Au même moment, il y eut comme un sifflement, suivi d’un bruit mat !
Heller avait lancé une balle de base-ball sur Chumpy !
A travers l’ouverture entre les caisses, je vis Chumpy basculer en avant. Il ne bougeait plus.
Silence total dans le garage.
Quelques minutes s’écoulèrent.
— (Bip) ! fit l’un des gangsters. C’était juste le vent.
— Ferme-moi cette porte ! dit l’autre.
Heller était toujours à son poste d’observation. Une silhouette tenant un revolver traversa l’espace vide devant la porte.
Nouveau sifflement ! Crac !
Heller venait de jeter une deuxième balle de base-ball !
L’homme tituba, tomba et ne bougea plus.
— (Bip) ! Qu’est-ce que c’est que ce…
Heller lança une troisième balle. Elle frappa le mur et rebondit. Il lançait en se basant sur la voix de l’autre ! Et par ricochet !
Il lança à nouveau !
Un bruit confus. L’homme jaillit de sa cachette et se rua vers la porte de derrière ! L’imbécile. Elle était cadenassée !
L’homme leva son arme pour faire sauter la serrure.
Heller lança !
L’homme fut projeté contre la porte et s’effondra lentement.
Heller marcha nonchalamment jusqu’à la porte d’entrée et la referma.
Bang-Bang, plus pratique, se précipita vers le deuxième gangster et s’empara de son revolver. Ensuite il courut vers le premier, puis vers Chumpy, leur confisqua leur arme et rejoignit Heller.
— Par la Madone ! Ils ont tous les trois le crâne troué. Ils sont morts !
— Regarde s’il y a d’autres charges d’explosifs dans la Cadillac, dit Heller. On a encore du travail.
8
Heller dénicha les clés de la voiture dans la poche de l’un des gangsters, ouvrit la porte d’entrée en grand et alla jusqu’au véhicule, à l’arrière du bâtiment. C’était une vieille Buick.
Il la conduisit dans le garage et referma la porte. Puis il remonta dans la Buick, emprunta l’allée centrale entre les caisses et alla se garer à côté de la Cadillac.
Bang-Bang avait presque terminé. Il reniflait la jauge du réservoir d’huile.
— Ils ont rien mis dans le carter. (Il remit la jauge.) Pas de sucre non plus dans l’essence – rien. Le plastic est là-bas.
Il tendait le doigt vers un rebord de fenêtre où la charge reposait en équilibre précaire.
Il s’installa à l’arrière de la Cadillac et palpa le siège. Puis il s’exclama :
— Hé, regarde ! Des rideaux !
Sans attendre, il les abaissa.
Il sortit et se dirigea vers une pile, prit un carton de whisky, le porta jusqu’à la Cadillac et le déposa sur le siège arrière. Puis il retourna à la pile et prit un autre carton. Tout en faisant la navette entre les caisses de whisky et la voiture, il se mit à chantonner :
Tout en chantonnant, il avait littéralement bourré l’arrière de la Cadillac de cartons de whisky. Il dit à Heller d’ouvrir le coffre et il le remplit d’enregistreurs de poche made in Taiwan. Puis il examina le siège arrière de la Cadillac, réarrangea les caisses et réussit à caser deux cartons en plus.
Il exerça une dernière poussée contre les cartons et parvint à fermer la portière.
Pendant ce temps, Heller n’avait pas chômé. Il avait mis les plaques minéralogiques de la Buick sur la Cadillac. Ensuite il avait ouvert le capot de la Buick et posé la charge de plastic sur le moteur. Puis il avait pris l’un des revolvers. Il avait vérifié s’il était armé et, à l’aide d’un morceau de ruban adhésif, il l’avait fixé au moteur en le pointant sur la charge de plastic.
Il monta dans la Cadillac, l’amena à l’entrée, descendit, ouvrit la porte, remonta dans le véhicule et le sortit du hangar.
— Attends-moi dans la voiture, dit-il à Bang-Bang.
Le petit Sicilien s’installa dans la Cadillac et se mit à caresser les caisses de whisky.
Heller retourna dans le garage, referma la porte. Il récupéra la cuillère et fixa le gros hameçon au-dessus du gond supérieur de la porte, dans l’angle de l’encadrement.
Il passa le fil autour d’un clou dans le mur, puis il le déroula jusqu’à la Buick. Il s’assura que le fil était parfaitement tendu et, avec des gestes précautionneux, il l’attacha à la détente du revolver armé.
Ensuite il fit quelque chose de très bizarre. Il prit deux feuilles de papier vierges et les déposa sur le siège avant de la Buick.
Il explora le garage et trouva une grosse barre de fer.
Partant de la Buick, il remonta l’allée centrale en courant, tout en donnant des coups de barre dans les piles de cartons – gauche, droite, gauche, droite. Derrière lui, j’entendais le fracas des bouteilles qui se brisaient ainsi que le gargouillement du whisky que se répandait sur le sol.
Heller sortit par la fenêtre, la referma de façon qu’on ne devine pas qu’elle avait été ouverte et remit le loquet bien comme il faut.
Il monta dans la Cadillac.
— T’as installé un piège, hein ? demanda Bang-Bang.
Heller ne répondit pas.
Il démarra et s’arrêta à la sixième intersection, devant une échoppe à hamburgers et une cabine téléphonique. Il descendit et entra dans la cabine. Il sortit une poignée de pièces de sa poche, ainsi qu’une carte de visite.
Flooze et Plank !
Il introduisit plusieurs pièces et composa le numéro.
Une standardiste décrocha et débita le numéro qu’il venait de faire.
— Je dois absolument parler à Mr Trapp, dit Heller d’une voix haut perchée.
— Je suis désolée, répondit la standardiste. Mr Trapp est parti rejoindre Mr Rockecenter à Moscou ce matin. A QUI ai-je l’honneur ?
Heller raccrocha et dit « Nom d’un léprodonte ! » en voltarien.
Bang-Bang était devant la cabine.
— On dirait que le ciel vient de te tomber sur la tête, dit-il.
— Ça, tu peux le dire ! Un gars avait fait un marché avec moi. Il l’a rompu par deux fois. Il n’a aucun sens de l’honneur, pas la moindre parcelle d’honnêteté ! Sa parole ne vaut rien.
— C’était pour lui le piège que t’as installé.
— Oui. Je voulais lui dire qu’on avait oublié certains papiers dans la voiture. Il aurait sauté dans son aircar et rappliqué ici à la vitesse de la lumière. (Il poussa un soupir.) Eh bien, je crois qu’il ne me reste plus qu’à retourner là-bas et à défaire le piège.