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— Non. C’est…

— Alors peu importe. Si tu as franchi leurs lignes sans anicroche en venant, tu n’en auras pas en t’en allant. Leur camp est là-haut sur la Colline-au-Guet, mais leurs patrouilles peuvent être n’importe où. Fais cela, mon garçon.

— N’attends pas, Perrin, ajouta Maîtresse al’Vere avec douceur mais fermeté, de ce ton qui aboutissait habituellement à ce que les gens se conforment à ce qu’elle ordonnait. Pas même une heure. Je vais te préparer un en-cas. Du pain frais et du fromage, du jambon et du rôti de bœuf, des cornichons. Il faut que tu partes, Perrin.

— Je ne peux pas. Vous savez qu’ils me recherchent, sinon vous ne voudriez pas que je m’en aille. » Et ils n’avaient émis aucune réflexion à propos de ses yeux, même pas pour demander s’il était malade. Maîtresse al’Vere avait été à peine surprise. Ils étaient au courant. « Si je me livre, je peux donner un coup d’arrêt à une partie de ce qui arrive. Je peux mettre ma famille… » Il sursauta comme la porte se rabattait en claquant pour laisser entrer Faile, suivie par Baine et Khiad.

Maître al’Vere passa la main sur sa calvitie ; même en remarquant l’habillement des Aielles et en les identifiant avec Gaul, il semblait seulement un peu surpris qu’elles soient des femmes. Il avait surtout l’air irrité par cette intrusion. Scratch se dressa sur son séant pour observer avec méfiance tous ces étrangers. Perrin se demanda si le chat le considérait également comme tel. Il se demanda aussi comment elles l’avaient trouvé et où était Loial. N’importe quoi pour éviter de se demander comment s’y prendre maintenant avec Faile.

Elle lui accorda peu de temps pour réfléchir, elle se planta devant lui, les poings sur les hanches. Elle réussit ce tour particulier aux femmes de produire l’impression d’être plus grande qu’elle n’était en vibrant de pure indignation. « Te livrer ? Te livrer ! Avais-tu projeté cela depuis le début ? Oui, n’est-ce pas ? Triple idiot ! Ton cerveau s’est congelé, Perrin Aybara. Ce n’était déjà que des muscles et des poils, mais à présent ce n’est même plus ça. Si les Blancs Manteaux sont à ta recherche, ils te pendront si tu te livres. Pourquoi te recherchent-ils ?

— Parce que j’ai tué des Blancs Manteaux. » Les yeux baissés sur elle, il ne tint pas compte de l’exclamation étouffée de Maîtresse al’Vere. « Ceux le soir où je t’ai rencontrée et deux avant cela. Ils sont au courant pour ces deux-là, Faile, et ils estiment que je suis un Ami du Ténébreux. » Elle apprendrait cela assez tôt. Obligé d’en fournir la raison, il aurait pu lui expliquer pourquoi, s’ils avaient été seuls. Au moins deux Blancs Manteaux, Geofram Bornhald et Jaret Byar, subodoraient en partie ses liens avec les loups. Ils étaient loin de tout savoir mais, pour eux, ce peu suffisait. Un homme qui fréquentait des loups devait être un Ami du Ténébreux. Peut-être que l’un d’eux, sinon les deux, était ici avec les Blancs Manteaux. « Ils croient que c’est vrai.

— Tu n’es pas plus que moi un Ami du Ténébreux, murmura-t-elle âpre-ment. Le soleil serait d’abord un Ami du Ténébreux.

— Cela ne change rien, Faile. Il faut que je fasse ce que je dois faire.

— Espèce de grand dadais à la tête vide ! Tu n’as pas à faire une stupidité pareille ! Cervelle d’oison ! Essaie de le faire et je te pendrai de mes propres mains !

— Perrin, dit Maîtresse al’Vere paisiblement, voudrais-tu me présenter à cette jeune femme qui a une si haute opinion de toi ? »

Faile devint rouge comme un coquelicot en se rendant compte qu’elle n’avait pas prêté attention à Maître et Maîtresse al’Vere. Elle commença à exécuter des révérences élégantes et présenta des excuses gracieuses. Baine et Khiad agirent comme Gaul, demandant la permission de défendre le toit de Maîtresse al’Vere et lui donnant une petite coupe d’or ornée de feuillages ainsi qu’un moulin à poivre en argent très travaillé plus gros que les deux poings réunis de Perrin et surmonté par une créature imaginaire moitié cheval moitié poisson.

Bran al’Vere écarquillait les yeux et fronçait les sourcils, se frottait la tête et parlait entre ses dents. Perrin capta plus d’une fois le mot « Aiel » prononcé sur un ton incrédule. Le Maire ne cessait aussi de jeter des coups d’œil vers les fenêtres. Ne se demandant pas s’il y avait encore d’autres Aiels ; il avait été surpris d’apprendre que Gaul était un Aiel. Peut-être craignait-il de voir arriver des Blancs Manteaux.

Par contre, Marine al’Vere prit la situation comme allant de soi ; elle traita Faile, Baine et Khiad comme n’importe quelles autres voyageuses qui venaient à l’auberge, compatit avec elles sur les fatigues qu’on endure en voyage, complimenta Faile sur sa tenue de cheval – une robe en soie bleu foncé, cette fois-ci – et confia aux Aielles combien elle admirait la couleur et l’éclat de leurs cheveux. Perrin soupçonnait fort Baine et Khiad, au moins de ne pas trop savoir que penser d’elle, mais en un temps record, avec une sorte de calme fermeté maternelle, elle avait installé les trois jeunes femmes à une table avec des serviettes humides pour débarrasser mains et visages de la poussière du voyage et boire à petites gorgées le thé contenu dans une grosse théière à raies rouges dont il se souvenait bien.

Ç’aurait pu être amusant de voir ces jeunes femmes intraitables – il incluait sans réserve Faile – soudain empressées à assurer Maîtresse al’Vere qu’elles avaient tout ce qu’il leur fallait et même davantage, à demander s’il n’y avait rien dont elles puissent se charger pour l’aider, elle se donnait trop de mal, les unes et les autres avec de grands yeux d’enfant et autant de chances qu’un enfant de lui résister. Ç’aurait été amusant si elle ne les avait pas rameutés aussi, lui et Gaul, les poussant avec autant de fermeté vers la table, insistant pour que les mains et les figures soient propres avant qu’ils obtiennent une tasse de thé. Pendant ce temps-là, Gaul arborait un petit sourire ; les Aiels avaient un curieux sens de l’humour.

À sa surprise, elle n’accorda pas le moindre bref regard à son arc ou à sa hache, ni aux armes des Aiels. Les gens des Deux Rivières s’armaient rarement même d’un arc et elle insistait toujours pour que cet arc soit mis de côté avant que quiconque prenne place à une de ses tables. Toujours. Par contre, aujourd’hui, elle n’en tint aucun compte.

Une autre surprise lui échut quand Bran plaça près du coude de Perrin une coupe d’argent avec de l’eau-de-vie de cidre, pas la petite rasade que les hommes buvaient en général à l’auberge, juste assez pour recouvrir la dernière phalange du pouce, mais à moitié pleine. Quand il était parti, il se serait vu offrir du cidre sinon du lait, ou peut-être du vin largement allongé d’eau, une demi-coupe avec un repas ou une coupe pleine un jour de fête. C’était un plaisir d’être considéré comme un adulte, toutefois il se contenta de la garder en main. Il était habitué au vin, à présent, mais il buvait rarement quelque chose de plus fort.

« Perrin, déclara le Maire en prenant un siège à côté de sa femme, personne ne te croit un Ami du Ténébreux. Personne doté de bon sens. Il n’y a pas de raison pour que tu te laisses pendre. »

Faile acquiesça d’un vigoureux signe de tête, mais Perrin ne lui prêta pas attention. « Je ne changerai pas d’avis, Maître al’Vere. Les Blancs Manteaux me veulent et, s’ils ne m’obtiennent pas, ils se tourneraient vers le premier Aybara qu’ils peuvent trouver. Les Blancs Manteaux n’ont pas besoin de grand-chose pour décider que quelqu’un est coupable. Ce ne sont pas des gens commodes.

— Nous le savons », murmura Maîtresse al’Vere.

Son mari contempla ses mains qu’il avait posées sur la table. « Perrin, ta famille n’est plus là.

— Plus là ? Vous voulez dire que la ferme est déjà brûlée ? » Le poing de Perrin se resserra autour de la coupe en argent. « J’espérais arriver à temps. J’aurais dû m’en douter, je suppose. Trop de temps a passé avant que je sois au courant. Peut-être puis-je aider mon père et l’oncle Edward à reconstruire. Chez qui habitent-ils ? Je veux les voir d’abord, au moins. »