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A en juger par la vitesse de défilement du paysage, il faisait à peine du quarante à l’heure.

Bien entendu, j’étais tout de même quelque peu intrigué par cette soudaine manifestation de haine. Pourquoi en voulait-il tant à un anarchiste ? Ou bien craignait-il que les agents de l’IRS, confrontés à un fou furieux aux pouvoirs surhumains, ne courent un grave danger ? Peut-être que son séjour au FBI l’avait incité à changer de camp et à travailler pour le gouvernement américain ? Je sais que, à sa place, j’aurais essayé d’obtenir l’asile politique.

Il s’engagea dans la 125e Rue sans relâcher son allure, cherchant du regard le numéro de l’immeuble. Il n’eut aucun mal à le trouver : trois voitures officielles étaient garées devant en triple file. Elles étaient vides.

Heller inspecta la façade de l’édifice. Le numéro était à peine lisible. C’était un de ces immeubles à l’abandon dont New York est truffé. L’impôt sur la propriété est exorbitant et les locataires cassent tout. Si le propriétaire a le malheur de rénover le bâtiment, l’impôt augmente et les locataires s’empressent de tout redémolir. Résultat : les propriétaires laissent pourrir leurs immeubles. Celui-ci était dans un tel état de délabrement qu’il n’y avait plus rien à détruire. De toute évidence, il fallait être complètement fêlé pour vivre dans un endroit pareil. On aurait dit que l’entrée avait subi plusieurs bombardements successifs.

Heller contourna un tas de débris et entra. Il se figea. Des bruits !… En provenance du deuxième étage… Des coups de marteau et des craquements – comme si on arrachait des lattes de bois.

Il monta l’escalier – ou du moins ce qu’il en restait.

Un agent du gouvernement se tenait devant une porte. Il se curait les dents. Heller se dirigea vers lui et dit :

— Je cherche un dénommé Israël Epstein.

— Ah ouais ? fit-il. On n’a pas de mandat d’arrêt contre lui pour le moment, donc vous ne pouvez pas encore être inculpé de complicité. Mais dès que mes collègues auront fini d’installer les « preuves » dans son appart’, on pourra lui lancer la police aux fesses.

— Où est-il ? demanda Heller.

— Oh lui !… On l’a laissé s’échapper pour qu’il y ait délit de fuite. Comme ça, on aura au moins une raison de le condamner si jamais aucune charge n’est retenue contre lui.

— Où est-il allé ?

— Oh, il a dévalé la 125e Rue, s’esclaffa l’agent de l’IRS en pointant vers l’ouest. Il a dit qu’il allait se jeter dans l’Hudson et se noyer.

Heller voulut faire demi-tour en direction de l’escalier. Il se retrouva nez à nez avec deux agents de l’IRS bâtis comme des armoires à glace. Ils tenaient un revolver.

— Pauvre crétin, lâcha l’homme au cure-dents. (Il se tourna vers l’appartement et cria :) Hé, McGuire ! On tient un de ses copains !

Les deux agents donnèrent une bourrade à Heller avec leur arme et le poussèrent brutalement à l’intérieur.

L’appartement avait sans doute été dans un état de délabrement avancé mais à présent, c’était carrément une zone sinistrée. Il avait été réduit en miettes !

Une dizaine d’agents de l’IRS arrachaient le plancher avec des pieds-de-biche et défonçaient les meubles à coups de marteau.

Une espèce d’orang-outang massif et hideux sorti tout droit d’un film d’horreur se tenait au milieu de la pièce, les mains sur les hanches. Il fixait Heller d’un œil mauvais.

— Un complice, hein ? aboya-t-il. Assieds-toi sur cette chaise !

Il n’en restait pas grand-chose, mais Heller réussit tant bien que mal à s’installer dessus.

— Dis MONSIEUR quand on te parle ! rugit McGuire.

— Monsieur ?… dit Heller, surpris. Vous appartenez à la noblesse ou quoi ?

— On est autrement plus importants que ça, môme. On est des agents de l’Internal Revenue Service. Le fisc ! C’est nous qui dirigeons ce pays – mets-toi bien ça dans ta p’tite tête !

— Monsieur ?

— Bon, où sont les livres de comptes que toi et Epstein vous avez falsifiés ? cria McGuire.

— Monsieur ?

— Nous savons très bien que vous avez en votre possession des exemplaires des manuels de l’IRS. Ceux qui contiennent toutes les lois fiscales. Où les avez-vous planqués ?

— Monsieur ?

— Est-ce que tu te rends compte que s’ils atterrissaient entre les mains du public, nous serions ruinés ? Est-ce que tu réalises que vous avez commis un crime de haute trahison ? Tu sais quelle est la sentence pour un crime de haute trahison ? La mort ! C’est écrit noir sur blanc dans la Constitution !

— Monsieur ?

— Ça m’étonnerait qu’il parle, dit un autre agent.

— Occupe-toi de tes oignons, Malone, rétorqua McGuire d’un ton cassant.

— Les manuels ne sont pas ici, annonça un deuxième agent.

— Tais-toi, O’Brien ! beugla McGuire. C’est moi qui commande. J’ai ici un suspect dont la culpabilité est inscrite en grosses lettres rouges sur son front. Je dois lui lire ses droits. Maintenant écoute bien, môme. Chaque fois que l’IRS te dit de déclarer sous serment que telle ou telle chose est vraie, tu dois immédiatement obéir. Chaque fois que l’IRS te dit de signer tel ou tel papier, tu dois le signer. Si tu refuses, tu seras accusé de complicité de conspiration avec les conspirateurs, peu importe leur race, leur couleur de peau ou leur religion… ou la tienne.

Il agita un morceau de papier devant le nez d’Heller.

— C’est quoi ? demanda celui-ci.

— Conformément à la Loi Miranda, clama McGuire, le prisonnier doit être informé de ses droits. Je viens de t’informer de tes droits. L’IRS est un organisme qui est toujours dans la légalité, quoi qu’il fasse. Toujours. Ce papier atteste que tu as été mis en garde. Signe ici.

Heller signa « J. Edgar Hoover ».

— Bien. Maintenant dis-moi où se trouvent ces (bips) de livres de comptes truqués et ces (bips) de manuels officiels de l’IRS ?

— Monsieur ? fit Heller.

— Il ne parlera pas, dit Malone.

— Le mieux serait de laisser traîner les sachets d’héroïne et les tracts de propagande communiste, intervint O’Brien. Comme ça le tour est joué et nous pouvons partir d’ici.

— Tu sais ce qui va t’arriver, môme ? annonça McGuire avec une mine satisfaite. Nous allons t’obliger à te présenter au Bâtiment Fédéral. Et là-bas, tu subiras un interrogatoire. On braquera un spot sur ta jolie frimousse et tu nous diras tout. Tout. Quand on en aura fini avec toi, on aura ta biographie complète avec tous les détails. Prends ce papier.

McGuire avait griffonné un nom sur un document officiel. Il le tendit à Heller. Le papier disait :

CITATION A COMPARAITRE !

LE PEUPLE CONTRE EPSTEIN

J. Edgar Hoover est par la présente tenu de se présenter à 9 heures au Bâtiment Fédéral, Salle 22222, Chambre Fédérale Permanente des Mises en Accusation, devant le Tribunal des Autorités Fiscales.

— Interrogatoire ? demanda Heller.

— Exact.

— Je vais tout vous dire sur moi ?

— Exact.

— En fait, je crois me souvenir que sous cette lame de parquet, là-bas, il y a une cachette.

— Voilà qui est mieux, dit McGuire. Laquelle ?

Heller se leva et se dirigea vers le fond de la pièce. Il s’accroupit devant une lame de parquet arrachée. A l’insu des agents – il s’était placé de façon qu’ils ne puissent observer ses gestes –, il sortit un bonbon rouge et blanc de sa poche. C’était un des bonbons qu’il avait confectionnés à bord du Remorqueur 1 ! La friandise était enveloppée dans du papier. Il enfonça le papier dans le bonbon avec l’ongle du pouce avant de le déposer sous la lame. Puis il se leva et dit :