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Ses doigts s’immobilisèrent, revinrent vers la partie qu’il venait d’examiner. Elle était ravagée par les intempéries au point que ce qui était gravé dessus était presque indiscernable, mais il était sûr que c’était les lignes onduleuses. Elles représentaient une Pierre Porte à la Pointe de Toman, pas dans le Désert, mais elles indiquaient ce qui avait été la base de cette pierre quand elle était dressée. Les symboles au sommet représentaient des mondes ; ceux du pied les Pierres Portes. Avec un symbole du haut et un du bas, il était censé voyager jusqu’à une Pierre Porte donnée dans un monde donné. Avec seulement un du bas, il savait pouvoir atteindre une Pierre Porte dans ce monde-ci. La Pierre Porte proche de Rhuidean, par exemple. S’il en connaissait le symbole. C’est maintenant qu’il avait besoin de chance, qu’il avait besoin d’être servi par cette attirance que le Ta’veren exerce sur la chance.

Une main passa par-dessus son épaule et Rhuarc dit d’une voix contrainte : « Ces deux sont utilisés pour Rhuidean dans les anciens écrits. Il y a longtemps, même le nom n’était pas écrit. » Il passa le doigt sur deux triangles, chacun englobant ce qui semblait être un éclair arborescent, un pointé vers la gauche et l’autre vers la droite.

« Savez-vous ce que c’est ? » questionna Rand. L’Aiel détourna les yeux. « Que je brûle, Rhuarc, il faut que je sache. Je comprends bien que vous ne désirez pas en parler, mais vous devez me le dire. Dites-le-moi, Rhuarc. Avez-vous déjà vu une colonne pareille ? »

L’autre prit une profonde aspiration avant de répondre. « J’ai vu sa pareille. » Chaque mot sortait comme arraché de sa gorge. « Quand un homme va à Rhuidean, les Sagettes et les hommes des clans attendent sur les pentes du Chaendaer près d’une pierre comme celle-ci. » Aviendha se redressa et s’éloigna d’un air guindé ; Rhuarc la regarda partir en fronçant les sourcils « Je n’en sais pas davantage, Rand al’Thor. Que je ne connaisse plus d’ombre si je mens. »

Rand effleura l’inscription indéchiffrable entourant les triangles. Lequel ? Un seul l’emmènerait où il voulait aller. Le second le débarquerait aussi bien à l’autre bout du monde qu’au fond de l’océan.

Le reste des Aiels s’étaient regroupés au pied de la colline avec leurs mulets de bât. Moiraine et ses compagnons mirent pied à terre et gravirent la pente légère, menant leurs montures par la bride. Mat s’occupait de Jeade’en en même temps que de son propre hongre brun, maintenant l’étalon à bonne distance du Mandarb de Lan. Les deux étalons se décochaient des regards féroces à présent qu’ils n’avaient plus de cavaliers sur le dos.

« Franchement, tu agis sans savoir quel résultat cela donnera, n’est-ce pas ? protesta Egwene. Moiraine, arrêtez-le. Nous pouvons gagner Rhuidean à cheval. Pourquoi le laissez-vous continuer ça ? Pourquoi ne dites-vous rien ?

— Que proposes-tu que je fasse ? répliqua ironiquement l’Aes Sedai. Je peux difficilement l’emmener d’ici en le tramant par l’oreille. Nous allons peut-être voir si réellement Rêver a son utilité.

— Rêver ? répéta sèchement Egwene. Quel rapport Rêver a-t-il avec ça ?

— Voulez-vous bien vous taire, vous deux ? » Rand se força à parler d’un ton patient. « J’essaie de prendre une décision. » Egwene le dévisagea avec indignation ; Moiraine ne témoignait aucune émotion, mais elle observait avec une attention soutenue.

« Sommes-nous obligés d’emprunter ce moyen-là ? demanda Mat. Qu’est-ce que tu as contre une marche à cheval ? » Rand le regarda et il haussa les épaules d’un air penaud. « Oh, que je me réduise en braises ! Si tu tentes de te décider… » Rassemblant dans une seule main les rênes des deux chevaux, il extirpa une pièce de monnaie de sa poche, un marc d’or de Tar Valon, et poussa un soupir. « Cette pièce-là ou une autre, ce serait du pareil au même, hein. » Il roula la pièce en travers du dessus de ses doigts. « Je… j’ai de la chance quelquefois, Rand. Que ma chance choisisse. Face, celui qui est tourné vers ta droite ; pile, la Flamme, l’autre. Qu’en dis-tu ?

— C’est la plus ridicule… », commença Egwene, mais Moiraine lui imposa silence en lui effleurant le bras.

Rand hocha la tête. « Pourquoi pas ? » Egwene marmotta quelque chose ; tout ce qu’il saisit était « homme » et « gamins », mais cela ne ressemblait pas à un compliment.

La pièce sauta du pouce de Mat et tourna sur elle-même en l’air, luisant faiblement dans la clarté du soleil. Au sommet de sa course, Mat la rattrapa et la plaqua sur le dos de son autre main, puis hésita. « C’est un fichu risque, Rand, de se fier au résultat d’un lancer de pièce à pile ou face. »

Rand posa sans regarder la paume sur un des symboles. « Celui-ci, dit-il. Tu as choisi celui-ci. »

Mat jeta un coup d’œil à la pièce et cilla de surprise. « Tu as raison. Comment l’as-tu su ?

— Cela devait marcher pour moi tôt ou tard. » Personne ne comprit – il s’en rendit compte – mais cela n’avait pas d’importance. Soulevant sa main, il examina ce que lui et Mat avaient désigné. Le triangle pointait vers la gauche. Le soleil avait quitté son zénith. Il lui fallait s’y prendre correctement. Une erreur, et ils perdraient du temps au lieu d’en gagner. Ce serait la catastrophe. Oui, sans contredit.

Se redressant, il fouilla dans son escarcelle et en sortit le petit objet dur, une pierre vert sombre brillante sculptée qui logeait facilement dans le creux de sa main, représentant un homme à tête ronde et au corps arrondi assis en tailleur, une épée sur les genoux. Il frotta du pouce la tête chauve de la figurine. « Rassemblez tout le monde ici. Tout le monde. Rhuarc, dites-leur de monter ici les bêtes de somme. Il faut que tout le monde soit le plus rapproché possible de moi.

— Pourquoi ? demanda l’Aiel.

— Nous allons à Rhuidean. » Rand fit sauter la figurine dans sa paume et se pencha pour tapoter la Pierre Porte. « À Rhuidean. Immédiatement. »

Rhuarc le dévisagea longuement d’un regard neutre, puis se redressa, appelant déjà les autres Aiels.

Moiraine s’avança d’un pas sur la pente herbue. « Qu’est-ce que c’est ? questionna-t-elle avec curiosité.

— Un angreal, répondit Rand en le tournant dans sa main. Un qui fonctionne pour les hommes. Je l’ai trouvé dans la Grande Réserve quand je cherchais ce portail. C’est l’épée qui m’a incité à le prendre et alors j’ai su. Si vous vous demandez comment je pense canaliser suffisamment de Pouvoir pour nous transporter tous – les Aiels, les mulets, tout le monde et tout notre chargement – voilà comment.

— Rand, dit Egwene d’une voix anxieuse, je suis persuadée que tu penses agir pour le mieux, mais est-ce que tu es certain ? Es-tu certain que cet angreal est assez puissant ? Je ne suis même pas sûre que c’est vraiment un angreal. Je te crois si tu le dis, mais les angreals diffèrent, Rand. Du moins ceux que les femmes peuvent utiliser. Certains sont plus efficaces que d’autres et la dimension ou la forme ne sont pas une indication.

— Naturellement que j’en suis certain. » Il mentait. Il n’avait eu aucun moyen de le tester, pas pour ce but-là, pas sans risquer de mettre la moitié de Tear au courant qu’il avait un projet en tête, mais il estimait que l’angreal ferait l’affaire. Tout juste. Et, petit comme il l’était, personne ne saurait qu’il avait disparu de la Pierre avant qu’on décide d’établir l’inventaire de la Réserve. Ce qui était peu probable.

« Tu laisses derrière toi Callandor et tu emportes ceci, murmura Moiraine. Tu parais avoir de solides connaissances sur la façon d’utiliser les Pierres Portes. Plus que je ne l’aurais cru.