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Les paupières du tueur frémirent légèrement. Il était vivant !

La sirène d’une voiture de police retentit dans le lointain. L’explosion avait dû être visible à deux kilomètres à la ronde !

Torpédo ouvrit les yeux. Il vit Heller. Et le reconnut.

— Vous allez pas tuer ma mère, hein ?

Heller le dévisagea et dit :

— Je vais y réfléchir.

— Non !

Heller glissa la main dans la veste de Torpédo et prit son portefeuille. Il ne contenait que les cinq mille dollars qu’Heller lui avait rendus. Et un bout de papier sur lequel on avait écrit :

Le contrat sera considéré comme exécuté sur présentation des preuves. Remettre le paquet au porteur.

Heller agita le bout de papier sous le nez de Torpédo.

— Qui doit remettre le paquet ? demanda-t-il.

— Vous allez tuer ma mère ?

— J’y songe sérieusement. Donnez-moi le nom et l’adresse et peut-être reviendrai-je sur ma décision.

Le tueur battait nerveusement des paupières. Finalement il dit :

— Mamie, appartement 18F ; 231 Binetta Lane. New York sud.

— Et les preuves ?

— Écoutez, gémit Torpedo. Trapp va me tuer !

— On doit toujours chérir sa mère, répliqua Heller.

Torpedo frissonna et dit :

— Votre casquette de base-ball maculée de sang et une mèche de vos cheveux.

Heller ôta sa casquette, la retourna et la trempa dans l’horrible bouillie qui, il y a peu de temps encore, avait été le visage du conducteur.

— J’entends la sirène d’une ambulance, dit-il. Refaites-vous une santé à l’hôpital et ensuite allez vivre au pôle Nord. C’est un conseil d’ami. (Il se pencha sur Torpedo et remit le portefeuille et les cinq mille dollars dans sa poche.) Je n’arrête pas de vous donner ces cinq mille dollars. Prenez-les et apprenez à parler l’ours polaire. Je ne suis pas un tueur de mères, par contre j’adore faire sauter des torpedos !

La voiture de police s’était approchée lentement, prudemment, et les flammes qui s’élevaient du véhicule accidenté l’éclairaient d’une lumière vacillante. Les flics sortirent.

— Comment ça se fait que t’as sorti les corps de la bagnole, môme ? demanda le premier flic d’un ton menaçant.

— Il a failli m’écraser. Je voulais lui donner quelques conseils.

— Oh, fit le flic, je comprends. Mais ça n’empêche que je vais devoir coller un PV au conducteur. (Il sortit son carnet et demanda à l’autre flic :) A ton avis, c’est quoi le délit, Pete ?

— Dégradation de la voie publique, répondit l’autre.

— C’est celui-là qui conduisait, dit Heller. Il est mort.

— Il récolte quand même un PV, dit le premier flic en commençant à écrire.

L’ambulance arrivait en faisant beugler sa sirène. C’était sans doute les flics qui l’avaient appelée.

Mortie Massacurovitch arriva avec le taxi et Heller monta.

— Conduisez-moi au 231 Binetta Lane, dit-il.

— C’est dans Little Italy, répliqua Mortie. C’est pas la bonne heure pour y aller. T’as un flingue ?

— J’ai cent dollars de mieux pour vous.

Ils foncèrent vers le sud de New York. Ils empruntèrent la Dixième Avenue, puis la Onzième, prirent la 14e Rue, remontèrent Greenwich Avenue, contournèrent Washington Square et s’engagèrent dans Little Italy. Ils s’arrêtèrent en face de l’adresse qu’Heller avait donnée, devant le trottoir opposé. La rue était plongée dans le noir.

Heller sortit un couteau et se coupa une mèche de cheveux qu’il colla à l’intérieur de la casquette maculée de sang. Il y ajouta le bout de papier.

Il se tourna vers Mortie et dit :

— Allez à l’appartement 18F et demandez à voir Mamie. Ensuite, remettez-lui ceci et elle vous donnera un paquet en échange.

— Là-dedans ? fit Mortie en regardant le bâtiment sombre à l’aspect sinistre.

— Quand vous reviendrez, je vous donnerai cent dollars de plus.

Mortie saisit la casquette, descendit du taxi et monta l’escalier quatre à quatre.

Trois minutes plus tard, il dévalait les marches, un paquet dans la main. Il le lança à Heller et démarra sans attendre.

— Mamie était un type avec un revolver, dit Mortie. Mais il a pris la casquette sans poser de questions.

Heller lui dit de le conduire jusqu’à l’intersection de la Première Avenue et de la 42e Rue. Il agita le paquet, le colla contre son oreille et le renifla. Au moins, il faisait preuve de prudence, car il aurait très bien pu s’agir d’une bombe. Il souleva un coin du paquet et en sortit quelque chose.

— Un billet de première classe pour Buenos Aires, Argentine, ça vaut combien ? demanda-t-il à Mortie.

— Je sais pas. Trois mille dollars peut-être.

On peut se le faire rembourser ?

Bien sûr. Tu le présentes au guichet à l’aéroport. Pourquoi ? Tu ne pars pas ?

Ah, si seulement Heller voulait bien se décider à décamper !

Mortie le déposa à l’angle de la Première Avenue et de la 42e Rue. .

— Vous pensez que j’ai réussi l’épreuve ou est-ce qu’il me faut encore quelques leçons ? demanda Heller.

Mortie réfléchit quelques instants avant de répondre.

— Ma foi, avec un peu d’expérience, tu pourrais devenir l’un des meilleurs chauffeurs de taxi de New York. Je pourrais encore t’apprendre comment truander un client sur sa monnaie ou comment augmenter le kilométrage, mais c’est à peu près tout ce qu’il te reste à savoir. Tu as réussi l’épreuve. Oui, je dirai que tu as réussi l’épreuve.

Heller sortit une liasse et compta six billets de cent dollars. Mortie les fourra immédiatement dans la poche de sa chemise et démarra à toute vitesse.

Heller se mit à trotter, clic-clac, et arriva bientôt au Gracious Palms.

Dans sa chambre, il ouvrit le paquet. De l’argent en petites coupures usagées !

Il les compta. CENT MILLE DOLLARS !

Je frissonnai. Mes Dieux, Trapp devait être drôlement en colère pour offrir une somme pareille !

Heller mit les billets dans le sac qui avait contenu son petit déjeuner. Puis il descendit et le déposa dans son coffre-fort.

Vantagio était dans son bureau. La porte était ouverte et il aperçut Heller.

— Tu sors de l’argent, môme ? lança-t-il. Fais attention, tu vas avoir besoin de fric pour aller à l’université ! Claque pas tout en sorties nocturnes. Dans cette ville, tout est hors de prix.

— Ça, vous pouvez le dire, fit Heller en ajoutant les cent mille dollars aux cinquante mille qui se trouvaient déjà dans le coffre. Les prix n’arrêtent pas de grimper !

Puis il alla se coucher et ne tarda pas à dormir d’un sommeil paisible.

Pas moi ! Trapp disposait de fonds illimités et je ne savais toujours pas comment j’allais faire pour m’emparer de cette plaque !

Le rapport de Raht et Terb que je reçus quelques heures plus tard ne fit rien pour m’apaiser. Il disait :

Il s’est rendu dans une boutique appelée « Grandes Tailles Masculines ». On a dû lui donner un travail et un endroit où dormir, car il y est toujours ! Mais nous ne quittons pas la boutique des yeux.

C’est ça ! Ils continuaient de se fier au mouchard cousu dans sa veste !

Je craignais maintenant d’avoir à aller en Amérique pour prendre moi-même les choses en main. Mais même en admettant que j’y sois obligé, je n’avais aucune idée de ce que je pourrais faire, une fois là-bas.

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