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Il trouva Aviendha près de la demeure de Lian, en train de battre avec vigueur un tapis à raies bleues suspendu à une corde, d’autres empilés à côté d’elle en un tas plein de couleurs. Ecartant de son front des mèches de cheveux humides de sueur, elle le dévisagea sans la moindre expression quand il lui tendit le bracelet en disant que c’était un cadeau en échange de son enseignement.

« J’ai donné des bracelets et des colliers à des amis qui n’étaient pas armés de la lance, Rand al’Thor, mais je n’en ai jamais porté un. » Sa voix était parfaitement neutre. « Ces choses-là cliquettent et font du bruit qui trahit votre présence quand vous devez être silencieux. Elles s’accrochent quand vous devez vous déplacer rapidement.

— Mais vous pouvez le porter maintenant que vous allez être une Sagette.

— Oui. » Elle retourna le cercle d’ivoire comme si elle ne savait pas quoi en faire puis, brusquement, elle fourra la main dedans et leva son poignet pour l’examiner. Elle aurait aussi bien pu contempler une entrave.

« S’il ne vous plaît pas… Aviendha, Adeline a dit que cela n’entacherait pas votre honneur. Elle avait même paru approuver. » Il mentionna la cérémonie de dégustation du thé, et elle ferma étroitement les paupières et frémit. « Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Elles pensent que vous tentez d’éveiller mon intérêt. » Il n’aurait pas cru que sa voix puisse être aussi dépourvue d’inflexion. Ses yeux n’exprimaient aucune émotion. « Elles vous ont accordé leur approbation, comme si je maniais encore la lance.

— Par la Lumière ! C’est assez simple d’arranger ça. Je ne… » Les yeux d’Aviendha flamboyèrent et il s’interrompit.

« Non ! Vous avez accepté leur approbation et maintenant vous voudriez la repousser ? C’est cela qui me déshonorerait ! Croyez-vous être le premier homme à essayer d’attirer mon attention ? Elles doivent penser ce qu’elles pensent, à présent. Cela n’a pas d’importance. » Avec une crispation du visage, elle empoigna à deux mains la tapette en baguettes tressées. « Allez-vous-en. » Avec un coup d’œil au bracelet, elle ajouta : « Vous ne savez vraiment rien, n’est-ce pas ? Vous ne savez rien. Ce n’est pas votre faute. » Elle paraissait répéter quelque chose qui lui avait été dit, ou essayer de s’en convaincre. « Je suis navrée si je vous ai gâché votre repas, Rand al’Thor. Partez, je vous en prie. Amys dit que je dois nettoyer la totalité de ces couvertures et de ces tapis, quelque temps que cela demande. Cela prendra toute la nuit si vous restez là à parler. » Lui tournant le dos, elle frappa avec violence le tapis rayé, le bracelet d’ivoire tressautant sur son poignet.

Il ne savait pas si les excuses d’Aviendha avaient pour origine son cadeau ou un ordre d’Amys – il inclinait pour cette dernière hypothèse – pourtant elle avait réellement l’air de parler du fond du cœur. Elle n’était certainement pas contente – à en juger par l’âpre grognement d’effort qui accompagnait chaque brutal moulinet de la tapette – mais pas une fois elle n’avait eu l’air hostile. Bouleversée, consternée, furieuse même, mais pas hostile. C’était mieux que rien. Elle finirait peut-être par devenir vivable.

Quand il mit le pied dans l’antichambre au carrelage brun de la maison de Lian, les Sagettes étaient en pleine conversation, toutes les quatre avec leur châle drapé lâchement sur leurs coudes. Elles se turent à son entrée.

« Je vais vous faire conduire à votre chambre, annonça Amys. Les autres ont vu les leurs.

— Merci. » Il jeta un coup d’œil en arrière vers la porte, les sourcils légèrement froncés. « Amys, avez-vous dit à Aviendha de me présenter des excuses pour le dîner ?

— Non. Elle s’est excusée ? » Ses yeux bleus eurent pendant un instant une expression pensive ; il eut l’impression que Bair était sur le point de sourire. « Je ne le lui ai pas ordonné, Rand al’Thor. Des excuses sur commande ne sont pas des excuses.

— Il a seulement été indiqué à cette jeune femme de battre des tapis jusqu’à ce qu’elle ait transpiré un peu de sa mauvaise humeur, indiqua Bair. Quoi que ce soit de plus venait d’elle.

— Et pas dans l’espoir de se soustraire à ses travaux, ajouta Seana. Elle doit apprendre à contrôler sa colère. Une Sagette doit maîtriser ses émotions, et pas ses émotions la dominer. » Avec un léger sourire, elle regarda Mélaine du coin de l’œil. La Sagette blonde pinça les lèvres et aspira dédaigneusement par le nez.

Elles essayaient de le convaincre que désormais Aviendha serait une charmante compagnie. Le croyaient-elles réellement aveugle ? « Vous devez savoir que je suis au courant. À son sujet. Que vous l’avez placée là pour m’espionner.

— Vous n’êtes pas aussi bien informé que vous le pensez », répliqua Amys, qui avait tout d’une Aes Sedai avec les sous-entendus qu’elle n’avait pas l’intention de le laisser déchiffrer.

Mélaine rajusta son châle en le toisant du haut en bas d’une manière méditative. Il connaissait un peu les Aes Sedai ; si elle en avait été une, elle serait de l’Ajah Verte. « J’admets, dit-elle, qu’au début nous avions pensé que vous ne verriez pas au-delà d’une jolie jeune femme et vous êtes assez beau garçon pour qu’elle ait trouvé votre compagnie plus amusante que la nôtre. Nous n’avions pas compté avec l’acidité de sa langue. Ou avec d’autres choses.

— Alors pourquoi tenez-vous tellement à ce qu’elle reste avec moi ? » Il y avait plus d’emportement dans sa voix qu’il ne le souhaitait. » Vous n’imaginez tout de même pas que je vais maintenant lui révéler ce que je ne veux pas que vous sachiez.

— Pourquoi l’autorisez-vous à rester ? questionna calmement Amys. Si vous refusiez de l’accepter, comment pourrions-nous vous y obliger ?

— Au moins, de cette façon, je connais qui est l’espion. » Avoir Aviendha sous ses yeux valait sûrement mieux que se demander lesquels étaient ceux des Aiels qui le surveillaient. Sans elle, il soupçonnerait probablement que toute remarque fortuite de Rhuarc était une tentative pour le sonder. Naturellement, il n’avait aucun moyen de vérifier que ce n’était pas déjà le cas. Rhuarc était marié à l’une de ces femmes. Soudain, il fut content de ne s’être pas confié davantage au chef de clan. Et attristé d’avoir eu cette pensée. Pourquoi avait-il été persuadé que les Aiels seraient plus simples que les Puissants Seigneurs de Tear ? « Je me satisfais parfaitement de la laisser là où elle est.

— Alors nous sommes tous satisfaits », conclut Bair.

Il dévisagea d’un air narquois la femme au teint basané. Il y avait dans sa voix un drôle de ton, comme si elle en savait plus long que lui. « Elle ne trouvera pas ce que vous voulez.

— Ce que nous voulons ? » répéta sèchement Mélaine ; ses longs cheveux balayèrent l’air comme elle secouait la tête. « La prophétie annonce que “sera sauvé un reste du reste”. Ce que nous voulons, Rand al’Thor, Car’a’carn, c’est sauver le plus grand nombre des nôtres que nous pourrons. Quels que soient votre sang et les traits de votre visage, vous n’éprouvez rien pour nous. Je vous ferai comprendre que notre sang est le vôtre quand bien même je devrais poser le…

— Je crois, intervint Amys en lui coupant avec aisance la parole, qu’il aimerait maintenant voir la chambre où il dormira. Il a l’air fatigué. » Elle frappa dans ses mains un coup sec, et une gai’shain élancée apparut. « Conduisez cet homme à la chambre qui a été préparée pour lui. Apportez-lui ce dont il a besoin. »