en restions là.