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Rand faillit rire. Non pas qu’il était amusé. Par deux fois et deux fois encore il sera marqué. C’est ce que disaient les Prophéties du Dragon. Un héron imprimé au fer rouge dans chaque paume et maintenant ceux-ci. Une de ces curieuses créatures – des Dragons, comme les appelaient les Prophéties – était censée être pour les souvenirs perdus. Rhuidean avait certes pourvu à cela, l’histoire perdue des origines des Aiels. Et l’autre était pour le prix qui  doit payer.

Quand devrais-je payer ? se demanda-t-il. Et combien devront payer avec moi ? D’autres y avaient toujours été contraints, même quand il avait essayé d’être le seul à payer.

Qu’elle eût ou non de l’appréhension, Bair n’hésita pas avant de dresser aussi ce bras au-dessus de la tête de Rand et de proclamer d’une voix forte : « Regardez ce qui n’a jamais été vu auparavant. Un Car’a’carn a été choisi, un chef des chefs. Né d’une Vierge de la Lance, il est venu de Rhuidean à l’aube, selon la prophétie, afin d’unir les Aiels ! L’accomplissement de la prophétie a commencé ! »

Les réactions des autres Aiels ne ressemblèrent en rien à ce que Rand imaginait. Couladin le dévisagea, encore plus haineusement qu’avant si c’était possible, puis sauta à bas de la saillie de granité, remonta la pente à grands pas et disparut dans les tentes des Shaidos. Les Shaidos eux-mêmes se dispersèrent les uns après les autres, jetant à Rand un coup d’œil indéchiffrable avant de retourner à leurs tentes. Heirn et les guerriers de l’enclos Jindo, avec à peine une hésitation, agirent de même. En quelques minutes, seul restait Rhuarc, le regard tourmenté. Lan se dirigea vers le chef de clan ; d’après son expression, le Lige pouvait aussi bien n’avoir pas vu Rand du tout. Rand ne savait pas trop à quoi il s’était attendu, mais c’était sûrement à autre chose que ça.

« Que je brûle ! » s’exclama Mat entre ses dents. Il parut s’apercevoir pour la première fois qu’il tenait l’outre dans ses mains. Libérant d’une secousse le bouchon, il souleva haut le sac en peau, laissant l’eau gicler sur sa figure presque autant que dans sa bouche. Quand il finit par l’abaisser, il considéra de nouveau les marques sur les bras de Rand et hocha la tête en répétant « Que je brûle ! » en poussant vers lui le sac clapotant.

Rand contemplait les Aiels avec consternation, mais il fut plus que content de boire. Les premières gorgées lui firent mal au gosier tant il était sec.

« Qu’est-ce qui vous est arrivé ? questionna Egwene. Muradin vous a attaqués ?

— Il est interdit de parler de ce qui se produit à Rhuidean, rappela Bair d’un ton cassant.

— Pas Muradin, dit Rand. Où est Moiraine ? Je m’attendais à ce qu’elle soit la première à nous accueillir. » Il se frotta la figure ; des écailles noires de sang séché se détachèrent et tombèrent sur sa main. « Pour une fois, cela me sera égal qu’elle ne demande pas ma permission avant de me Guérir.

— À moi aussi », ajouta Mat d’une voix rauque. Il oscilla, se soutenant avec sa lance, et appuya le talon de sa paume contre son front. « J’ai la tête qui tourne. »

Egwene eut une grimace. « Elle est toujours dans Rhuidean, je suppose. Mais puisque vous en êtes finalement sortis, peut-être qu’elle aussi s’en sortira.

Elle est partie juste après vous. Comme Aviendha. Vous êtes tous restés absents si longtemps.

— Moiraine est allée à Rhuidean ? questionna Rand, incrédule. Et Aviendha ? Pourquoi donc.., ? » Brusquement, il prit conscience de ce qu’elle avait dit d’autre. « Si longtemps, qu’est-ce que tu entends par là ?

— Nous sommes au septième jour, répondit-elle. Le septième depuis que vous êtes tous descendus dans la vallée. »

L’outre lui tomba des mains. Seana la ramassa vivement avant qu’à peine plus qu’une petite partie de son contenu, si précieux dans le désert, s’égoutte le long de la pente rocheuse. C’est à peine si Rand le remarqua. Sept jours. N’importe quoi pouvait s’être produit en sept jours. Ils pourraient m’avoir rattrapé, avoir deviné ce que je projette. Il faut que j’agisse. Vite. Il faut que je les devance. Je ne suis pas parvenu jusqu’ici pour échouer.

Tous avaient les yeux fixés sur lui, même Rhuarc et Mat, l’anxiété peinte sur leurs visages. Et la circonspection. Pas étonnant. Qui savait ce qu’il pourrait faire ou s’il était encore sain d’esprit ? Seul le masque menaçant de Lan n’avait pas changé.

« Je t’avais bien dit que c’était Aviendha, Rand. Nue comme au jour de sa naissance. » La voix de Mat avait un pénible accent rauque et ses jambes ne semblaient pas trop solides.

« Combien de temps avant que Moiraine revienne ? » questionna Rand. Si elle était entrée en même temps, elle devrait revenir rapidement.

« Si elle n’est pas revenue le dixième jour, répliqua Bair, elle ne reviendra pas. Personne n’est jamais revenu après dix jours. »

Encore trois jours, peut-être. Trois jours de plus alors qu’il en avait déjà perdu sept. Qu ’ils arrivent donc maintenant. Je n ’échouerai pas ! Il se retint avec peine de laisser ses traits prendre un air farouche. « Vous savez canaliser. L’une de vous, en tout cas. J’ai vu comment vous aviez refoulé Couladin. Guérirez-vous Mat ? »

Amys et Mélaine échangèrent des regards qu’il ne put que qualifier de tristes.

« Nos voies ont suivi d’autres directions, répondit Amys avec regret. Il y a des Sagettes capables de ce que vous demandez, jusqu’à un certain point, mais nous ne sommes pas parmi elles.

— Qu’entendez-vous par là ? s’exclama-t-il avec colère. Vous canalisez comme des Aes Sedai. Pourquoi ne pouvez-vous pas Guérir comme elles ? Vous avez commencé par refuser qu’il aille à Rhuidean. Estimez-vous pouvoir le laisser mourir parce qu’il y est allé ?

— Je survivrai », dit Mat, mais ses yeux étaient crispés par la souffrance.

Egwene posa la main sur le bras de Rand. « Toutes les Aes Sedai ne sont pas en mesure de Guérir parfaitement, expliqua-t-elle d’un ton apaisant. Les meilleures Guérisseuses appartiennent à l’Ajah Jaune. Sheriam, la Maîtresse des Novices, ne réussit à guérir rien de plus grave qu’un bleu ou une coupure légère. Il n’y a pas deux femmes qui aient exactement les mêmes Talents ou compétences. »

Ce ton irrita Rand. Il n’était pas un gamin de mauvaise humeur qu’il fallait calmer. Il regarda les Sagettes en fronçant les sourcils. Qu’elles ne puissent ou ne veuillent, lui et Mat seraient obligés d’attendre Moiraine. Si elle n’avait pas été tuée par cette bulle de mal, par ces créatures de poussière. Cette bulle devait être dissipée à présent ; celle de Tear n’avait finalement pas duré. Elles ne lui auraient pas barré la route. Elle pouvait passer à travers en canalisant. Elle sait ce qu’elle fait ; elle n’a pas à y réfléchir petit à petit comme moi. Mais alors pourquoi n’était-elle pas de retour ? Et d’abord pourquoi y était-elle allée et pourquoi ne l’avait-il pas vue ? Sotte question. Cent personnes pouvaient se trouver dans Rhuidean sans être aperçues. Trop de questions et aucune réponse avant son retour, il le craignait. Si elle revenait.

« Il y a des herbes et des onguents, dit Seana. Venez à l’abri du soleil et nous soignerons vos blessures.

— À l’abri du soleil, murmura Rand. Oui. » Il se conduisait comme un malappris, mais cela lui était égal. Pourquoi Moiraine était-elle entrée dans Rhuidean ? Il ne comptait pas qu’elle cesse de le pousser dans la direction qu’elle jugeait la meilleure et que le Ténébreux emporte ce qu’il pensait lui-même. Si elle était là-bas, pouvait-elle avoir eu une influence sur ce qu’il avait vu ? L’avoir modifié d’une certaine manière ? Si même elle se doutait de ce qu’il préparait…