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« Naturellement, déclara Vérine avec aisance. Je n’avais pas eu l’occasion de le voir faire effet avant aujourd’hui. Ou peut-être l’ai-je eue sans m’en rendre compte.

— De quoi parlez-vous ? Voir quoi faire effet ?

— Perrin, quand nous sommes arrivés, ces gens étaient prêts à se maintenir ici à tout prix. Vous avez stimulé leur bon sens et donné un coup de fouet à leurs émotions, mais croyez-vous que les mêmes paroles venant de moi les auraient conduits à changer d’avis ? Ou venant de Tam ou d’Abell ? Mieux que nous autres, vous devriez savoir à quel point les gens des Deux Rivières peuvent se montrer obstinés. Vous avez changé le cours que, sans vous, les événements auraient suivi dans les Deux Rivières. Avec quelques mots proférés avec… irritation ? En vérité, les taveren attirent pour de bon la vie des autres dans le dessin de leur propre existence. Fascinant. J’espère vraiment avoir l’occasion d’observer de nouveau Rand.

— Quoi qu’il en soit, murmura Perrin, c’est pour le mieux. Plus il y a de monde dans un seul endroit, plus il y a de sécurité.

— Évidemment. Rand a bien l’épée, je présume ? »

Il fronça les sourcils, mais aucune raison n’empêchait de l’informer. Elle était au courant pour Rand et elle savait ce que Tear devait signifier. « Oui, il l’a.

— Tenez-vous sur vos gardes avec Alanna, Perrin.

— Comment ? » Les subits changements de sujet de l’Aes Sedai commençaient à le dérouter. Surtout quand elle entreprenait de lui dire de faire ce à quoi il avait déjà pensé, et pensé à en garder le secret vis-à-vis d’elle. « Pourquoi ? »

L’expression de Vérine ne se modifia pas, mais ses yeux noirs eurent soudain le regard aigu et brillant d’un œil d’oiseau. « Il y a beaucoup de… projets à la Tour Blanche. Tous ne sont pas malveillants, tant s’en faut, mais c’est parfois difficile d’en être sûr avant qu’il soit trop tard. Et même les plus bienveillants laissent souvent se rompre quelques fils dans le tissage, quelques roseaux se briser et être jetés de côté quand il s’agit de tresser un panier. Un taveren serait un roseau utile dans n’importe quel nombre de plans possibles. » Tout aussi brusquement, elle parut un peu étourdie par le remue-ménage autour d’elle, plus à l’aise plongée dans un livre ou ses pensées que dans le monde réel. « Oh, par exemple ! Maître al’Seen ne perd pas de temps, n’est-ce pas ? Je vais voir s’il peut disposer de quelqu’un pour aller chercher nos chevaux. »

Faile frissonna quand la Sœur Brune s’éloigna. « Parfois, les Aes Sedai me mettent… mal à l’aise, murmura-t-elle.

— Mal à l’aise ? répéta Perrin. La plupart du temps, elles me rendent à moitié mort de peur. »

Elle eut un rire léger et commença à jouer avec un bouton de son surcot, sur lequel elle fixait attentivement les yeux. « Perrin, je… je me suis conduite comme une idiote.

— Que veux-tu dire ? » Elle leva brièvement les yeux – elle était sur le point d’arracher le bouton – et il ajouta précipitamment : « Tu es l’une des personnes les moins bêtes de ma connaissance. » Il serra les mâchoires pour ne pas ajouter « la plupart du temps » et fut content d’y avoir réussi quand elle sourit.

« C’est très gentil à toi de le dire, mais j’ai été stupide. » Elle tapota le bouton et s’attaqua à son surcot qu’elle rajusta – ce dont il n’avait nul besoin – et lissa ses revers – qui n’en avaient pas besoin non plus. « Tu étais tellement ridicule, reprit-elle en boulant les mots, simplement parce que ce jeune homme me regardait… franchement, il a bien trop l’air d’un gamin ; pas du tout comme toi… que j’ai eu l’idée d’exciter ta jalousie… rien qu’un peu… en feignant… juste feignant… d’être attirée vers le Seigneur Luc. Je n’aurais pas dû. Veux-tu me pardonner ? »

Il s’efforça de trier cet enchevêtrement de mots. Une bonne chose qu’elle juge Wil un gamin – s’il essayait de laisser pousser sa barbe, elle serait probablement clairsemée – mais elle n’avait pas mentionné la façon dont elle avait rendu son regard à Wil. Et si son attirance vers Luc n’était qu’une feinte, pourquoi avait-elle rougi de cette façon ? « Bien sûr que je te pardonne », répliqua-t-il. Une lueur menaçante brilla dans les yeux de Faile. « Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit à pardonner. » La lueur scintilla d’une façon peut-être même plus menaçante. Qu’attendait-elle qu’il réponde ? « M’excuseras-tu ? Quand j’ai cherché à te faire partir, j’ai dit des choses que je n’aurais pas dû. Me pardonneras-tu cela ?

— Tu as dit des choses qu’il fallait pardonner ? » déclara-t-elle avec douceur, et il comprit qu’il se trouvait en terrain mouvant. « Je ne vois pas lesquelles, mais je vais les prendre en considération. »

En considération ? Elle s’exprimait là comme une noble dame ; peut-être son père travaillait-il pour quelque seigneur, de sorte qu’elle pouvait étudier la façon dont s’exprimaient les dames. Il ne devinait pas où elle voulait en venir. Il ne le découvrirait que bien trop tôt, il en était certain.

Ce fut un soulagement de se remettre en selle sur Steppeur, au milieu du tohu-bohu des bêtes que l’on attelait aux chariots et des gens qui discutaient de ce qu’ils pouvaient ou ne pouvaient pas emporter, des enfants qui couraient après les poules et les oies et leur liaient les pattes pour les charger sur les voitures. De jeunes garçons conduisaient déjà le bétail vers l’est et d’autres poussaient les moutons hors de leur parc.

Faile ne parla pas de ce qui avait été dit à l’intérieur. En vérité, elle lui sourit et compara l’élevage des moutons ici avec ce qui se pratiquait dans la Saldaea, puis, quand une des jeunes filles lui apporta un bouquet de petites fleurs rouges, des cœurs-de-nymphe-émue, elle essaya d’en glisser quelques-unes dans sa barbe, riant à ses efforts pour l’en empêcher. Bref, elle le mit sur des charbons ardents. Il avait besoin d’une nouvelle conversation avec Maître Cauthon.

« Que la Lumière vous accompagne, lui dit de nouveau Maître al’Seen juste comme ils s’apprêtaient à s’éloigner, et veillez sur les garçons. »

Quatre des jeunes gens avaient décidé d’aller avec eux, sur des chevaux à longs poils loin d’être aussi bons que ceux que montaient Tam et Abell. Perrin se demanda pourquoi c’était lui qui était censé veiller sur eux. Tous étaient plus âgés que lui, encore que pas de beaucoup. Wil al’Seen était l’un d’eux, avec son cousin Ban, un des fils de Jac qui avait pris toute la longueur de nez de cette famille, et deux des Lewin, Tell et Dannil, qui ressemblaient tellement à Flann qu’ils auraient pu être ses fils au lieu de ses neveux. Perrin avait tenté de les dissuader de venir, surtout quand tous avaient clairement signifié qu’ils tenaient à aider à délivrer des Blancs Manteaux les Cauthon et les Luhhan. Ils semblaient croire qu’il s’agissait d’entrer à cheval dans le camp des Enfants de la Lumière et d’exiger le retour de tous. Jeter notre défi, selon l’expression de Tell qui avait presque fait dresser les cheveux sur la tête de Perrin. Trop de contes de ménestrel. Trop écouté des imbéciles comme Luc. Il soupçonnait Wil d’avoir une autre raison, bien que s’efforçant de feindre que Faile n’existait pas, mais ses compagnons n’étaient déjà pas de fameuses recrues.

Personne d’autre n’éleva d’objections. Tam et Abell semblaient seulement se préoccuper qu’ils sachent tous se servir des arcs dont ils étaient armés et puissent se tenir sur un cheval ; quant à Vérine, elle se contentait d’observer en inscrivant des notes dans son petit carnet. Tomas avait l’air amusé et Faile s’affairait à tresser une couronne avec les cœurs-de-nymphe-émue, qui se révéla être destinée à Perrin. Poussant un soupir, il accrocha les fleurs au pommeau de sa selle. « Je prendrai soin d’eux de mon mieux, Maître al’Seen », promit-il.