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— Pan ! Pan ! Pan ! En deux coups de cuiller à pot ! Ouaaah !

Ils s’arrêtèrent en face d’un immeuble décrépi. Geovani conduisit Heller au deuxième étage et frappa à une porte selon un signal convenu. La porte s’ouvrit de quelques centimètres et le visage d’une jeune femme apparut dans l’entrebâillement.

— Oh, c’est toi, fit-elle. (Elle ouvrit en grand.) C’est pour toi, Bang-Bang.

Bang-Bang Rimbombo était au lit avec une deuxième fille.

— Amène-toi, dit Geovani.

— Bon sang, je sors juste de tôle ! protesta Bang-Bang. Ça faisait six mois que j’avais pas…

— C’est un ordre de Babe.

Bang-Bang bondit hors du lit et enfila ses vêtements en toute hâte.

— Y a un boulot à faire sur une voiture, ajouta Geovani. Le môme t’expliquera.

— Je vais chercher mon barda, dit Bang-Bang.

Geovani se dirigea vers le téléphone et appela un taxi.

Pendant qu’il attendait la communication, il posa la main sur le microphone du combiné et dit à Heller sur un ton d’excuse :

— Nous n’utilisons jamais la limousine pour les boulots un peu spéciaux. Et nous contrôlons les compagnies de taxis. Elles ne parlent pas.

Quelques instants après, Geovani serra la main d’Heller et sortit. Dans l’escalier, il se retourna et mima à nouveau un revolver avec sa main.

— Pan ! Pan ! Pan ! En deux coups de cuiller à pot ! cria-t-il avant de disparaître.

Le taxi arriva et Ban-Bang, chargé d’un grand sac, monta derrière. Heller s’assit à côté de lui et donna au chauffeur une adresse située à un pâté de maisons de distance du garage.

Il apprenait vite. Mais il était encore loin d’être un professionnel de l’espionnage. Car les autres seraient aux aguets. Je savais qu’il allait droit au casse-pipe. Et je n’avais toujours pas la plaque. Hagard, épuisé par le manque de sommeil, je restais rivé à l’écran. Ma vie était entre ses mains !

Heller paya le chauffeur et s’engagea dans la rue où se trouvait le garage.

— Attends, dit Bang-Bang.

C’était un petit Sicilien au visage étroit. Il avait un air rusé. Aurait-il suffisamment de bon sens pour leur éviter de se fourrer dans le pétrin ? Je l’espérais.

— Si c’est cet endroit-là, dit-il, je le connais. C’est le garage que Faustino utilise pour maquiller les voitures volées et pour d’autres combines. T’es sûr que tu sais ce que tu fais, môme ?… (Il secoua la tête.) Pénétrer là-dedans pour piéger une voiture et la transformer en bombe H, ça va pas être de la tarte.

— C’est ma voiture et je veux que tu la dé-pièges, répondit Heller.

— Ça change tout.

Et Bang-Bang mit son grand sac en bandoulière et se dirigea vers le garage.

On avait fermé la porte de l’extérieur au moyen d’un gros cadenas. Heller colla une oreille contre le mur et écouta. Il secoua la tête. Puis il fit le tour du bâtiment et examina la porte de derrière. Elle était, elle aussi, cadenassée. Il retourna à la porte d’entrée. Il recula de quelques pas et vit qu’il y avait une fenêtre près de la porte. Elle se trouvait à environ deux mètres du sol.

Il sortit un instrument minuscule, l’introduisit dans le cadenas de la porte et ouvrit presque instantanément.

Heller agissait avec rapidité, avec efficacité. Ça tranchait tellement sur sa maladresse chronique en tant qu’espion que j’oubliai pendant un instant ce qu’il était réellement : un ingénieur de combat. Les ingénieurs de combat, ça pénètre dans une forteresse ennemie sans forcer. Il était en plein dans son élément !

Il poussa la porte d’entrée, agita les mains devant lui, sans doute pour s’assurer qu’il n’y avait aucun fil susceptible de déclencher quelque chose, et pénétra à l’intérieur en évitant de poser les pieds aux endroits que l’on foulerait normalement – probablement au cas où il y aurait des mines.

Il prit une caisse, qu’il plaça sous la fenêtre. Puis il monta dessus et ouvrit le loquet de la fenêtre.

Il retourna jusqu’à la porte, fit signe à Bang-Bang d’entrer et sortit du garage. Il referma le cadenas en prenant soin de le remettre exactement dans sa position d’origine.

Ensuite il alla à la fenêtre et se hissa à l’intérieur du bâtiment. Après quoi il referma soigneusement la fenêtre. Résultat : quiconque arriverait de l’extérieur ne se douterait jamais qu’il y avait quelqu’un à l’intérieur. Pas bête. Il faudrait que je me souvienne de ce coups-là.

Le garage était rempli jusqu’au plafond de grandes piles de cartons séparées par d’étroites allées. On avait laissé un grand passage au centre pour les véhicules. Bang-Bang regardait fixement les boîtes de carton.

— (Bip) de (bip) de (bip) ! s’exclama-t-il. T’as vu ça ! (Il avait ouvert un carton et tenait une bouteille.) Du Johnnie Walker golden label ! Tu sais quoi, môme ? J’en avais entendu parler, mais je n’en avais jamais vu. (Malgré la pénombre, il dut s’apercevoir qu’Heller ne comprenait rien à ce qu’il racontait.) Tu vois, même, y a le red label et le black label. Ça, tu peux t’en procurer partout. Et puis, il y a le golden label. Les Écossais se le gardent pour eux. Il arrive quelquefois qu’ils en exportent à Hong Kong. Ça vaut quarante dollars la bouteille ! (Il examina le bouchon.) Aucune étiquette fiscale ! On l’a introduit en fraude !

Il ôta adroitement le bouchon, de façon qu’on ne remarque pas que la bouteille avait été ouverte. Puis il colla le bout de sa langue contre le goulot et inclina la bouteille vers lui.

Heller appuya une main sur la bouteille et la fit revenir à la verticale.

— Non, non, fit Bang-Bang. Je ne bois jamais pendant le travail. (Il fit rouler la goutte de whisky sur sa langue.) C’est du vrai ! Un véritable velours !

Il revissa le bouchon et remit la bouteille dans le carton. Puis il alla d’une allée à l’autre et compta les caisses. Comme je l’ai dit, les piles de cartons allaient jusqu’au plafond et le garage était aussi grand qu’un hangar.

— Bon sang ! s’écria Bang-Bang, il y a près de deux mille caisses ici ! A douze bouteilles par caisse et à quarante dollars la bouteille, ça nous fait… ça nous fait…

— Un million de dollars, dit Heller.

— Un million de dollars…, acquiesça Bang-Bang d’un air rêveur.

Il se dirigea vers le fond du garage.

— Hé ! Regarde ça !

Il avait posé une main sur des caisses d’une forme différente. A l’aide d’un couteau, il ôta adroitement un couvercle et sortit une petite boîte de la caisse.

— Des enregistreurs de poche made in Taiwan ! Il doit y en avoir… (il se mit à compter silencieusement)… cinq mille dans cette caisse. A deux cents dollars la pièce, prix de gros, ça nous fait…

— Un million de dollars, dit Heller.

— Un million de dollars, répéta Bang-Bang.

Il se planta bien droit sur ses jambes et posa un regard furieux sur la grande allée centrale.

— Nom de Dieu de (bip) de (bip) ! Tu sais ce que cet (enbipé) de Faustino essaye de faire ? Il essaye de nous piquer le marché de la contrebande ! Le fils de (bip) ! Il essaye d’empiéter sur notre monopole ! Il va inonder le marché et nous conduire à la ruine ! Bon sang ! Quand Babe va apprendre ça, elle va être livide ! (Il resta songeur pendant quelques secondes.) C’est cet escroc d’Oozopopolis !

— Il serait peut-être temps de s’occuper de ma voiture, dit Heller.

Aussitôt Bang-Bang fut tout efficacité.

— N’y touche pas ! ordonna-t-il.