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Mes Dieux, c’était à croire qu’elle avait répété son speech ! Elle citait probablement le professeur Stringer à la virgule près !

— Regardez cette ligne, là. Ici vous avez les Francs. Ils sont venus d’Allemagne et ils ont conquis la France – c’est pour ça que ce pays porte ce nom. Ça s’est passé au Vc siècle. Maintenant, prenez cette branche, la branche des Francs Saliens… Les Francs Saliens ont conquis le nord de l’Italie. Au IXC siècle, un Salien est devenu Empereur des Francs et chef du Saint Empire Romain. Comme vous pouvez le voir, il s’appelait Carolus Magnus, c’est-à-dire Charles le Grand. Dans les livres d’histoire, on l’appelle Charlemagne. Ce type était empereur du monde ! Empereur du (bip) de monde entier !

Elle s’interrompit et regarda Heller d’un air solennel. Il hocha la tête.

— Mais Charlemagne s’est marié de nombreuses fois, continua-t-elle. Et l’une de ses femmes – voyez cette ligne ici – a été la fille du duc d’Aoste. Aoste est une province du nord-ouest de l’Italie qui se trouve au sud du lac de Genève.

« Il y a pas mal d’Italiens grands et blonds dans le nord de l’Italie, mais dans la vallée d’Aoste, ils pullulent.

« Vous voyez cette ligne ici. Elle va directement du duc d’Aoste à la famille Biella. Mon père s’appelait Biella. Vous me suivez toujours, mon garçon ?

— Oh oui, parfaitement, fit Heller d’une voix fascinée.

— Bien. Maintenant, au début de la Seconde Guerre mondiale, mes parents se sont réfugiés en Sicile. Ils y sont restés quatre années pleines ! Après la guerre, ils ont émigré en Amérique, où je suis née. Bref (elle se redressa avec un air triomphant), je suis aussi sicilienne que n’importe quel Sicilien ! Qu’est-ce que vous en dites ?

— Les preuves sont indiscutables ! s’écria Heller.

Babe donna une pichenette à la carte.

— Et en plus, je descends directement de Charlemagne ! Oooh ! La femme du maire était littéralement verte de jalousie ! »

Babe exultait.

— Il y avait de quoi ! dit Heller. Mais attendez un peu. Il manque quelque chose ici. Mais peut-être ne le savez-vous pas ?… Est-ce que vous avez déjà entendu parler d’Atalanta ?

— Je n’ai jamais été à Atlanta.

— Non, Atalanta. Tout en haut de cet arbre, à une époque très antérieure à celle où il commence, il y a eu un prince.

Babe était tout ouïe. Et moi aussi, je peux vous l’assurer ! Emporté par sa passion stupide pour la Légende Populaire 894M, il se dirigeait tout droit vers une transgression du Code ! Je tendis la main vers mon stylo.

— Il s’agit du Prince Caucalsia, poursuivit Heller. Il…

Un « Psst ! » perçant retentit dans la pièce.

Ça venait de la porte.

Babe et Heller se retournèrent.

Un Sicilien se tenait sur le seuil. Il tenait un grand sac rempli d’argent. Il s’avança, s’arrêta au milieu de la pièce, se pencha en avant et adressa des signes pressants à Babe. Son visage… J’avais déjà vu ce visage !… Mais où ?…

Babe alla rejoindre le nouveau venu. Elle se pencha et il se dressa sur la pointe des pieds pour pouvoir lui parler à l’oreille. Il se mit à chuchoter tout en désignant Heller avec des gestes fébriles. Il parlait trop bas pour que je puisse entendre. Babe secoua la tête, l’air perplexe. Le Sicilien murmura encore quelques paroles. Il semblait exulter.

Babe écarquilla les yeux. Elle se redressa, tourna sur ses talons et marcha droit sur Heller. Elle l’étreignit !

Puis elle le repoussa et le tint par les épaules. Elle le regarda longuement, comme si elle voulait à jamais conserver son visage dans sa mémoire. Elle se tourna brusquement et, d’une voix qui fit trembler les murs, elle rugit :

— Où est cet abruti de Geovani ?

Geovani apparut dans la seconde qui suivit. C’était le malfrat qui faisait office de garçon d’ascenseur.

— Pourquoi ne m’as-tu pas dit que c’était lui, que c’était le môme ? tonna-t-elle.

D’autres visages apparurent dans l’encadrement de la porte. Des visages terrifiés !

— Et moi qui l’ai traité plus bas que terre ! gronda-t-elle.

Elle se retourna et poussa doucement Heller dans un fauteuil.

— Pourquoi, gémit-elle, ne m’avez-vous pas dit que c’est vous qui aviez sauvé le Gracious Palms ?

Heller déglutit.

— Je… Je ne savais pas que ça vous appartenait.

— Bien sûr que ça nous appartient, mon garçon ! Nous possédons et contrôlons toutes les maisons de passe de New York et du New Jersey. Qu’est-ce que vous croyez ?

Gregorio arriva – plutôt tardivement – avec le lait et l’eau gazeuse. Il tremblait et les verres s’entrechoquaient.

— Non, pas cette bibine, fit Babe. Le garçon veut de la bière, il aura de la bière ! Au diable la loi !

— Non, non, dit Heller. Il faut vraiment que j’y aille. (Il réfléchit un moment.) Vous pouvez me dire où je peux trouver Bang-Bang Rimbombo ? Je crois que j’ai des ennuis de voiture.

C’était donc pour ça qu’il était allé voir le gang Corleone !

Brusquement, les morceaux de puzzle s’assemblèrent. Il avait lu l’histoire de Bang-Bang dans les journaux, il savait qu’il faisait partie du gang Corleone. L’adresse de Babe lui avait été donnée par Jimmy Tavilnasty « l’étripeur ». Et il s’était tout simplement rendu chez Babe pour trouver un expert en voitures piégées. Il avait réalisé là un travail de détective particulièrement brillant.

Oui, mais attendez ! Il s’était montré au garage ! Lorsqu’il y retournerait, il aurait droit à un comité d’accueil. Il avait commis une grosse, grosse bourde !

Heller allait me rendre fou ! Il était trop intelligemment stupide pour espérer rester en vie !

Babe se tourna vers les gens qui étaient amassés sur le seuil. Ils échangeaient des paroles à voix basse en désignant Heller et en allongeant le cou pour mieux le voir.

— Geovani ! rugit Babe. Sors la limousine et conduis ce jeune homme chez Bang-Bang. Dis-lui que j’ai dit qu’il doit faire tout ce que le garçon lui demande.

Elle se tourna vers Heller.

— Écoutez, mon garçon. Si vous avez besoin de quelque chose, adressez-vous à Babe, d’accord ? (Elle regarda les autres.) Vous avez entendu ? Et toi, Consalvo, j’ai deux mots à te dire.

Elle désignait le Sicilien qui avait reconnu Heller, l’homme qui tenait le sac rempli d’argent.

Ça y est ! Je savais qui c’était ! C’était le réceptionniste du Gracious Palms ! Les tribulations d’Heller m’avaient tellement exténué que même ma légendaire mémoire des visages m’abandonnait.

Heller prit congé. Babe se pencha et déposa un gros baiser sur sa joue.

— Revenez quand vous le voulez, mon cher garçon. Mon cher, mon très cher garçon !

7

Geovani conduisait la limousine. Heller était assis à côté de lui.

— Alors comme ça, t’as descendu ces minables en deux coups de cuiller à pot ! fit Geovani d’une voix chargée de respect. Est-ce que tu savais que l’un d’eux était le neveu de Faustino ?

Pendant un instant, il resta silencieux, se concentrant sur la conduite, puis, brusquement, il lâcha le volant, mima un pistolet avec sa main et « tira » sur la route.