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Il faut que je fasse quelque chose pour remédier à ça. Je… Non, pas maintenant. Les choses importantes d’abord. J’ai fait ce que j’ai pu pour eux en quelques semaines. Je ne peux pas plus à présent. Il s’efforça de ne pas regarder les fermes menaçant ruine. Les champs d’oliviers dans le sud étaient-ils en aussi mauvais état ? Les gens qui les travaillaient ne possédaient même pas la terre ; elle appartenait en totalité aux Puissants Seigneurs. Non. La brise. Agréable comme elle abat la chaleur. Je peux en jouir encore un peu. Je vais être obligé de les mettre au courant d’ici un moment.

« Rand, dit tout à coup Egwene, je veux te parler. » D’un sujet sérieux, d’après son expression ; ces grands yeux noirs fixés sur lui recélaient une lueur évocatrice de ceux de Nynaeve quand elle s’apprêtait à entamer une semonce. « Je veux parler d’Élayne.

— Eh bien quoi concernant Élayne ? » questionna-t-il avec méfiance. Il effleura son escarcelle où deux lettres se chiffonnaient contre un petit objet dur. Si elles n’avaient pas été toutes les deux de la même élégante écriture cursive, il n’aurait jamais cru qu’elles provenaient de la même personne. Et après tous ces baisers et ces câlineries. Les Puissants Seigneurs étaient plus faciles à comprendre que les femmes.

« Pourquoi l’as-tu laissée partir de cette façon ? »

Déconcerté, il la regarda d’un air interdit. « Elle désirait partir. J’aurais dû l’attacher pour l’en empêcher. D’ailleurs, elle sera plus en sécurité à Tanchico que près de moi – ou de Mat – si nous risquons d’attirer des bulles maléfiques comme le dit Moiraine. Tu y serais aussi.

— Ce n’est pas du tout ce à quoi je pense. Bien sûr qu’elle était décidée à partir. Et tu n’avais pas le droit de l’en empêcher. Seulement, pourquoi ne pas lui avoir dit que tu souhaitais qu’elle reste ?

— Elle désirait partir », répéta-t-il et fut encore plus ahuri en la voyant lever les yeux au ciel comme s’il débitait des propos inintelligibles. S’il n’avait pas le droit de retenir Élayne, et si elle avait en tête de partir, pourquoi était-il censé essayer de l’en dissuader ? D’autant plus qu’elle était davantage en sécurité ailleurs.

Moiraine éleva la voix juste derrière lui. « Es-tu prêt à me révéler le secret suivant ? À l’évidence, tu me cachais quelque chose. Je serais peut-être au moins en mesure de te prévenir si tu nous mènes à un précipice. »

Rand poussa un soupir. Il n’avait pas entendu qu’elle et Lan s’étaient rapprochés. Et Mat de même, bien qu’observant toujours une certaine distance entre lui et l’Aes Sedai. Le visage de Mat était à peindre, passant tour à tour par des nuances de doute, de répugnance et de détermination farouche, surtout quand il jetait un coup d’œil à Moiraine. Il ne la regardait jamais en face, seulement du coin de la paupière.

« Es-tu certain de vouloir venir, Mat ? » questionna Rand.

Mat haussa les épaules et affecta de sourire, pas d’un sourire très assuré. « Qui renoncerait à une chance de voir ce sacré Rhuidean ? » Egwene haussa les sourcils à son adresse. « Oh, excuse mon langage, Aes Sedai. Je t’ai entendue en user d’aussi vert et pour moins de raisons, je le parierais. » Egwene le dévisagea avec indignation, mais des taches de couleur sur ses joues indiquaient qu’il avait marqué un point.

« Félicite-toi que Mat soit ici, dit Moiraine à Rand, le ton froid et mécontent. Tu as commis une grave erreur en permettant à Perrin de s’enfuir, en me dissimulant son départ. Le monde repose sur tes épaules, mais ils doivent tous les deux te soutenir ou tu seras perdu et le monde avec toi. » Mat tiqua et Rand eut l’impression qu’il était sur le point de faire tourner son cheval et de s’éloigner aussitôt.

« Je connais mon devoir », répliqua-t-il à Moiraine. Et je connais ma destinée, pensa-t-il, mais il ne le dit pas à haute voix ; il ne recherchait pas la compassion. « L’un de nous devait retourner là-bas, Moiraine, et Perrin voulait y aller. Vous êtes prête à sacrifier n’importe quoi pour sauver le monde. Je… je fais ce que je dois. » Le Lige acquiesça d’un signe de tête, toutefois sans mot dire ; Lan ne se montrait jamais en désaccord avec Moiraine devant des tierces personnes.

« Et le secret suivant ? » réclama-t-elle avec insistance. Elle n’abandonnerait pas avant de le lui avoir extirpé, et il n’avait aucune raison de le taire plus longtemps. Pas cette partie-là.

« Les Pierres Portes, dit-il simplement. Si nous avons de la chance.

— Oh, par la Lumière ! gémit Mat. Par cette sacrée fichue Lumière ! Ne m’accable pas de grimaces, Egwene ! De la chance ? Est-ce qu’une fois ne suffit pas, Rand ? Tu nous as presque tués, tu te rappelles ? Non, pire que tués. Je préférerais revenir à une de ces fermes demander à être engagé pour soigner des cochons jusqu’à la fin de mes jours.

— Tu peux partir de ton côté si tu en as envie, Mat », lui dit Rand. Le visage calme de Moiraine était un masque posé sur de la fureur, mais il ne tint pas compte du regard de glace qui tentait de lui brider la langue. Même Lan avait l’air désapprobateur, en dépit de la quasi-impassibilité de ses traits durs ; le Lige plaçait le devoir avant tout. Rand accomplirait son devoir, mais ses amis… Il n’aimait pas contraindre les gens à faire quelque chose ; il ne l’imposerait pas à ses amis. Cela du moins il pouvait l’éviter, sûrement. « Tu n’as aucune raison de te rendre au Désert.

— Oh, que si. En tout cas… Oh, que je sois brûlé ! Je n’ai qu’une vie à donner, hein ? Pourquoi pas de cette façon-là ? » Mat eut un rire nerveux, et légèrement convulsif. « Fichues Pierres Portes ! Par la Lumière ! »

Rand fronça les sourcils ; c’était lui que tous affirmaient voué à devenir fou, mais c’était Mat maintenant qui paraissait sur le point de succomber à la folie.

Egwene clignait des paupières en regardant Mat avec inquiétude pourtant c’est vers Rand qu’elle se pencha. « Rand, Vérine Sedai m’a parlé un peu des Pierres Portes. Elle m’a raconté le… le voyage que tu avais entrepris. As-tu réellement l’intention de passer par là ?

— Je ne peux pas me débrouiller autrement, Egwene. » Il avait à se déplacer rapidement et aucun moyen n’était plus rapide que les Pierres Portes. Vestiges d’une Ere plus ancienne que l’Ere des Légendes ; même les Aes Sedai de l’Ère des Légendes n’avaient apparemment pas compris leur mécanisme. Cependant il n’existait pas de solution plus expéditive. Si cela marchait comme il l’espérait.

Moiraine avait écouté patiemment la discussion. Surtout la part qu’y avait prise Mat, bien que Rand ne comprît pas pourquoi. Or voici qu’elle dit : « Vérine m’a aussi parlé de ce voyage par les Pierres Portes. Il s’agissait seulement de quelques personnes et de quelques chevaux, pas de centaines et, si tu n’as pas tué à peu près tout le monde comme le prétend Mat, cela semblait quand même une expérience que personne n’aimerait revivre. Sans compter qu’elle ne s’était pas déroulée comme tu t’y attendais. Elle a aussi requis une grande quantité du Pouvoir ; presque assez au moins pour te tuer, a précisé Vérine. Même si tu laisses la plupart des Aiels ici, oses-tu courir le risque de renouveler cette tentative ?

— J’y suis obligé », répliqua-t-il, portant la main à son escarcelle, touchant la petite forme dure derrière les lettres, mais Moiraine continua comme s’il n’avait pas ouvert la bouche :