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— Non, je veux celle-ci.

— Mais c’est un gouffre à essence.

— Je sais. Exactement ce qu’il me faut.

— Très bien, dit Bang-Bang avec un soupir. Je connais un autre gars qui peut changer le numéro du moteur et te procurer un nouveau permis. J’ai une dette envers toi. Je veux pas que tu te fasses pincer ! Prends la prochaine à gauche, Tonnelle Avenue. On va à Newark !

Peu après, ils roulaient au milieu des poids lourds rugissants et de la fumée des pots d’échappement. Bang-Bang indiqua le chemin à Heller et ils arrivèrent bientôt à Newark. Ils remontèrent plusieurs rues affreusement polluées du quartier industriel et parvinrent au Flash Class Garage. Heller engagea la Cadillac dans le garage et zigzagua entre d’innombrables voitures qui étaient à divers stades de réparation ou de peinture.

Bang-Bang bondit hors du véhicule et revint avec un Italien corpulent portant un blouson blanc couvert de taches de graisse. Heller sortit de la Cadillac.

— Môme, dit Bang-Bang, voici Mike Mutazione, le propriétaire, le patron et la grande gueule de cette taule. Je lui ai dit que tu étais un ami de la famille. Alors explique-lui ce qu’il te faut.

Heller et Mike échangèrent une poignée de main.

— Peut-être qu’il vaudrait mieux que ce soit lui qui me le dise, répliqua Heller.

Mike examina la Cadillac.

— Ma foi, dit-il, la première chose que je ferais avec cette bagnole, c’est de l’envoyer dans le fleuve.

— Ah non ! s’exclama Heller. C’est une bonne voiture !

— C’est un gouffre, rétorqua Mike. Une Cadillac de 1968 consomme au minimum trente litres aux cent.

— C’est justement ça que j’aime bien chez elle.

— Dis-moi, il aurait pas une case de vide, ce gamin ? demanda Mike à Bang-Bang.

— Non, non ! C’est un étudiant.

— Ah. Ça explique tout, fit Mike.

Bang-Bang déchira l’un des cartons à l’intérieur de la Cadillac et sortit une bouteille de scotch.

— C’est quoi ? demanda Mike. Du golden label ?… C’est la première fois que j’en vois.

Bang-Bang dévissa le bouchon. __

— C’est tellement bon que les Écossais se le gardent pour eux tout seuls, dit-il. Tiens, goûte.

— T’es sûr que c’est pas du poison, hein ? (Avec précaution, il prit une minuscule gorgée qu’il fit rouler sur sa langue.) Bon Dieu, c’est du velours ! J’ai jamais rien bu de pareil !

— Ça vient d’arriver par le bateau. On t’en a apporté une caisse entière.

— Eh bien, dit Mike, comme je le disais, môme, jetons un coup d’œil à cette superbe voiture.

Tout en serrant plus fort la bouteille, Mike ouvrit le capot de sa main libre. Il sortit une lampe de poche qu’il promena sur le bloc-moteur. Puis il secoua la tête tristement et dit :

— J’ai de mauvaises nouvelles, môme. Ce numéro de moteur a été changé trop souvent. La dernière fois qu’on l’a changé, on l’a incrusté trop profondément. Impossible de le modifier une nouvelle fois. (Il regardait Heller.) Allez, fais pas cette tête-là, môme ! Tu dois avoir des liens sentimentaux avec cette voiture, hein ? Peut-être la première que t’as volée, ou quelque chose comme ça ?

Il prit une nouvelle gorgée de whisky, s’appuya contre le radiateur et se mit à réfléchir. Brusquement son visage s’éclaira.

— Hé, je viens juste de me rappeler. On peut acheter des moteurs neufs pour ce modèle 68. La General Motors en a encore un stock. T’as de l’argent ?

— J’ai de l’argent, dit Heller.

— Je vais vérifier, dit Mike.

Il entra dans son bureau et décrocha le téléphone. Lorsqu’il revint, il rayonnait.

— Ils en ont toujours ! T’es pressé ou tu peux attendre quelques semaines ?

— Je ne suis pas pressé. Ça cadrera parfaitement avec mes projets.

Je n’y comprenais plus rien, tout à coup. J’avais été tellement convaincu qu’il voulait simplement sa voiture pour faire du stock-car dans les rues de New York, tellement persuadé qu’il faisait une fixation sur les jouets – comme tout officier de la Flotte – qu’il ne m’était pas venu à l’esprit qu’il préparait peut-être quelque complot diabolique. Rapidement, je passai en revue dans ma tête tout ce qu’il avait fait depuis son arrivée en Amérique. Il ne musardait pas comme je l’avais cru ! Il travaillait ! Ce (bip) s’était jeté à corps perdu dans sa mission ! Il me vint alors une pensée aussi hideuse que le spectre de Lombar : et si Heller réussissait !

Par tous les Diables, qu’est-ce qu’il mijotait ?

— Très bien, dit Mike, mais qu’est-ce que tu veux vraiment avec cette voture ? Faire de la vitesse ? Si c’est ça que tu veux, je peux mettre des pistons en alliage d’aluminium dans le nouveau moteur : ils refroidissent plus vite. Comme ça, le moteur a moins de chances de cramer et il sera beaucoup plus nerveux.

— Est-ce que ça augmentera la consommation d’essence ou est-ce que ça la diminuera ? demanda Heller.

— Oh, ça l’augmentera probablement.

— Excellent. Mettez les pistons en alu.

— Très bien. Je pourrais aussi installer un carburateur spécial.

— Excellent.

— Mais si elle doit rouler plus vite, il serait préférable de lui donner un nouveau radiateur et peut-être même un radiateur à huile pour éviter la surchauffe.

— Excellent.

— Il faudra sans doute remplacer certaines pièces usées, comme les fusées d’essieu.

— Excellent.

— Il vaut mieux prévoir des pneus neufs. Des pneus de course qui n’exploseront pas si tu fais du deux cent vingt.

— Excellent.

— Des roues plus légères avec du magnésium ?

— Est-ce qu’elles changeront l’apparence de la voiture ?

— Affirmatif. Elle aura l’air beaucoup plus moderne.

— Non.

Mike venait d’essuyer son premier « non ». Il recula de quelques pas et but un peu de whisky en réfléchissant rapidement.

— Ce ne serait pas une camionnette de chez Corleone ? l’interrompit Bang-Bang en désignant une Ford noire dont la peinture venait d’être refaite.

— Prête à rouler, dit Mike.

— Je vais repartir avec, annonça Bang-Bang.

Et il se dirigea vers la Cadillac et commença à décharger les cartons de whisky pour les transférer dans la camionnette.

Mike, apparemment requinqué par cet intermède, retourna au combat. Il tapota la carrosserie.

— Ya quelques poques qui ont besoin d’être redressées. Il faudrait passer la carrosserie au papier de verre et remettre une couche de peinture neuve. Hé ! Tu sais quoi, môme ? On a de la peinture pour Cadillac, de la peinture d’époque ! On ne s’en sert jamais parce qu’elle est trop voyante ! Je vais te chercher un échantillon.

Il se rua vers son bureau et revint avec une carte-spécimen.

— Voilà. On appelle cette couleur « Flamme Écarlate ». La voiture brille même dans le noir ! Y a pas plus tape-à-l’œil !

— Excellent, fit Heller.

Je n’y comprenais rien. Au départ, il avait pris une voiture grise pour passer inaperçu. Et voilà qu’il choisissait une couleur qui faisait pratiquement griller mon écran ! Qu’est-ce qu’il fabriquait ?

Mike se pencha sur le siège avant et tira sur l’étoffe.

— Le revêtement des sièges est mort. Les rideaux aussi. Or, il se trouve qu’on a acheté des housses qu’on n’a jamais utilisées. « Léopard des Neiges », ça s’appelle. Blanc avec des taches noires. Éblouissant ! Avec la carrosserie rouge vif, les sièges ressortiront un max ! Et l’étoffe est tellement épaisse qu’on pourra même s’en servir pour tapisser le sol de la voiture.