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Heller se pencha en avant et éteignit le poste. Il tourna la tête vers la gauche. Une fille superbe au corps gracieux était assise sur la table basse ! Elle avait la peau jaune clair. Elle était pratiquement nue ! Sur ses épaules, il y avait juste un grand foulard transparent au travers duquel on voyait très nettement ses seins.

Où était passée Minette ?

Et qu’est-ce que cette fille fabriquait là ?

Elle riait et ses jolies dents scintillaient comme des perles.

— Tu peux le croire sur parole, mon chéri. Évite le New Jersey. Viens plutôt te blottir ici.

Et elle fit frémir ses seins avec un mouvement sensuel du buste.

Puis elle plongea une fourchette dans une énorme salade mixte servie dans une coupe de cristal. Elle effleura la bouchée de ses lèvres et, avec une attitude aguicheuse, la présenta à Heller.

— Quand tu auras fini de manger, beau gosse, est-ce que ça te dirait que je te montre comment on fait ça à Harlem ?

Elle se mit à rire. C’était un rire grave, provocant. J’étais au supplice ! Et puis, soudain, ses yeux se mirent à briller.

— En fait, dit-elle, je pense que tu as assez mangé.

Elle posa la fourchette et se leva.

Oui ! A part le foulard, elle ne portait rien !

Elle étendit la main…

L’interférence revint !

J’ai laissé échapper un gémissement et j’ai attendu que l’image revienne.

Elle n’est pas revenue.

Après deux ou trois minutes d’attente, je suis retourné dans ma chambre et je me suis allongé sur mon lit. J’étais dans tous mes états.

C’était plus qu’un homme normalement constitué pouvait endurer !

Après un temps, j’ai réussi à maîtriser mon vertige et les émotions qui m’agitaient.

Une chose était sûre : il y avait une interférence. Une interférence sporadique.

A l’heure qu’il était, Heller avait probablement défait ses bagages et rangé ses affaires dans les innombrables placards et armoires de sa suite. Avec de la patience, beaucoup de patience, je finirais bien par découvrir l’endroit exact où il avait dissimulé la plaque.

J’étais décidé à mener mon plan à bien, quoi qu’il arrive !

4

Mon écran cessa de bourdonner dans la pièce voisine. Mû par une espèce de fascination morbide, je regagnai en chancelant mon poste d’observation.

J’arrivai juste au moment où Heller sortait de l’ascenseur et pénétrait dans le vestibule.

J’ai regardé ma montre. Non, impossible, elle avait dû tomber en panne. Certes, la conversion du temps et les fuseaux horaires n’avaient jamais été mon fort, mais il n’était pas possible que je me trompe à ce point. Ça faisait à peine dix minutes que j’avais vu cette beauté jaune se lever avec une attitude plus qu’engageante. Et voilà qu’Heller se trouvait dans le hall.

Voyons voir. Il lui avait sans doute fallu quelques minutes pour s’habiller et une minute peut-être pour descendre par l’ascenseur…

Hum, disons qu’Heller était drôlement rapide.

On était en début de soirée à New York. Le hall était plutôt bondé – des hommes de toutes les races et de tous les pays et qui portaient, pour la plupart, le traditionnel costume trois pièces occidental. Des hommes à l’allure prospère et bon enfant qui venaient de régions désertiques, de villages sur pilotis ou de contrées montagneuses, et qui étaient à New York pour prendre du bon temps. Bref, la faune habituelle de diplomates des Nations unies. Plusieurs d’entre eux étaient amassés devant le comptoir de la réception pour prendre rendez-vous avec telle ou telle fille. D’autres étaient assis à l’écart et attendaient qu’on appelle leur numéro. Certains faisaient les cent pas, sans doute histoire de se stimuler les glandes.

Soudain je compris : Heller était descendu pour s’acquitter de son job d’« épouvantail ». Je vis dans une glace qu’il n’avait pas encore ses nouveaux habits et qu’il portait son costume bleu. Au moins, il avait eu le bon goût de ne pas coiffer sa casquette de base-ball rouge. Mais lorsqu’il se mit à marcher sur les dalles du hall, je sus qu’il portait toujours ses maudites chaussures à pointes.

Il s’assit dans un fauteuil d’où il pouvait voir à la fois l’entrée du Gracious Palms et la porte du bureau de Vantagio. L’instant d’après, un domestique franchit le seuil. Il portait une pile de journaux et de magazines. Il se dirigea droit sur Heller et lui remit la pile. Heller lui donna un billet de vingt dollars et agita la main pour lui signifier qu’il pouvait garder la monnaie.

Hé ! Attendez un peu ! Heller avait dû commander les journaux depuis sa suite ! Donc, si on soustrayait le temps que ça lui avait pris des dix minutes qui s’étaient écoulées… Que diable s’était-il réellement passé avec cette superbe fille à peau jaune ?

Heller se mit à lire, tout en jetant un coup d’œil de temps à autre sur l’entrée et sur la porte du bureau de Vantagio. Aha ! J’allais pouvoir me faire une idée de ses plans en analysant ce qu’il lisait.

Des revues de courses automobiles !

Il les feuilleta rapidement, mais je le connaissais bien : en réalité, il lisait chaque page. Sournois, va… Par bonheur, j’avais eu le temps de me familiariser avec ses habitudes. Quand quelque chose l’intéressait vraiment, il s’arrêtait de feuilleter, regardait fixement la page et se mettait à réfléchir.

Il s’arrêta de feuilleter.

Sur la page, il y avait une photo d’une vieille Pontiac et un article intitulé : Du trou noir à la gloire.

Mais oui, bien sûr ! Heller, le fou de vitesse. Heller, l’obsédé du chrono. Heller, un cas flagrant de velocis dementia à son stade le plus avancé !

Mais attendez une seconde… Ses yeux étaient rivés sur un chiffre qui apparaissait dans la dernière phrase de l’article :

Nous avons réussi à financer toute la saison de stock-cars avec 225 000 malheureux dollars ET à payer toutes les factures. Un exploit exceptionnel s’il en est !

Son regard revenait sans cesse sur ces « 225 000 malheureux dollars ».

Pendant un instant, il observa la foule des délégués. Une toute petite foule puisque l’ONU ne siégeait pas. L’un des gardes en smoking s’approcha discrètement d’Heller et, du coin de la bouche, murmura :

— Fais gaffe au délégué en second du Maysabongo. Il vient d’arriver. C’est celui avec la cape et le haut-de-forme. Dans sa manche, il cache un kriss. La lame fait au moins cinquante centimètres de long. De temps en temps, il perd la boule.

Le garde s’éloigna.

Heller bâilla – un signe évident de tension. Il ouvrit le Wall Street Journal et se mit à le feuilleter. Il s’arrêta à la page des petites annonces immobilières et se mit à lire attentivement les annonces pour les propriétés « extramuros », c’est-à-dire celles qui se trouvent tout à fait à l’extérieur de New York et de sa banlieue. Il y avait des propriétés à vendre dans le Buckinghamshire, en Pennsylvanie, dans le Vermont et dans différents comtés du Connecticut. Des maisons de campagne idéales pour cadres supérieurs. L’une des propriétés retint son attention.

QUE DIRIEZ-VOUS DE POSSÉDER VOTRE DOMAINE FÉODAL ?

DEVENEZ SEIGNEUR DE VOTRE FIEF VASTE TERRAIN A SAISIR POUR RIEN OU PRESQUE DEUX HECTARES VIERGES DE TOUTE CONSTRUCTION DANS LA CONTRÉE SAUVAGE DU CONNECTICUT POUR SEULEMENT 300 000 DOLLARS !