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Il referma la mallette. Sur le dessus, en lettres énormes, on pouvait lire :

JETTERO HELLER CORPS DES INGÉNIEURS DE COMBAT DE LA FLOTTE

Bon, c’était imprimé en lettres voltariennes, mais ça voulait bien dire ce que ça voulait dire !

Il jeta la mallette sur le canapé et elle atterrit face en l’air !

Il se rendit dans la salle de bains, ôta ses chaussures de base-ball, son survêtement, et entra dans la douche à massage.

Il tourna le robinet et un puissant jet d’eau fouetta son corps avec un fracas assourdissant. Néanmoins, je perçus un autre bruit dans la salle de bains : quelqu’un qui faisait claquer les portes des placards.

Tout ce que la dénommée Martha avait à faire, c’était de remarquer l’inscription sur la mallette et de dire : « Hé ! C’est quoi, ces lettres bizarres ? On dirait que ça ne vient pas de cette planète », et Heller était bon pour le peloton d’exécution !

La porte de la douche s’ouvrit. Une main apparut, tenant un morceau de savon. Puis un bras… Martha ! Elle ne portait plus son survêtement. Elle dit :

— Laisse-moi te laver le dos, chéri, avant que nous ne…

L’interférence revint !

J’émis un long chapelet de jurons. Sur l’écran, il n’y avait plus que des stries et des éclairs et, à la place du son, on n’entendait plus qu’un vrombissement infernal. Comment allais-je pouvoir découvrir où il cachait ses affaires ? Si ça continuait comme ça, jamais je ne mettrais la main sur cette satanée plaque et jamais je ne réussirais à coincer Heller. Les minutes passèrent, interminables.

Une demi-heure s’était écoulée lorsque, brusquement, l’image revint !

Heller était assis sur le divan, sirotant une tasse de café. Il était seul. Quelqu’un frappa à la porte.

Une armée de tailleurs déferla dans la pièce !

Ils se mirent aussitôt à sortir des échantillons d’étoffes fines, de soies, d’angora, de tweed, de laine, de coton, et les firent défiler sous le nez d’Heller.

Leur boss obtint la permission de s’asseoir à côté d’Heller. Il constata qu’il avait posé son derrière sur quelque chose, se leva et ramena devant lui la mallette à outils. Tout ce qu’il avait à faire, c’était d’examiner l’inscription et de sortir quelques-uns des outils, et il saurait immédiatement qu’il s’adressait à un extraterrestre !

— Mon jeune monsieur, commença-t-il sans préambule, nous vous avons apporté un costume jetable afin que vous ayez quelque chose à mettre aujourd’hui. Mais il va falloir vous choisir une garde-robe complète pour l’université et pour votre vie mondaine. Maintenant, il se trouve que la mode, cet automne, sera très légèrement débraillée. Élégante mais débraillée. Dans ce catalogue d’Ives Saint-Gilles, vous pouvez voir que le col…

C’était écœurant. Qu’est-ce qu’on en avait à faire de tous ces styles et de la largeur de pantalon actuellement à la mode ? Néanmoins je vis une gabardine qui me plaisait bien, avec des épaulettes et une poche revolver. Elle ressemblait beaucoup à celle que portait Humphrey Bogart dans ses films. Mais tout le reste… Pouah !

Soudain, je compris pourquoi tout ce cirque m’horripilait. Ce n’était pas à cause des modèles présentés. C’était à cause du tailleur. Un pédé. S’il y a une chose que je ne supporte pas, ce sont les pédés !

— Auriez-vous l’amabilité de vous lever, jeune homme ?

Il s’accroupit devant Heller et entreprit de lui mesurer les jambes. Il paraissait avoir des problèmes avec son ruban, car il n’arrêtait pas de le tendre et de le retendre.

— Hihi, gloussa-t-il. Vous êtes vraiment bien bâti !

— Qu’est-ce qu’il y a ? fit Heller. J’ai les hanches trop étroites ?

— Oh, non, mon jeune monsieur. Ce n’était pas des hanches que je parlais.

L’interférence réapparut !

C’en était trop !

Je me levai. On me persécutait, on m’en voulait personnellement. Puis je réalisai que ce n’était rien à côté de ce qui m’attendait si je ne récupérais pas cette maudite plaque.

Quelqu’un frappa à la porte du tunnel. Je m’y rendis sans attendre et vis que quelqu’un venait de glisser dans la fente un nouveau message de Raht et Terb. Je le saisis et lus :

Nous surveillons l’océan nuit et jour, au cas où il referait surface.

Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase !

Je me ruai hors de la maison et me mis à faire les cent pas dans le jardin. J’étais dans tous mes états.

Et ce (bip) de canari qui me cassait les oreilles ! Qui sifflait et pépiait gaiement dans son arbre ! Il faisait partie du complot !

Je rentrai et pris un fusil à douze coups que je chargeai. Je ressortis et aperçus une petite tache jaune sur un rameau.

J’épaulai et vidai le chargeur !

Les détonations furent assourdissantes.

Dans le tronc de l’arbre, il y avait à présent un trou gigantesque.

Une plume flotta lentement jusqu’au sol dans le profond silence.

Je me sentais beaucoup, beaucoup mieux.

Une voiture de patrouille déboula dans un crissement de pneus. Je me mis à rire et lui fis signe de s’en aller.

— Oui, je me sentais nettement mieux. J’étais enfin capable de réfléchir. Je m’assis sur un banc.

Qu’est-ce que j’avais appris aujourd’hui ? Pas grand-chose. Ah, si ! J’avais appris quelque chose de vital. La fille n’avait pas remarqué qu’elle tenait entre les mains un filin de sécurité voltarien. Ensuite, le tailleur s’était assis sur une mallette à outils avec une inscription en voltarien et il l’avait simplement posée de côté. Les gens de l’entourage d’Heller n’avaient aucun sens de l’observation ! Peut-être en serait-il autrement lorsqu’il irait à l’université. Mais, pour le moment, il était indéniable que personne, au Gracious Palms, ne remarquerait jamais quoi que ce soit !

Je rentrai, m’assis à mon bureau et rédigeai un message féroce à l’intention de notre bureau new-yorkais :

Raht et Terb sont quelque part à New York. Trouvez-les et dites-leur de rappliquer au bureau. Si cet ordre n’est pas exécuté sur-le-champ, c’est tout le personnel du bureau qui le sera.

Sultan Bey.

Lorsqu’ils se présenteraient au bureau new-yorkais, je leur transmettrais l’ordre de se procurer les plans complets du Gracious Palms et de trouver le moyen de s’y introduire.

Je serais alors en mesure de régler le problème une fois pour toutes. Et d’échapper à la dépression nerveuse qui menaçait de me terrasser.

J’ai appelé un messager afin qu’il fasse immédiatement parvenir mon ordre. Puis je suis allé me chercher un pichet de sira avant de regagner ma pièce secrète.

Je me suis installé devant le visionneur. L’interférence avait cessé.

Heller était dans l’ascenseur.

6

Je vis dans l’une des glaces de l’ascenseur qu’il avait mis son nouveau costume « jetable ». C’était un ensemble d’été bleu ciel qui, pour une fois, lui allait, mais dont les poches, bourrées à craquer, semblaient sur le point d’éclater. Il portait une chemise bleue avec un col large qui recouvrait en partie les revers de son veston. C’était sans doute le « look débraillé ». Ainsi vêtu, Heller faisait vraiment très, très jeune. Cependant l’effet qu’avait voulu créer le tailleur était complètement gâché par la sempiternelle casquette de base-ball rouge dont Heller avait cru bon de s’affubler. Et lorsqu’il traversa le hall, je pus entendre qu’il portait toujours ses chaussures à pointes ! Il était peut-être bien mis de sa personne et certains le trouvaient sans doute très beau garçon, mais il était toujours aussi nul en espionnage ! Un espion, ça doit se fondre dans le paysage. Je savais pourquoi il portait sa casquette de base-ball : il estimait qu’il travaillait. Quant aux souliers à pointes, c’était juste parce qu’il n’avait pas trouvé de chaussures qui lui allaient. Quel idiot !