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Repoussant leurs mains, il se releva seul. Oh, d’accord, avec l’assistance du mur. Il se dit qu’il s’était peut-être bien foulé la moitié des muscles de son corps. Entêté ? Il ne s’était jamais entêté de sa vie. « Maîtresse al’Vere, voulez-vous demander à Hu ou à Tad de seller Steppeur ?

— Quand tu iras mieux, répliqua-t-elle en essayant de le tourner vers l’escalier. Ne crois-tu pas qu’un peu plus de repos ne serait pas de trop ? » Faile prit son autre bras.

« Trollocs ! » Le cri au-dehors arrivait étouffé par les murs, répété par une douzaine de voix. « Des Trollocs ! Des Trollocs ! »

« Aucune raison de te tracasser pour cela aujourd’hui », déclara Maîtresse al’Vere, ferme et apaisante à la fois. Ce qui donna à Perrin envie de grincer des dents. « Les Aes Sedai régleront de la bonne façon la situation. Dans un jour ou deux, nous t’aurons remis sur pied. Tu verras.

— Mon cheval », répliqua-t-il en essayant de se dégager. Elles avaient une prise solide sur les manches de son surcot ; tout ce à quoi il aboutit fut de les balancer d’avant en arrière. « Pour l’amour de la Lumière, cessez donc de me tirailler, que j’aille chercher mon cheval ! Lâchez-moi. »

Voyant son expression, Faile soupira et libéra son bras. « Maîtresse al’Vere, voulez-vous veiller à ce que son cheval soit sellé et amené ici ?

— Mais, ma chère, il a vraiment besoin…

— S’il vous plaît, Maîtresse al’Vere, dit Faile d’un ton résolu. Et mon cheval aussi. » Les deux femmes s’entre-regardèrent comme s’il n’existait plus. À la fin, Maîtresse al’Vere hocha la tête en signe d’assentiment.

Perrin fronça les sourcils en suivant des yeux son dos tandis qu’elle s’éloignait en hâte et disparaissait vers la cuisine et l’écurie. Qu’y avait-il de différent dans la demande de Faile par rapport à la sienne ? Reportant son attention sur elle, il questionna : « Pourquoi as-tu changé d’avis ? »

Tout en lui enfonçant sa chemise dans ses chausses, elle marmonna. Indubitablement, il n’était pas censé entendre assez bien pour comprendre. « Je ne dois pas user du mot “dois”, hein ? Quand il se montre trop têtu pour voir clair, il faut que je le mène avec du miel et des sourires, hein ? » Elle lui décocha un regard menaçant qui n’avait sûrement pas de miel dedans, puis brusquement elle changea pour un sourire si gracieux qu’il faillit reculer. « Mon cher cœur, déclara-t-elle d’une voix quasi roucoulante en rajustant son surcot, quoi qu’il arrive là-bas au-dehors, j’espère sincèrement que tu resteras en selle et aussi loin que tu pourras des Trollocs, Tu n’es pas encore d’attaque pour affronter un Trolloc pour le moment, n’est-ce pas ? Peut-être demain. Rappelle-toi, je t’en prie, que tu es un général, un chef et tout autant un symbole pour les tiens que cette bannière là dehors. Si tu te postes à un endroit où les gens peuvent te voir, cela réconfortera le cœur de chacun. Et c’est beaucoup plus facile de se rendre compte de ce que requiert la situation et de donner des ordres quand tu n’es pas toi-même en train de te battre. » Ramassant sa ceinture sur le sol, elle la boucla autour de sa taille, posant avec soin la hache sur sa hanche. Elle battit également des cils à son adresse ! « Je t’en prie, dis que c’est ce que tu feras. S’il te plaît ? »

Elle avait raison. Il ne tiendrait pas deux minutes contre un Trolloc. Et pas plus de deux secondes contre un Évanescent. Et il avait beau avoir mal au cœur de l’admettre, il ne durerait pas une demi-lieue en selle s’il courait après Loial et Gaul. Espèce de fou d’Ogier. Vous êtes un écrivain, pas un héros. « D’accord », dit-il. Une impulsion espiègle s’empara de lui. La façon dont elle et Maîtresse al’Vere avaient parlé par-dessus sa tête, et les battements de cils de Faile comme s’il était stupide ! « Je ne peux rien te refuser quand tu souris si joliment. »

« Je suis bien contente. » Toujours souriante, elle brossa son surcot, cueillant des peluches qu’il était incapable de distinguer. « Parce que, sinon, et que tu réussisses à survivre, je te jouerai le tour que tu m’as joué ce premier jour dans les Voies. Je ne te crois pas encore assez fort pour m’en empêcher. » Ce sourire lui rayonna au visage, tout vivacité amoureuse et charme. « M’as-tu comprise ? »

Un petit rire lui échappa malgré lui. « Comme qui dirait que mieux vaudrait qu’on me tue. » Elle ne parut pas trouver que c’était drôle.

Hu et Tad, les palefreniers secs comme des cotrets, amenèrent Steppeur et Hirondelle peu après qu’ils sortirent. Tous les autres habitants étaient apparemment rassemblés à l’autre bout du village, au-delà du Pré Communal avec ses moutons, ses vaches et ses oies et cette bannière rouge et blanche arborant une tête de loup qui ondulait dans la brise matinale. Dès que lui et Faile eurent enfourché leurs chevaux, les palefreniers coururent aussi là-bas, sans un mot.

Quoi que fût ce qui se passait, il ne s’agissait manifestement pas d’une attaque. Perrin voyait des femmes et des enfants dans la foule et les cris de « Trollocs » s’étaient atténués en un murmure rappelant le cacardage des oies. Il avançait lentement, ne voulant pas vaciller en selle ; Faile maintenait Hirondelle près de lui et le surveillait. Si elle pouvait changer d’avis une fois sans raison, elle pouvait recommencer et il ne voulait pas de discussion sur l’endroit où il devrait être.

La foule qui jasait comptait apparemment la population entière du Champ d’Emond, habitants du village et fermiers aussi, tous serrés épaule contre épaule, mais ils s’écartèrent pour qu’ils passent, lui et Faile, quand ils virent qui il était. Son nom entra dans les murmures, en général accolé avec Les-Yeux-d’Or. Il repéra aussi le mot « Trolloc », mais sur des tons plus étonnés qu’effrayés. Du haut de Steppeur, il avait un bon coup d’œil par-dessus leurs têtes.

La masse serrée de gens se pressait depuis les dernières maisons jusqu’à la ceinture de pieux aiguisés. La lisière de la forêt, éloignée de près de trois cents toises de l’autre côté d’un champ de souches dépassant à peine le sol, était silencieuse et vide d’hommes munis de hache. Ces hommes formaient un cercle de torses nus couverts de sueur dans la foule autour d’Alanna et de Vérine ainsi que de deux hommes. Jon Thane, le meunier, essuyait du sang sur ses côtés, son menton en galoche plaqué contre sa poitrine pour observer ce que faisaient ses mains. Alanna se redressa auprès de l’autre, un bonhomme aux cheveux poivre et sel que Perrin ne connaissait pas, qui se releva d’un bond et esquissa un pas de danse comme s’il avait du mal à croire qu’il en était capable. Lui et le meunier regardaient tous deux les Aes Sedai avec révérence.

L’affluence autour des Aes Sedai était trop grande pour que quiconque s’écarte devant Steppeur et Hirondelle, mais il y avait de plus petits espaces libres autour d’Ihvon et de Tomas, de chaque côté de leurs chevaux d’armes. On n’avait pas envie de venir trop près de ces animaux aux yeux féroces, qui avaient l’un et l’autre l’air de guetter uniquement l’occasion de mordre ou de piétiner.

Perrin réussit à aller jusqu’à Tomas sans trop de difficultés. « Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Un Trolloc. Seulement un. » Bien que le Lige ait parlé sur le ton de la conversation, ses yeux noirs ne s’attardèrent pas sur Perrin et sur Faile mais continuèrent à surveiller presque aussi étroitement Vérine que l’orée de la forêt. « Seuls, ils ne sont généralement pas très malins. Rusés mais pas intelligents. Le groupe des bûcherons l’a mis en fuite avant qu’il ait commis plus de dégâts que tirer un peu de sang. »