Выбрать главу

— Pourquoi ?

— Une personne innocente pourrait entrer par mégarde et se faire tuer.

Bang-Bang le regardait avec des yeux ronds.

— Qu’est-ce que ça peut faire ? demanda-t-il.

J’étais tout à fait d’accord avec lui. Ah, Heller et ses scrupules… Il avait le cœur beaucoup trop tendre. J’adressai un ricanement de mépris à l’écran.

— Je ne passe pas mon temps à tuer des gens, tu sais, dit Heller. Nous ne sommes pas en guerre !

Transgression du Code ! Dans une seconde, il allait raconter à ce gangster que la Terre risquait d’être envahie.

— Comment ça, on n’est pas en guerre ! C’est la guerre ouverte ! Faustino nous a pris à la gorge. On va quand même pas gâcher un piège.

— Tu veux dire par là que nous devrions appeler Faustino.

— Non, non, non. Jamais il ne traversera le fleuve pour venir ici. Mais j’ai un candidat ! Un mec qui a retourné sa veste !

— Quelqu’un qui n’a pas d’honneur ? Quelqu’un qui a trahi ?

— Tu l’as dit ! J’ai en tête quelqu’un qui mérite largement la mort ! Un sale petit escroc alcoolo qui nous a doublés !

— Tu es sûr ?

— Évidemment que je suis sûr ! Il n’y a pas d’ivrogne plus tordu et plus malhonnête sur toute la planète.

— Ah, un « ivrogne ». Comment s’appelle-t-il ?

— Oozopopolis !

Heller haussa les épaules. Bang-Bang prit cela pour un assentiment. Il retourna à la voiture, saisit son sac et se précipita dans la cabine. Il la ferma.

Heller observa Bang-Bang à travers la porte vitrée. Le petit Sicilien enroula un mouchoir autour du microphone, sortit un gant de caoutchouc de son sac et le plaça sur le mouchoir. Ensuite il sortit un petit magnétophone et il le mit en marche. Le son filtra faiblement à travers la paroi de la cabine : un enregistrement d’avions qui décollaient.

Au moins, Bang-Bang agissait en pro. Primo, il rendait sa voix méconnaissable et secundo, il faisait croire à son correspondant qu’il appelait d’un aéroport.

Bang-Bang parla brièvement et raccrocha. Oui, c’était un pro. Son coup de fil avait été trop court pour qu’on puisse le localiser.

Il prit son sac et le ramena dans la voiture.

— Qu’est-ce que tu dirais d’un hamburger ? demanda-t-il.

Heller déclina son offre en secouant la tête. Bang-Bang se rua dans l’échoppe et la serveuse mit nonchalamment la viande à griller.

Je sentis mes doigts de pied se recourber ! Pro, mon œil ! Après un coup de fil comme celui-là, on ne reste pas à côté de la cabine !

Sur mon deuxième écran, je passai rapidement en revue leurs dernières actions. La voiture qu’ils avaient laissée dans le garage était d’une autre marque. Et son moteur avait un numéro ! Si elle explosait, personne ne serait dupe !

Heller était peut-être un pro pour ce qui était de s’introduire dans des forteresses et de les faire sauter, mais dans l’a b c du métier d’ingénieur de combat, il était bien précisé qu’on quittait immédiatement la planète ennemie et qu’on retournait à la fusée qui vous attendait dans l’espace.

Heller et Bang-Bang étaient d’épouvantables amateurs !

Le garage était en pleine vue, six pâtés de maisons plus loin !

— Il va y avoir une grosse secousse, dit Heller.

Il monta dans la Cadillac et la tourna dans l’autre sens, afin qu’elle encaisse mieux l’onde de choc-qui suivrait la déflagration.

Bang-Bang sortit de l’échoppe avec un hamburger et une bière.

— T’es sûr que t’en veux pas un ? demanda-t-il.

Heller secoua à nouveau la tête. Bang-Bang s’installa à côté de lui et se mit à manger.

— Il a gobé mon histoire, dit Bang-Bang. Je lui ai parlé en grec – j’ai passé mon enfance à Hell’s Kitchen, qui a fini par devenir le quartier grec. Autrement, il ne m’aurait pas cru.

— Comment s’appelle-t-il déjà ?

— Oozopopolis. Il y a un an environ, il n’a plus voulu de nos dessous-de-table, il a retourné sa veste et il a pris ses pots-de-vin chez Faustino. Depuis, il arrête pas de nous harceler. (Il mordit dans son hamburger.) Je lui ai dit qu’on avait vu deux gars de la pègre d’Atlantic City entrer dans le garage, qu’ils avaient refermé la porte et qu’ils étaient en train de piquer tout le stock de whisky de Faustino – valait mieux pas mêler le nom de Corleone à cette histoire. Il a pas marché, il a couru !

Bang-Bang finit son hamburger et le fit descendre avec la bière. Puis, pour passer le temps, il donna à Heller un petit cours sur la politique de la pègre.

Quelque temps après, trois voitures arrivèrent en rugissant et passèrent à toute allure devant la Cadillac. Tous les sièges étaient occupés.

— Des hommes du gouvernement. Facilement reconnaissables. Surtout à la façon dont ils tiennent ces fusils à pompe. T’as vu ? Y avait Oozopopolis. C’était le gros porc assis à l’avant de la deuxième voiture.

Les trois véhicules s’arrêtèrent en dérapant devant le garage – le garage qui n’était plus qu’une bombe à retardement à base de plastic et de vapeurs d’alcool.

Les hommes sortirent des voitures, le fusil à la main, prêts à faire feu. Je perçus une voix, à peine audible avec la distance :

— Sortez de là ! Vous êtes cernés !

Un personnage gras et bedonnant se rua en avant et frappa la porte du plat du pied.

Il y eut un éclair aveuglant !

Une flamme bleue et rouge jaillit dans la rue !

Une boule de feu se forma au-dessus du bâtiment !

L’onde de choc et l’onde de son vinrent frapper la Cadillac ! Elle recula puis se mit à tanguer !

A travers la fumée et la pluie de débris, on pouvait apercevoir les cadavres éparpillés des hommes.

Heller démarra et fit demi-tour.

— C’était qui, ce Oozopopolis ? demanda-t-il.

— Le chef de la BAFT pour le New Jersey. Bureau des Alcools, des Armes à Feu et des Tabacs. C’est un département du ministère des Finances. Les impôts, quoi. Les sales traîtres. Non seulement Oozopopolis est passé à l’ennemi, mais c’est lui qui a planqué la mitraillette dans ma piaule et qui m’a envoyé au trou. (Un large sourire fendait le visage de Bang-Bang.) Madone ! C’est Babe qui va être contente ! Non seulement on vient de faire perdre deux millions de dollars à Faustino, mais on s’est aussi débarrassés des fédéraux ! Il était temps que Babe ait un peu de répit, je peux te le dire !

Ils croisèrent bientôt les voitures de pompiers qui fonçaient vers le sinistre dont les flammes s’élevaient maintenant haut dans le ciel.

Dix-septième partie

1

Heller se dirigeait vers le nord.

Il tapota le rebord du pare-brise et dit :

— Eh bien, ma vieille Cadillac Brougham Coupé d’Elegance dont le moteur fonctionne aux produits chimiques, on t’a sortie de là saine et sauve.

J’émis un reniflement de mépris. Les officiers de la Flotte et leurs jouets… Fétichisme !

— Hé, môme ! fit Bang-Bang. Je voudrais pas jouer les rabat-joie en cet instant de gloire, mais je tiens à te faire remarquer que tu conduis avec des plaques d’immatriculation volées, ce qui est illégal !

— J’ai d’autres plaques, avec la carte grise et tout le reste.

— Tu les tiens d’où ?

— De ce gars que j’ai essayé d’appeler.

— Celui que tu voulais flinguer ?… Ecoute, môme. T’as encore beaucoup de choses à apprendre. Les poulets, ça fonctionne exclusivement avec les plaques minéralogiques. Sans ces numéros, ils seraient incapables de localiser qui que ce soit. Ils seraient perdus. Tout leur système est fondé sur ces plaques. Aussi, si t’as du fric, je te conseille de t’acheter une autre voiture. Je connais un gars…