Выбрать главу

Heller lui expliqua qu’il cherchait un endroit où habiter, puis il lui narra sa conversation à propos d’une « maison » avec le chauffeur de taxi.

Vantagio rit.

— Mais t’es un vrai péquenot, môme ! Tu sors de ta cambrousse ! Écoute, môme. Dans l’idiome de notre belle et honnête cité, une « maison », c’est un bordel, un claque, un boxon, un lupanar, un hôtel de passe, bref, une maison de prostitution. Et c’est dans un de ces endroits que tu te trouves en ce moment. Tu es ici dans le palais des plaisirs des Nations unies, la « Maison », avec un grand « M », de tout Manhattan !

Il éclata de rire une fois encore, puis retrouva toute sa sérénité.

— En tout cas, je peux remercier la Santissima Vergine de t’avoir envoyé ici. J’ai bien cru que ma dernière heure avait sonné !

Il se laissa aller en arrière dans son fauteuil et se mit à réfléchir en dévisageant Heller.

— Un gars comme toi, c’est bon à avoir sous la main… Et si je t’offrais un boulot, môme ?… Un boulot respectable du genre videur ?

— Non merci, fit Heller. Il faut que je décroche un diplôme. Les gens refusent de vous écouter quand vous n’avez pas de diplôme.

— Ah, c’est si vrai, c’est si vrai ! Je suis un partisan convaincu de l’éducation ! (Il ajouta avec fierté :) J’ai obtenu mon doctorat de sciences politiques à l’Université d’Empire. Ça m’a permis de parvenir au top niveau dans ce business : directeur de la maison close des Nations unies !

A l’instant où il finissait de prononcer ces paroles, la porte du bureau s’ouvrit avec fracas et deux hommes hirsutes se ruèrent dans la pièce. Leurs vêtements, quoique coûteux, étaient passablement fripés.

— Où étiez-vous passés ? leur cria Vantagio.

— On est venus aussi vite qu’on a pu, dit l’un des hommes. A l’aube, cet (enbipé) d’inspecteur Grafferty a fait irruption dans notre appartement et il nous a arrêtés pour vagabondage et dégradation de la voie publique. Il a fallu toute la matinée à l’avocat pour nous faire libérer sous caution !

— C’était un coup monté, dit Vantagio. L’inspecteur de police Bulldog Grafferty… (il tourna la tête pour cracher sur le tapis)… était au bout de la rue et attendait ! Il savait que vous étiez les gorilles de la maison et il vous a mis hors circuit pour que la bande à Faustino puisse tranquillement venir ici et m’obliger à coopérer. Si je refusais, ils me tuaient. Et Grafferty se trouvait dans le coin pour dire qu’ils m’avaient descendu en légitime défense. Si le môme que vous voyez ici n’avait pas mis le holà à leur petite sauterie, je serais mort à l’heure qu’il est !

Et Vantagio leur fit un récit détaillé de ce qui s’était passé et de l’intervention d’Heller.

— Doux Jésus ! firent les deux hommes avec un ensemble parfait en regardant Heller.

— Bon, maintenant filez à la buanderie, remettez vos costards en état et regagnez votre poste. Vous ressemblez à deux clodos ! C’est un hôtel de luxe ici !

— Oui, monsieur Meretrici, répondirent-ils en chœur avant de détaler.

— C’est vraiment un hôtel de luxe ici, répéta Vantagio à l’intention d’Heller. Les gens des Nations unies sont de drôles d’oiseaux. S’ils nous soupçonnaient de refourguer de la drogue, ils penseraient aussitôt que nous cherchons à leur soutirer des informations. Non, monsieur.. Nous ne transgressons jamais la tradition. Nous nous en tenons à l’alcool de contrebande. Et l’alcool et les drogues, ça fait un très mauvais mélange, môme.

— C’est mortel, acquiesça Heller qui se souvenait sans doute de ce qu’il avait lu dans son livre.

— Hein ?… Oui, parfaitement. Tu l’as dit. Et de nos jours, il n’y a plus de guerre de gangs pour le monopole de l’alcool. Et l’alcool de contrebande rapporte autant qu’à l’époque de la Prohibition. Est-ce que tu savais que la taxe fédérale est de 10 dollars par bouteille de 75 centilitres ? Moi je trouve l’alcool de contrebande plus respectable, plus conforme à la tradition.

« Maintenant, il y a ceux qui te diront que tu ne peux pas avoir de prostitution sans drogues. Mais c’est des (biperies). La drogue, ça rend les filles complètement nases. Elles se dessèchent en un rien de temps. Elles durent pas deux ans. Et une prostituée, c’est un investissement coûteux ! Il faut l’éduquer. Il faut l’envoyer dans une école de modèles et il faut lui faire faire un stage dans une clinique. Et ensuite il faut l’expédier chez une ex-prostituée de Hong Kong pour l’examen final. C’est dur à amortir, un investissement pareil, et le fisc ne fait pas de cadeaux. Donc, pas de drogues, môme.

— Pas de drogues, fit Heller qui pensait probablement à Mary Schmeck.

— Exactement. Autrement notre clientèle de l’ONU nous laisserait tomber comme une vieille chaussette. Et, en plus, nous serions obligés d’arroser la DEA. Nous ferions faillite !

— Eh bien, navré de ne pas être tombé au bon endroit, dit Heller. Je dois prendre congé maintenant.

— Non, non ! s’écria Vantagio d’un air angoissé. Tu m’as sauvé la vie. Et pour ce qui est de jouer du revolver, Clint Eastwood est manchot à côté de toi ! Un gars comme toi, c’est bon à avoir sous la main ! Au deuxième étage, j’ai une petite chambre, une ancienne chambre de bonne. Elle est à toi.

— C’est d’accord à une condition : que je vous paye.

— Tu veux payer ? Bon, eh bien, que dirais-tu de rester assis dans un coin du vestibule de temps en temps ? Disons deux ou trois fois par semaine ? Pendant une heure ou deux ? Je m’arrangerai pour que tu aies des vêtements comme il faut. »

Non, non, Heller, songeai-je. Il sait que les gars de Faustino t’ont vu. Il veut se servir de toi comme épouvantail !

Vantagio dut voir qu’Heller n’était pas très chaud car il ajouta :

— Écoute, môme. Tu vas rentrer à l’université. Si tu optes pour l’Empire, je peux te pistonner. Nous n’avons pas de restaurant ici, mais nous avons une cuisine qui sert des plats exquis dans les chambres et qui te montera des sandwiches. On ne peut pas te servir d’alcool car, apparemment, tu es mineur, et ce serait contre la loi. Mais à part ça, tu pourrais avoir toutes les boissons que tu voudrais. Écoute. Si ça t’embête que les gens de l’ONU te prennent pour un membre de la maisonnée, j’irai même jusqu’à inventer un bobard, comme quoi tu es le fils d’un dictateur, ou quelqu’un qui veut garder l’incognito, et que tu résides ici parce que tu vas à l’université.

Ce n’était pas les dangers qu’Heller allait courir qui me préoccupaient. Non, mon problème, c’était que je ne voyais pas comment Raht réussirait à s’introduire dans cet endroit pour fouiller les bagages d’Heller ! Les maisons de passe vous volent dans les plumes quand elles vous surprennent en train de fouiller des bagages ! Elles croient que vous essayez de dévaliser les clients pour qu’ils aillent se plaindre à la police ! Et ces deux gorilles n’avaient vraiment pas l’air commodes ! Autant essayer de joindre Heller en prison !

Je savais ce qui clochait chez Vantagio. Il était encore en état de choc et réagissait par une gratitude exagérée. Personnellement, je ne trouvais pas Heller si avenant que ça !

— Maintenant écoute, dit Vantagio. Cet endroit est truffé de jolies filles. Avec ta belle gueule et baraqué comme tu es, elles vont littéralement t’assaillir. Si elles t’embêtent, tu pourras toujours faire appel à l’une des mères maquerelles. Alors qu’est-ce que tu dis, môme ? Marché conclu ?

— Est-ce que vous avez des garçons ici ? demanda Heller.

— Bon Dieu, non ! explosa Vantagio. C’est juste l’autre crétin qui prenait ses désirs pour des réalités. Il est… il était… pédé. Alors, marché conclu, môme ?