Il repasse à Bill et découvre que ce pauvre con a réussi à rassembler un peu de courage : ses bras ne tremblent plus et c’est d’une voix ferme qu’il assure à Candy que tout ira bien, je te le jure, et imagine un peu ce qu’on va raconter à la famille.
Ça a l’air de la rasséréner, car elle se tourne vers lui en souriant.
— On n’en aura pas besoin, chéri, ils auront déjà vécu ce que nous avons vécu.
Reniflement de Bill.
— Tu as sans doute raison. Mais je suis sûr qu’ils nous envieront quand même un peu.
Elle se colle contre lui et il caresse le tissu soyeux qui lui recouvre le bas du dos ; les lanières de sa nuisette se tendent sur les épaules de Candy et ses mamelons durcissent. Bon Dieu, c’est génial… ces gosses ont si peu d’imagination qu’avec un peu de pot ils vont sûrement…
— Et tu sais, dit-elle, nous sommes en sécurité ici, c’est une question de bon sens. Après tout, ils ne souhaitent sûrement pas perdre l’investissement que nous représentons pour eux.
Connasse, se dit Porter. Même s’il remplace ce passage par une vue des rouleaux et rajoute un dialogue en postsynchro, il sera impossible d’en tirer quelque chose.
— Et par-dessus le marché, dit Bill, tu as vraiment du courage, ma chérie. Je suis tellement heureux que nous nous soyons mariés et que nous ayons eu la chance de venir ici. Même si ça veut dire que…
Il sourit, sent le désir monter en lui, avoir raison de sa peur, et Porter éclate de rire en lisant dans son esprit. Oui ! Ça va se passer comme je l’espérais – on se croirait dans Tant qu’il y aura des hommes. Dommage que je ne puisse pas lui suggérer d’emmener son sac à bouse sur la plage pour la baiser sous les déferlantes.
Candy, toutes boucles dehors, fardée comme une pute, prend une pose qu’elle a dû perfectionner en se branchant sur Synthi Venture – mais elle est loin d’avoir son professionnalisme, se dit Porter. D’un autre côté, l’utilisation d’amateurs est essentielle pour ce show à la con…
— Même si ça veut dire quoi ? dit-elle avec une petite moue.
Elle tire machinalement sur sa nuisette, faisant ressortir un peu plus ses mamelons. Porter est bien obligé d’admettre que cette laitière a de jolis pis.
— Eh bien… je suis sûr que d’autres mecs que moi se sont intéressés à toi, et maintenant, s’ils ont envie de savoir… euh… à quoi ça ressemble…
Gloussement de Candy.
— Bon Dieu, Bill, tout ce qu’ils ressentiront, c’est ce que je ressens quand je suis avec toi. Personne d’autre ne m’excite comme tu le fais, et tu le sais bien.
— Peut-être, chuchote-t-il en lui caressant la cuisse.
La fenêtre tremble comme si une masse venait de la heurter, mais elle tient bon ; l’instant d’après, ils entendent un bruit de fracas et le hurlement du vent sous le toit. Ils sursautent, saisis de terreur.
Merde, se dit Porter, cet effet choc n’était pas mal du tout, mais il préférerait quand même un peu de cul…
— On dirait qu’une gouttière est tombée dans le parking, dit Bill en s’efforçant de paraître plus calme qu’il ne l’est. Heureusement que notre voiture de location est assurée.
Son cœur bat la chamade, mais il doit se montrer impassible pour l’amour de Candy.
Allez, zappons sur Candy… wow ! Je le crois pas. Cette pauvre connasse marche à fond. Porter encaisse l’image de plein fouet. Candy contemple son crétin de mari, ce plouc qui n’a jamais eu une idée originale de sa vie, dont la beauté et le look de sportif ne tarderont pas à disparaître sous une bonne couche de graisse, et ce qu’elle voit, c’est Superman. À ses yeux, ce beauf est un authentique héros…
Candy découvre Bill sous un nouveau jour. Rassurée par la force tranquille de sa voix, elle se sent désormais en parfaite sécurité. Elle regrette de s’être un peu affolée, car il se préparait sans doute à la câliner et elle en a bien besoin. De sorte qu’elle lui lance une œillade et lui dit :
— Enfin, puisque tout le monde est parti, on n’a plus besoin de baisser les stores si j’ai soudain envie de te montrer quelque chose…
— Quoi donc ? demande-t-il.
Porter repasse sur Bill et constate sans grande surprise que son petit numéro de macho a eu raison de sa trouille. Ils vont le faire. Putain, c’est formidable. Passionet va toucher le jackpot.
Lentement, d’un air presque timide, elle soulève sa nuisette pour exhiber sa toison pubienne soigneusement taillée. Porter s’assure que les deux fiches sont en mode transmission – il aura besoin d’une version homme et d’une version femme de ce qui va suivre – et sent le pénis de Bill se dresser.
Bill se montre un peu brutal avec Candy, ce qui convient parfaitement à Porter – il n’a pas besoin d’amplifier les sensations, ce qui occasionnerait une légère distorsion –, et pour une raison inconnue, elle adore ça. Il lui semble plus fort que jamais lorsqu’il empoigne ses seins étonnamment moelleux et la plaque contre le mur. Il glisse un pénis frémissant entre ses cuisses, rate sa cible, pousse un petit cri lorsque son membre heurte une fesse rebondie, et elle s’empare de sa virilité pour la glisser dans son vagin déjà mouillé et détendu. Il entame alors un brusque mouvement de va-et-vient, haletant sous l’effort.
Porter, qui prépare la version Bill, la version Candy et la version couple sur trois pistes différentes, est un homme blasé qui n’a pas de temps à perdre, mais cette fois-ci c’en est trop, même pour lui. Il lui est impossible de se libérer la main pour se branler, mais ça ne l’empêche pas de jouir dans son slip dès le premier orgasme de Candy.
Et en plus de cela, nos deux tourtereaux émettent sans discontinuer un montage complexe d’émotions et de pensées, comme si…
… comme s’ils voyaient leur existence défiler devant eux, se dit Porter en recouvrant sa lucidité. Ils sont toujours en train de baiser, la tête de Candy ne cesse de heurter le mur (ça expliquera sa prochaine migraine, se dit Porter), et Bill pousse tellement fort qu’il manque la hisser dans les airs.
Assez de ces idées morbides. Leur existence ne défile pas devant leurs yeux, c’est impossible : Porter a produit plusieurs bandes se concluant par la mort de l’émetteur et il sait bien que ce truc relève de la légende.
Il se concentre sur les souvenirs qui lui parviennent afin d’en composer un montage plus cohérent. Qui aurait cru que ces deux connards avaient vécu tant de choses ? Un mélange d’Amérique profonde et de porno hard…
Candy glande dans un bar d’étudiants lorsque Bill la voit pour la première fois, et quand elle se tourne vers lui, il prend simultanément en pleine poire ses cheveux, ses nichons et son cul, une pose que toutes les femmes de la planète ont apprise grâce au ciné, à la TV et à la XV… et ce pauvre con réagit comme s’il n’avait jamais rien vu d’aussi beau…
Une longue promenade romantique dans le parc par l’une de ces journées d’octobre où le soleil joue avec le rouge des feuilles de l’Ohio, ils se tiennent par la main, ils ont une envie folle d’aller baiser dans un coin tranquille, mais ils se retiennent tous les deux pour savourer cet instant, et surprise, c’est vraiment un instant à savourer… la lumière métamorphose en casque d’or la chevelure plutôt terne de Candy.