— Et si on commençait par notre joli petit chérubin ? proposa le deuxième gangster en regardant Heller.
Les deux malfrats échangèrent un sourire. Celui qui venait de parler alluma une cigarette et tira dessus jusqu’à ce que le bout soit incandescent.
— Pour commencer, on va juste lui faire quelques trous dans la gueule, histoire de te faire perdre une source de revenus !
Le gangster à la cigarette se leva et se dirigea vers Heller. L’homme qui tenait Heller resserra son étreinte.
Brusquement, Heller jeta ses jambes en l’air !
Et projeta son corps en arrière !
Ses pieds vinrent frapper la tête de l’homme qui était derrière lui !
Les mains d’Heller agrippèrent les accoudoirs de la chaise. Il se catapulta en arrière, passa au-dessus de la tête du gangster qui l’avait tenu et atterrit derrière lui !
Il porta la main au holster de l’homme et prit son revolver !
Le malfrat à la cigarette s’était arrêté net dans son élan et regardait la scène d’un air ahuri !
Celui qui se trouvait près du bureau dégaina son arme et cria à l’adresse de son acolyte :
— Vire-toi de là !
L’autre se jeta à plat ventre sur le sol.
Le gangster près du bureau fit feu !
Heller se servait de son ex-agresseur comme d’un bouclier et la balle vint se loger dans la poitrine du malfrat !
Tout en maintenant le gangster collé contre lui, Heller essaya de tirer à son tour.
Le malfrat près du bureau appuya à nouveau sur la détente. Deux fois !
Les deux balles vinrent frapper le « bouclier » d’Heller.
L’autre s’aperçut qu’il venait de descendre son camarade ! Il eut un mouvement de recul.
Heller lui logea une balle en plein cœur !
Celui qui s’était jeté à terre avait sorti son revolver et essayait de viser.
Heller sortit légèrement la tête pour voir où se trouvait son dernier adversaire, s’exposant momentanément à ses balles. Le gangster tira.
L’ex-agresseur d’Heller prit une quatrième balle.
Heller se laissa glisser à terre.
Il logea une balle dans la tête du dernier malfrat.
Deux hommes morts ! Et un troisième qui agonisait dans d’horribles convulsions.
— Doux Jésus ! fit Vantagio qui n’avait pas quitté son bureau.
Des bruits de pas précipités à l’extérieur de la pièce.
En un bond, Heller fut loin de la porte.
Le gangster qui faisait le guet à l’entrée passa un bras et la moitié du visage dans l’encadrement. Il aperçut Heller et leva son revolver !
Heller lui tira une balle dans l’épaule !
L’homme fut projeté en arrière, dans le vestibule, et tourna sur lui-même, mais il ne tomba pas. Il réussit à refermer la porte et je l’entendis détaler.
Déjà le moteur de la limousine vrombissait. Une portière claqua et la limousine démarra sur les chapeaux de roues.
— Doux Jésus ! fit à nouveau Vantagio. (Puis il parut se réveiller et dit :) Allez, môme ! Donne-moi un coup de main ! Vite !
Le gangster qui s’était trouvé près du bureau était tombé sur une carpette. Vantagio la saisit par un coin et, s’en servant comme d’un traîneau, il la tira rapidement jusqu’à la porte. Il l’ouvrit et la bloqua à l’aide d’une chaise. Puis il tira la carpette et son fardeau jusque dans le vestibule.
Le directeur désigna à Heller l’homme qu’il avait utilisé comme bouclier et lui fit signe de l’amener dans le vestibule. Heller s’exécuta promptement.
Des sirènes de voitures de police retentirent dans le lointain.
Heller aida Vantagio à sortir le troisième cadavre.
Une vieille femme apparut dans le vestibule – une femme de ménage portant un uniforme impeccable.
— Nettoie le sang sur le sol du bureau ! hurla le directeur. Fais vite !
Les voitures de police n’étaient plus très loin.
Vantagio se précipita derrière son bureau. Le réceptionniste était allongé par terre, ligoté et bâillonné. Heller coupa ses liens.
Ensuite le directeur redisposa les corps dans le vestibule. Il prit le revolver avec lequel Heller avait tiré, l’essuya avec un mouchoir et le plaça dans la main de l’ex-agresseur d’Heller.
Les voitures de police arrivaient.
— Les (enbipés) ! fit Vantagio. Ils avaient prévenu les poulets. Ils leur avaient dit de se radiner et de m’embarquer s’il y avait des coups de feu !
Le directeur examina la mise en scène, puis adressa quelques mots en italien au réceptionniste. Il allait dire quelque chose à Heller lorsqu’une voix tonitruante se fit entendre à l’entrée :
— Que personne ne bouge !
Un inspecteur de police était là, précédé de deux flics en uniforme qui tenaient des fusils à pompe. C’était un géant d’une cinquantaine d’années à la peau flasque.
— Meretrici, au nom de la loi, je t’arrête !
— Pour quel délit ? demanda Vantagio.
L’inspecteur de police regardait les cadavres. Il fustigea le réceptionniste du regard et aboya :
— Exactement ce que vous avez sous les yeux. Celui-là, là-bas (et il désigna le corps le plus éloigné de l’entrée, c’est-à-dire l’homme dont Heller s’était servi comme bouclier), essayait manifestement d’échapper aux deux autres. Il a surgi de la rue avec ces deux types à ses trousses et tous les trois ont commencé à se tirer dessus.
L’inspecteur examina les corps et les revolvers.
— On devrait les arrêter, fit Vantagio. Les coups de feu sont interdits dans cet établissement !
— Très drôle, dit l’inspecteur.
Il se dirigea vers Heller et demanda :
— Et toi, qui t’es ?
— C’est un coursier, intervint Vantagio. Il est arrivé par l’entrée de service après la fusillade.
— (Bip) ! lâcha l’inspecteur.
— J’aimerais bien que vous fassiez votre devoir de citoyen de temps en temps, dit Vantagio. Celui pour lequel les contribuables vous payent. Et j’aimerais aussi que vous me débarrassiez de ces cadavres. J’ai déjà perdu un tapis à cause d’eux !
— Ne touchez à rien ! gronda l’inspecteur. Les gars de la morgue vont arriver d’un moment à l’autre et ils vont prendre des photos. Quant à vous deux (il désigna le directeur et le réceptionniste), n’oubliez pas de vous présenter à l’instruction ! Je devrais vous embarquer comme témoins oculaires !
— Nous serons très heureux de nous acquitter de nos devoirs de citoyens, nous. A l’avenir, débrouillez-vous pour fournir une meilleure protection aux honnêtes hommes d’affaires ! (Vantagio lança un regard furieux aux cadavres et ajouta :) Les rues regorgent littéralement de tueurs ces jours-ci !
L’inspecteur partit sans rien dire. Un agent de police demeura dans le vestibule pour veiller à ce que personne ne touche aux preuves.
— Il vaudrait mieux emmener ces bagages dans mon bureau, dit Vantagio à Heller en lui faisant signe de le suivre.
Heller prit son attirail et lui emboîta le pas.
2
La femme de ménage avait fini de nettoyer le sang. Vantagio mit l’air conditionné sur « ventilation », vraisemblablement pour chasser la fumée et l’odeur de cordite. Il installa Heller sur une chaise et s’assit derrière son beau bureau sculpté.
— Môme, dit Vantagio, tu m’as sauvé la vie ! Jamais encore je n’avais vu un type jouer du revolver comme ça ! (Il considéra Heller pendant un instant avant de poursuivre :) Mais dis-moi, comment as-tu atterri ici ?