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— Ne vous inquiétez pas, Maîtresse al’Vere, interrompit Vérine d’un ton apaisant. Vous avez agi exactement comme il le fallait. Perrin est maintenant entre de bonnes mains. Je vais aussi savourer la chance d’en apprendre davantage sur les Aiels, et c’est toujours un plaisir de s’entretenir avec un Ogier. Je vous mettrai à contribution, Loial. J’ai trouvé des choses fascinantes dans les livres des Ogiers. »

Loial lui adressa un sourire enchanté ; tout ce qui concernait les livres semblait le ravir. Gaul, par contre, échangea avec Baine et Khiad un regard circonspect.

« C’est parfait tant que vous ne recommencez pas, déclara Alanna avec autorité. À moins… Vous êtes seul ? » Elle questionnait Perrin d’une voix qui exigeait une réponse, et sur-le-champ. « Est-ce que les deux autres sont revenus aussi ?

— Pourquoi êtes-vous là ? rétorqua-t-il du tac au tac.

— Perrin ! s’exclama sévèrement Maîtresse al’Vere. En voilà une façon de parler ! Tu as peut-être pris de mauvaises manières en vagabondant de par le monde, mais tu n’as qu’à les perdre maintenant que tu es de retour dans ton pays.

— Ne vous tourmentez pas, lui dit Vérine. Perrin et moi sommes de vieux amis maintenant. Je le comprends. » Ses yeux noirs le fixèrent un instant en scintillant.

« Nous nous occuperons de lui. » La phrase sèche d’Alanna paraissait à double entente.

Vérine sourit et tapota l’épaule de Marine. « Mieux vaut que vous retourniez au village. Nous n’avons pas besoin qu’on se demande pourquoi vous allez dans les bois. »

Maîtresse al’Vere acquiesça d’un signe de tête. S’arrêtant près de Perrin, elle posa la main sur son bras. « Tu sais que tu as ma sympathie, dit-elle avec douceur. Rappelle-toi seulement que te faire tuer ne servira à rien. Obéis aux instructions que te donneront les Aes Sedai. » Il marmonna une réponse évasive qui parut cependant la satisfaire.

Après le départ de Maîtresse al’Vere, Vérine dit à son tour : « Vous avez aussi notre sympathie, Perrin. Si quoi que ce soit avait été en notre pouvoir, nous n’aurions pas manqué d’agir. »

Il n’avait pas envie de parler de sa famille maintenant. « Vous n’avez toujours pas répondu à ma question.

— Perrin ! » Faile réussit à imiter presque à la perfection le ton de Maîtresse al’Vere, mais il n’y prêta pas attention.

« Pourquoi êtes-vous ici ? Cela paraît une drôle de coïncidence. Les Blancs Manteaux et les Trollocs, et vous deux qui êtes là comme par hasard au même moment.

— Ce n’est nullement une coïncidence, répliqua Vérine. Ah, l’eau du thé est prête. » L’eau cessa de bouillir tandis qu’elle se mettait à s’affairer de-ci delà, jetant une poignée de feuilles dans la marmite, indiquant à Faile d’aller chercher des timbales en métal dans un des ballots rangés contre le mur. Alanna, les bras croisés sous ses seins, ne quittait pas Perrin des yeux, le feu de leur regard en contradiction avec la froideur de son visage. « D’une année à l’autre, poursuivit Vérine, nous trouvons de moins en moins de jeunes filles à qui il soit possible d’enseigner à canaliser. Sheriam estime que nous avons peut-être passé les trois mille dernières années à éliminer ce talent de l’humanité en neutralisant tous les hommes en mesure de canaliser que nous découvrons. La preuve, à ce qu’elle dit, est le très petit nombre d’hommes que nous repérons. Tenez, même il y a cent ans, les archives indiquent un chiffre de deux ou trois par an, et cinq cents ans avant… »

Alanna s’éclaircit gravement la gorge. « Que pouvons-nous faire d’autre, Vérine ? Les laisser devenir fous ? Suivre le projet aberrant des Blanches ?

— Je ne crois pas, répliqua calmement Vérine. Même si nous découvrions des femmes désireuses de porter des enfants engendrés par des hommes neutralisés, rien ne garantit que ces enfants seraient capables de canaliser ou seraient des filles. J’ai bien suggéré que, si elles voulaient augmenter les effectifs, les Aes Sedai soient celles à avoir les enfants ; elles-mêmes, en fait, puisque ce sont elles qui avaient été les premières à proposer cette idée. Alviarin n’a pas été amusée.

— Ça ne m’étonne pas d’elle », commenta Alanna en riant. Ce soudain éclat de gaieté, coupant court au regard de feu de ses yeux noirs, était surprenant. « J’aurais aimé voir sa tête.

— Son expression était… intéressante, dit la Sœur Brune d’un ton rêveur. Calmez-vous, Perrin. Je vais vous donner le reste de votre réponse. Du thé ? »

S’efforçant d’effacer de son visage les marques de son irritation, il se retrouva assis sur le plancher, son arc à côté de lui et un gobelet en métal plein de thé fort à la main. Tous étaient assis en cercle au milieu de la pièce. Alanna poursuivit l’explication de leur présence, peut-être pour éviter la tendance de l’autre Aes Sedai à s’écarter du sujet.

« Ici dans les Deux Rivières, où je doute qu’aucune Aes Sedai soit venue en mille ans, Moiraine a déniché deux jeunes femmes qui non seulement pouvaient recevoir une formation les mettant à même de canaliser, mais encore en avaient la faculté native, et elle avait entendu parler d’une troisième qui était morte faute d’avoir pu apprendre par elle-même.

— Sans compter trois taveren, murmura Vérine dans sa timbale.

— Avez-vous une idée, continua Alanna, du nombre de villes et de villages que nous devons ordinairement visiter pour trouver trois jeunes filles avec ce talent inné ? L’étonnant est que cela nous ait demandé si longtemps pour venir en chercher d’autres. Le vieux sang est très fort ici dans les Deux Rivières. Nous n’étions que depuis une semaine à la Colline-au-Guet quand les Enfants de la Lumière sont arrivés, et nous avions eu grand soin de révéler qui nous étions seulement au Cercle des Femmes de là-bas, pourtant même ainsi nous avons repéré quatre jeunes filles qui peuvent être instruites et une enfant qui, je pense, a ce don de naissance.

— C’était difficile d’en être sûres, ajouta Vérine. Elle n’a que douze ans. Ni les unes ni les autres n’ont de loin le potentiel d’Egwene ou de Nynaeve, cependant ce nombre est rien de moins que remarquable. Il y a en a encore peut-être deux ou trois juste autour de la Colline-au-Guet. Nous n’avons pas eu le loisir d’examiner les jeunes filles ici ou plus au sud. Taren-au-Bac a été une déception, je dois le dire. Trop d’échanges de sang avec l’extérieur, je suppose. »

Perrin dut reconnaître que c’était une bonne explication. Néanmoins elle ne répondait pas à toutes ses questions ni n’apaisait tous ses doutes. Il changea de position, allongeant sa jambe. Le coup de lance dans sa cuisse le faisait souffrir. « Je ne comprends pas pourquoi vous vous cachez ici. Les Blancs Manteaux arrêtent des innocents et vous restez assises là. » Loial parla à voix basse, un grondement sourd. Perrin capta « mettre en colère des A es Sedai » et « nid de frelons », mais il persista à leur décocher ses critiques. « Pourquoi ne faites-vous pas quelque chose ? Vous êtes des Aes Sedai ! Que je sois réduit en cendres, pourquoi ne faites-vous rien ?

— Perrin ! s’exclama Faile d’un ton désapprobateur avant d’adresser un sourire d’excuse à Vérine et à Alanna. Pardonnez-le, je vous prie. Moiraine Sedai l’a gâté. Elle est douce de caractère, je suppose, et elle lui passe tout. Ne soyez pas fâchées contre lui, s’il vous plaît. Il se conduira mieux. » Elle lui jeta un coup d’œil sévère, indiquant que ce propos était destiné autant à ses oreilles qu’aux leurs, ou davantage. Il lui rendit un regard empreint de sa propre colère. Elle n’avait pas le droit de se mêler de cela.

« Douce ? répéta Vérine en clignant des paupières. Moiraine ? Je ne m’en étais jamais aperçue. »