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Les autres avaient laissé la Cadillac à l’endroit où Heller l’avait garée. Ils avaient enlevé les plaques minéralogique. Il faisait encore plus sombre à cet endroit du garage.

Bang-Bang sortit une lampe de poche. Puis il se glissa prudemment sous le véhicule, en faisant très attention à ne pas le toucher. Il examina la suspension.

— Des fois, ils mettent la dynamite dans les ressorts. Comme ça, dès que la voiture bouge un peu, boum !… Non… Rien. Bon, regardons… Nom d’un chien !

Heller s’était accroupi et avait baissé la tête pour voir ce que faisait Bang-Bang. Il paraissait travailler sur l’intérieur de l’une des roues. Il sortit une main de dessous la voiture et lança un objet à Heller. Celui-ci l’attrapa. Un bâton de dynamite !

Bang-Bang s’attaqua à une autre roue et lança un deuxième bâton de dynamite à Heller. Puis il s’occupa des deux roues qui restaient. Heller eut bientôt dans les mains un troisième et un quatrième bâton. Bang-Bang fit courir une dernière fois sa lampe de poche sur le châssis et émergea de dessous le véhicule.

— Du boulot nul, dit-il. Ils avaient fixé un bâton verticalement sur l’intérieur de chaque roue avec du ruban adhésif. Ce type de dynamite se compose juste de sciure et de soupe. La soupe est mélangée à la sciure et on peut manipuler le bâton sans le moindre risque. C’est quand la soupe est concentrée que c’est dangereux.

— La soupe ? demanda Heller.

— La nitroglycérine. Elle explose quand tu la secoues. Cette voiture était censée exploser à des kilomètres d’ici ! Avec la rotation des roues et la force centrifuge, la soupe se serait déplacée vers l’une des extrémités du bâton et s’y serait concentrée. Ensuite, une petite secousse de plus, et BOUM ! Du boulot au rabais. Ils ont économisé le prix d’un détonateur ! Mi-nable !

Il avait prononcé ce dernier mot avec mépris.

— Peut-être que ces bâtons avaient été mis là pour qu’on les trouve, suggéra Heller. Peut-être que la vraie charge a été placée autre part.

— Ce qui voudrait dire que la dynamite servait juste à détourner l’attention et que je n’ai pas trouvé la vraie charge.

Il passa une lame de rasoir entre la vitre et le cadre pour s’assurer qu’il n’y avait aucun fil détonateur. Ensuite il ouvrit la portière et regarda sous le tableau de bord. Rien. Puis il leva le capot et examina l’arrière du moteur.

— Aha ! s’exclama-t-il. Un câble trafiqué !

Avec précaution, il glissa le rabat d’une pochette d’allumettes entre deux points de contact. Puis il prit une pince et coupa quelques fils. L’instant d’après, il extrayait un petit compteur.

— Un odomètre ! Le câble du compteur de vitesse de la voiture a été débranché et relié à l’odomètre.

Il fit tourner le compteur de l’odomètre qui s’arrêta brusquement avec un déclic. Il lut les chiffres.

— Huit kilomètres ! La bagnole devait sauter au bout de huit kilomètres !

Il examina à nouveau l’arrière du moteur.

— Doux Jésus ! Cinq kilos de plastic ! Ils ont pas regardé à la dépense ! Dis-moi, môme, quelqu’un doit sacrément t’en vouloir pour craquer autant de pognon sur un piège ! Il y a de quoi faire péter dix…

— Chut ! fit Heller.

Une voiture arrivait !

Bang-Bang referma rapidement le capot et la portière. Heller l’entraîna dans un endroit situé à environ cinq mètres de la porte du garage, entre deux piles de cartons.

La voiture s’arrêta.

— T’as un flingue ? chuchota Bang-Bang.

Heller secoua la tête.

— Moi non plus ! C’est illégal de porter une arme quand t’es en liberté sur parole. (Il changea d’épaule son grand sac bourré d’explosifs.) J’ose pas leur lancer une bombe avec tout ce whisky. Tout sauterait et nous avec !

— Chut ! répéta Heller.

Une portière de voiture claqua.

— Je vais mettre la voiture derrière, fit une voix à l’extérieur du garage.

Il y eut un long silence.

Puis une portière claqua derrière le bâtiment. Des bruits de pas : quelqu’un faisait le tour du garage. Puis une voix, juste derrière la porte d’entrée :

— La porte de derrière est toujours cadenassée.

Une deuxième voix :

— Je te l’avais bien dit. Y a personne là-dedans.

Le cliquetis d’un trousseau de clés.

— C’est tes nerfs, Chumpy. Je te parie qu’il a pris le large.

— N’importe qui aurait eu le temps d’entrer, à la vitesse d’escargot avec laquelle vous avez rappliqué !

Je reconnus la voix du jeune homme obèse. Il entra à reculons, en poussant la porte avec son dos.

Deux hommes vêtus d’un complet-veston coûteux le suivaient.

— On est venus aussi vite qu’on a pu ! Tu crois peut-être que ça prend cinq minutes pour venir du Queens jusqu’ici ! Pas avec la circulation qu’il y a ! Tu vois, y a personne ! On a perdu notre temps.

— Il va revenir ! dit Chumpy. C’est un (enbipé) de première ! Si vous repartez, j’appelle Faustino !

— Écoute, Dum-Dum, dit le deuxième gangster au premier, ça ne mange pas de pain d’attendre un peu. Surtout après tout ce temps passé dans la bagnole. Tu sais quoi ? On va laisser le cadenas ouvert et la porte entrebâillée, pour attirer les éventuels visiteurs à l’intérieur. Ensuite on ira s’asseoir derrière ces caisses là-bas, juste en face de la porte, et on attendra. J’ai envie de souffler un peu. Tous ces camions sur la route m’ont tué !

Il poussa la porte, la laissant légèrement entrouverte. Chumpy sortit un petit revolver et s’assit par terre contre une pile de cartons. Il était juste dans le champ de vision d’Heller, de profil. Je me figeai. Puis je me rendis compte qu’Heller l’épiait à travers une ouverture entre deux cartons.

Les deux autres gagnèrent leur cachette, en face de la porte.

— Ne tirez pas dans la vieille bagnole, là-bas au fond ! cria Chumpy. C’est une bombe ambulante !

— Boucle-la, Chumpy, dit l’un des gangsters. Nous allons attendre une heure. Contente-toi de la boucler.

Heller regarda vers le bas et ôta silencieusement ses chaussures. Il se déplaça latéralement, vers un endroit d’où il pouvait voir la porte. L’espace près de la porte était plongé dans l’obscurité – une obscurité rendue plus profonde encore par le contraste du rai de lumière qui filtrait par l’entrebâillement.

Heller farfouilla dans son cartable. Il sortit la bobine de fil de pêche ainsi que la cuillère avec le gros hameçon. Il fixa le fil à l’anneau du bouchon.

Je crus que j’allais défaillir ! Cet abruti allait tenter quelque chose ! Si des balles atteignaient ces caisses de whisky ou la Cadillac, l’endroit serait immédiatement transformé en brasier ! Tout ce qu’il avait à faire, c’était de patienter une heure et ils seraient partis. L’idiot !

Il enroula le fil en larges boucles autour de sa main gauche, puis il prit l’extrémité où était fixée la cuillère. Il imprima un mouvement de balancier au bouchon.

Et le lança à travers l’obscurité en direction de la porte !

Avec un timing parfait, il tira sur le fil d’un coup sec et l’hameçon s’accrocha à la porte avec un « clic » étouffé.

Il y eut un léger bruissement derrière la pile de caisses où les deux gangsters étaient cachés.

Lentement, Heller commença à ramener le fil, afin de le tendre. Le fil était invisible dans l’obscurité.

Ensuite Heller amena son sac à dos – ou plutôt son cartable – jusqu’à son épaule gauche et l’ouvrit. Il prit le fil dans la main gauche.

Il tira violemment sur le fil !

La porte s’ouvrit avec fracas !