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Jeaine eut une brève aspiration bruyamment dédaigneuse par le nez. « Si l’une d’entre nous savait le manier. Ou auriez-vous oublié que l’unique test que nous avons osé tenter a failli me tuer ? Et a brûlé un trou dans les deux flancs du bateau avant que je parvienne à l’arrêter ? Cela nous aurait joliment été utile d’être noyées avant d’atteindre Tanchico.

— Quel besoin avons-nous du malefeu ? répliqua Liandrin. Si nous pouvons asservir le Dragon Réincarné, que les Réprouvés réfléchissent à la façon dont ils traiteront avec nous. » Subitement, elle eut conscience d’une autre présence dans la pièce. La femme appelée Gyldine en train d’essuyer une chaise sculptée au dossier bas dans un coin. « Femme, qu’est-ce que vous fabriquez ici ?

— Le ménage. » La femme aux cheveux noirs tressés se redressa avec indifférence. « Vous m’avez dit de nettoyer. »

Liandrin faillit frapper avec le Pouvoir. Faillit. Seulement Gyldine n’était pas au courant qu’elles étaient des Aes Sedai. Qu’avait entendu cette femme ? Rien d’important. « Allez trouver le cuisinier, s’exclama-t-elle avec une rage froide, et dites-lui qu’il vous assène des coups d’étrivière. Avec force ! Et vous n’aurez rien à manger jusqu’à ce que la poussière, elle ait complètement disparu. » Encore. Cette femme l’avait encore une fois fait parler comme quelqu’un de bas étage.

Marillin se leva, caressant le nez du chat de gouttière avec le bout du sien, et tendit l’animal à Gyldine. « Veillez à ce qu’il ait une assiette de crème quand le cuisinier en aura fini avec vous. Et un peu de ce délicieux agneau. Coupez-le-lui en petits morceaux ; il n’a plus beaucoup de dents de reste, le pauvre. » Gyldine la regardait sans ciller et elle ajouta : « Y a-t-il quelque chose que vous ne comprenez pas ?

— Je comprends. » La bouche de Gyldine était pincée. Peut-être avait-elle effectivement compris ; elle était une servante, pas leur égale.

Liandrin attendit un moment après son départ, le chat couché dans ses bras, puis ouvrit brutalement un des battants. Le vestibule était désert. Gyldine n’espionnait pas. Liandrin n’avait pas confiance dans cette femme. Mais aussi elle ne voyait personne en qui elle avait confiance.

« Nous devons nous préoccuper de ce qui nous concerne, dit-elle sèchement en refermant la porte. Eldrith, avez-vous découvert un nouvel indice dans ces pages ? Eldrith ? »

La jeune femme bien en chair sursauta, puis jeta un coup d’œil effaré à la ronde en clignant des paupières. C’était la première fois qu’elle levait la tête du manuscrit jauni en lambeaux. Elle parut surprise de voir Liandrin. « Comment ? Un indice ? Oh ! Non. C’est déjà difficile de s’introduire dans la Bibliothèque du Roi ; si j’en extrayais ne serait-ce qu’une page, les conservateurs le sauraient immédiatement. Mais, si je me débarrassais d’eux, je ne trouverais rien. Cet endroit est un labyrinthe. Non, j’ai déniché ceci dans une librairie proche du Palais du Roi. C’est un traité intéressant sur… »

Embrassant la saidar, Liandrin envoya les pages s’éparpiller sur le sol. « À moins que ce ne soit un traité sur l’asservissement de Rand al’Thor, qu’il brûle donc ! Qu’avez-vous appris au sujet de ce que nous cherchons ? »

Eldrith regarda les papiers épars en clignant des paupières. « Eh bien, c’est dans le Palais de la Panarch.

— Vous avez appris cela il y a deux jours.

— Et ce doit être un ter’angreal Tenir en bride une personne sachant canaliser oblige à user du Pouvoir et, puisque c’est une utilisation particulière, cela implique qu’il faut un ter’angreal. Nous le trouverons sûrement dans la salle d’exposition ou peut-être parmi la collection de la Panarch.

— Quelque chose de nouveau, Eldrith. » Avec un effort, Liandrin parvint à rendre sa voix moins aigre. « Avez-vous découvert un élément nouveau ? N’importe quoi ? »

La jeune femme aux joues rondes cligna des yeux, hésitante. « À vrai dire… Non.

— Peu importe, déclara Marillin. D’ici quelques jours, une fois qu’ils auront investi leur précieuse Panarch, nous pourrons commencer à chercher et devrions-nous examiner tous les chandeliers, nous le trouverons. Nous en sommes à deux doigts, Liandrin. Nous allons mettre en laisse Rand al’Thor et lui apprendre à faire le beau et à se rouler sur le ventre.

— Oh, oui, dit Eldrith avec un sourire de contentement. En laisse. »

Liandrin l’espérait bien. Elle était lasse d’attendre, lasse de se cacher. Que le monde la connaisse. Que les gens plient le genou comme la promesse en avait été faite quand elle avait pour la première fois renié d’anciens serments pour en prononcer de nouveaux.

Egeanine sentit qu’elle n’était pas seule dès qu’elle entra dans sa petite maison par la porte de la cuisine, mais elle laissa choir négligemment son masque et le sac de jute sur la table et se dirigea vers le seau d’eau posé près de la cheminée de brique. En se penchant pour prendre la louche de cuivre, sa main droite plongea dans un creux bas d’où deux briques avaient été retirées derrière le seau ; elle se retourna d’un bond en se redressant, une petite arbalète à la main. Longue d’un pied au maximum, cette arme n’avait ni grande puissance ni grande portée, mais Egeanine la maintenait toujours prête à tirer, et la tache sombre à la pointe acérée du carreau d’acier tuerait en l’espace d’un battement de cœur.

Si l’homme adossé nonchalamment dans l’angle de la pièce vit l’arbalète, il n’en témoigna rien extérieurement. Il avait une chevelure claire et des yeux bleus, il était d’âge mûr et bel homme, encore que trop mince pour son goût à elle. Manifestement, il l’avait observée par la fenêtre grillagée à côté de lui quand elle avait traversé la cour étroite. « Pensez-vous que je vous menace ? » dit-il au bout d’un instant.

Elle reconnut l’accent familier de son pays, mais elle n’abaissa par l’arbalète. « Qui êtes-vous ? »

En guise de réponse, il plongea soigneusement deux doigts dans l’escarcelle accrochée à sa ceinture – apparemment, il était quand même capable de voir – et en sortit quelque chose de petit et de plat. Elle lui fit signe de le poser sur la table et de reculer de nouveau.

C’est seulement quand il fut de retour dans le coin de la cuisine qu’elle s’approcha suffisamment pour ramasser ce qu’il avait mis là. Sans le quitter des yeux ni cesser de le viser avec l’arbalète, elle leva l’objet à bonne hauteur pour l’examiner. Une petite plaque d’ivoire encadrée d’or, où étaient gravés un corbeau et une tour. Un corbeau, le symbole de la Famille Impériale ; la Tour des Corbeaux, symbole de la justice impériale.

« Normalement, cela devrait suffire, lui dit-elle, mais nous sommes loin du Seanchan, dans un pays où le bizarre est presque banal. Quelle autre preuve pouvez-vous donner ? »

Avec un sourire d’amusement silencieux, il ôta son surcot, délaça sa chemise et l’enleva. Sur chaque épaule il y avait le tatouage du corbeau et de la tour.

La plupart des Chercheurs de la Vérité portaient les corbeaux aussi bien que la tour, mais pas même quelqu’un qui oserait voler une plaque de Chercheur ne voudrait avoir sur lui cette marque. Arborer les corbeaux, c’était être la propriété de la famille impériale. Une vieille histoire datant d’environ trois cents ans racontait qu’un seigneur et une dame, tous deux jeunes, s’étaient tatoués dans un moment d’ivresse. Quand l’Impératrice de l’époque l’avait appris, elle les avait fait amener à la Cour des Neuf Lunes et mis à nettoyer les sols. Ce type devait être un de leurs descendants. La marque du corbeau s’imprimait à jamais.

« Mes excuses, Chercheur, dit-elle en déposant l’arbalète. Pourquoi êtes-vous ici ? » Elle ne demanda pas de nom ; quelque nom qu’il donne pouvait être le sien ou un autre.