Mais si seulement il se sentait soulagé… si seulement. Cela paraît inimaginable.
Et la porte de sa cave est toujours là, bien entendu. Il a dit à ses collègues qu’il devait rentrer chez lui, qu’il était à bout de nerfs, et cela au moins était exact ; ce qu’il ne leur a pas dit, car cela ne les regarde pas, car cela aurait signifié sa perte, c’est de quelle façon il a l’intention de se détendre.
La porte de la cave se referme derrière lui et il pousse un petit soupir ; le fil ultramince qu’il tend en travers des marches, si fin qu’il est invisible à un œil non prévenu, est toujours en place. Le personnel d’entretien n’est pas descendu ici (un souci majeur), pas plus qu’un quelconque détective privé (un souci mineur).
Il descend l’escalier, allume l’éclairage tamisé de la pièce sans fenêtre et l’examine d’un regard satisfait ; il regrette l’existence de cette pièce, la nécessité qu’il a de s’y rendre, et pourtant il est ravi de pouvoir en jouir – l’argent et le pouvoir ont leurs avantages.
Le sofa est pourvu d’un harnais de sécurité au fonctionnement des plus discrets. Le casque est doublé de satin ; les accessoires en latex, dont la surface est équipée d’un stimulateur neural, sont du dernier cri ; les stimulateurs musculaires des menottes sont réglés au centième de newton.
Comme à son habitude, il ouvre le réfrigérateur, attrape une bouteille d’eau minérale et la vide d’un trait ; si tout se passe comme d’habitude, il en a pour trois bonnes heures et ne veut pas se retrouver déshydraté.
Il suspend son peignoir au crochet, se déshabille, fourre ses vêtements dans le sac dont il vient de sortir le peignoir. Celui-ci est propre comme un sou neuf, et il enfouit son visage dans le tissu, veillant à ne pas y frotter son pénis, où perle déjà une goutte.
Diem lâche le peignoir, qui retombe doucement contre le mur. Il va jusqu’au lave-linge et en extrait les draps, propres et secs depuis son dernier passage.
Il se dit une nouvelle fois qu’il n’est pas vraiment obligé de faire ça, qu’il peut encore décider de laisser tomber et de remonter dans sa chambre pour y passer une bonne nuit de sommeil ; puis il pivote sur lui-même et pose le pouce sur la serrure électronique de l’armoire.
La porte s’ouvre en grand et il contemple sa collection de bandes XV. La plupart d’entre elles sont rangées dans des boîtes blanches, sur lesquelles il a soigneusement inscrit des prénoms de femmes.
Ou plutôt de filles, se dit-il, et ce mot à lui seul suffit à le faire bander. « Allie » se trouve en haut à gauche, « Zulika » en bas à droite. Mais ce soir, il a envie de quelque chose de spécial. Après tout, il risque de connaître l’abstinence pendant un long moment, un très long moment si la situation dans le golfe du Mexique évolue comme il le craint – dans quelques jours, cette pièce aura peut-être disparu, et lui aussi.
L’adjectif « spécial » s’applique essentiellement à trois bandes. Kimbie Dee, Micheline et DeLana. Kimbie Dee est une adorable petite blonde de treize ou quatorze ans, son tortionnaire un vieux concierge au visage hideux qui la surprend seule sous la douche ; de bons moments en perspective. Micheline est un ange aux cheveux roux, encore impubère, qui a affaire à son propre père, sans que personne ne puisse entendre ses cris… Il se décide pour DeLana.
Elle est noire, et cela explique en partie sa décision. Si jamais il était pris, la police aurait-elle les moyens de savoir que c’est sa préférée ? Y aurait-il des répercussions sur le plan politique du fait qu’il s’agit d’une négrillonne ? Qu’est-ce qui serait le plus dommageable ? se demande-t-il. Le fait qu’un type d’origine vietnamienne aime violer les petites filles noires (bonjour la haine inter-ghettos) ou les petites filles blanches (bonjour le racisme anti-Jaunes) ?
Quoi qu’il en soit, il a envie de DeLana. Ensuite, il se fera Micheline, puis Kimbie Dee, et retour à DeLana. Il programme la lecture et s’allonge sur le sofa. Le gode va dans son anus, le vagin en latex se coule sur son pénis, le casque lui enveloppe la tête. Il boucle ses jambières et sa ceinture, puis se rallonge après s’être assuré que les lanières sont à portée de main. Gants, lunettes, serre-tête, les bras en position… prêt…
— Lecture, ordonne-t-il.
Il est DeLana, il est l’homme qui l’enlève en pleine rue. Il lui empoigne violemment les cheveux et savoure sa souffrance ; goûte le canon qu’elle engloutit dans sa bouche, sent son propre doigt trembler sur la détente, appelle sa maman au moment où il éjacule dans son anus. Il jouit de ses seins meurtris le lendemain, sourit de ses hématomes, sent sa résistance s’effriter lorsqu’il l’oblige à lécher son cul encore merdeux, le cul de son maître, sent la petite langue le nettoyer… et finalement… non, pas encore, cut…
Ah ! Micheline. Elle s’agite sous les couvertures, terrifiée, papa lui a déjà fait ça mais jamais avec une telle violence ; papa sent qu’elle tente de lui échapper…
Les objets avec lesquels il la violente sont de plus en plus gros, elle a les cuisses couvertes de sang (il sent le sang couler de ses veines, maculer sa peau si douce)… et puis vient l’instant où son crâne heurte la tête de lit, et l’émetteur Micheline expire, littéralement, bruit blanc, et papa monte à califourchon sur le petit corps encore chaud.
Diem éjacule à en avoir mal au scrotum, puis il suit Kimbie Dee dans un couloir après sa séance de gym, sent l’eau chaude de la douche qui coule sur son corps, savoure chaque seconde de l’heure qui suit, durant laquelle le concierge défiguré lui cogne les seins, la viole avec un manche à balai, là, sur le carrelage glacial, l’étrangle avec son soutien-gorge pour étouffer ses cris déchirants – Diem ne cesse de jouir, encore et encore, son pénis va le faire souffrir pendant plusieurs jours –, le petit corps nu choit dans le vide, les yeux encore écarquillés de terreur, le nœud coulant se resserre… et il le sent qui l’étouffe, qui fait taire à jamais sa honte…
Et Diem jette DeLana par la fenêtre, sent le vent glacial qui caresse son corps nu, augmente encore la douleur qui irradie son crâne brisé… le trottoir fonce vers elle, elle ne sait pas ce qui va lui arriver…
Un éclair de douleur, et il est seul dans le noir.
Diem n’a plus une goutte de sperme dans les couilles, mais il tente encore de jouir, pousse un hurlement, se débat dans ses liens, a l’impression que son corps est écartelé. Et comme à son habitude, il s’évanouit et plonge dans un sommeil sans rêves, pour se réveiller une heure plus tard.
Il se détache et se redresse ; comme d’habitude, il commence par vaporiser de l’analgésique sur son pénis, puis le masse avec de l’onguent. À un moment donné, il a perdu le contrôle de sa vessie et s’est souillé ; il n’arrive jamais à se rappeler quand ça se produit, mais cela intensifie encore son plaisir.
La pièce est imprégnée d’une puanteur qu’il veut fuir, mais il est bien obligé de procéder lui-même au nettoyage ; il est épuisé, l’analgésique n’est pas une panacée, il est quasiment mort de honte et de soulagement, mais il doit consacrer une demi-heure à cette tâche.
Les draps se retrouvent dans le lave-linge, qu’il allume. Le sang, la merde, le sperme, la sueur, l’urine – tout ça va être évacué dans les égouts, mais ces draps se font vieux et certaines taches résistent au lavage.
Bon Dieu, jamais il ne s’est senti aussi épuisé, lessivé, mais il prend soin de ranger les bandes et de refermer l’armoire, puis il asperge de désinfectant le sofa, les lanières, les gadgets. Il est si fatigué qu’il lâche le seau, dont le contenu coule vers la bouche d’évacuation ; il se tourne vers le balai avec un air navré, puis se rappelle que le sol est imperméable – cela peut attendre la prochaine fois.