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Les yeux de Nynaeve s’ouvrirent d’un seul coup, leur regard levé fixement vers elle. « Si elle connaît ce que c’est, pourquoi ne le leur a-t-elle pas donné ? Si elles savent qui elle est, pourquoi est-elle obligée d’aller dans le Tel’aran’rhiod pour le regarder ? Se cache-t-elle aussi d’elles ?

— Qu’est-ce que vous racontez ? »

Ses tresses oscillant dans tous les sens tandis qu’elle se redressait en se tortillant pour s’asseoir appuyée à la tête du lit, Nynaeve tira sur sa chemise de soie jusqu’à ses pieds. « Je vais vous expliquer de quoi je parle. »

La bouche d’Élayne béa de stupeur tandis qu’elle expliquait ce qu’était devenue sa rencontre avec Egwene. Ses recherches au moyen de la nécessité. Moghedien. Birgitte et Gaidal Cain. Le collier et les bracelets de métal noir. Asmodean dans le Désert. Un des sceaux de la prison du Ténébreux dans le Palais de la Panarch. Élayne se laissa choir faiblement au bord du matelas longtemps avant que Nynaeve en vienne à Temaile et la Panarch, mentionnés presque après coup. Et à son changement d’apparence, se déguisant en Rendra. Si l’expression de Nynaeve n’avait pas été tellement sérieuse et lugubre, Élayne aurait pu penser que c’était un des récits les plus extravagants de Thom.

Egeanine, assise en tailleur dans sa chemise de toile, les mains sur les genoux, avait l’air bien près d’être incrédule. Élayne espéra que Nynaeve n’allait pas déclencher une scène parce qu’elle avait détaché les poignets de la jeune femme.

Moghedien. C’était ce qu’il y avait de plus horrifiant. Une des Réprouvés dans Tanchico. Une des Réprouvés tissant le Pouvoir autour d’elles deux, les forçant à tout lui dire. Élayne était incapable de se souvenir de quoi que ce soit. Cette idée suffit à ce qu’elle appuie ses deux mains sur un estomac soudain pris de nausées. « Je ne sais pas si Moghedien – Ô Lumière, est-elle réellement entrée tout droit et nous a obligées… ?– se cache de Liandrin et des autres, Nynaeve. Cela cadre avec ce que Birgitte – Ô Lumière, Birgitte lui donnant des renseignements !– a dit d’elle.

— Peu importe ce que manigance Moghedien, répliqua Nynaeve d’une voix tendue, j’ai l’intention de régler mes comptes avec elle. » Elle se laissa retomber avec lassitude contre la tête de lit sculptée de fleurs. « En tout cas, il faut que nous leur enlevions le sceau ainsi que ce collier et les bracelets. »

Élayne secoua la tête. « Comment des bijoux pourraient-ils être dangereux pour Rand ? Êtes-vous sûre ? Est-ce que ce sont des espèces de ter’angreal. À quoi ressemblent-ils exactement ?

— Ils ressemblent à un collier et à des bracelets, riposta Nynaeve avec exaspération. Deux bracelets articulés fabriqués dans un métal noir quelconque et un large collier comme un col noir… » Ses yeux virèrent vers Egeanine, mais pas plus vite que ceux d’Élayne.

Impassible, la jeune femme brune se mit à genoux pour s’asseoir sur ses talons. « Je n’ai jamais entendu parler d’un a’dam fait pour un homme, ou d’un a’dam tel que vous le décrivez. Personne n’essaie de maîtriser un homme qui peut canaliser.

— C’est exactement ce à quoi sert celui-ci », dit lentement Élayne. Oh, par la Lumière, je suppose que j’espérais qu’il n’existait pas. Du moins Nynaeve avait-elle été la première à le découvrir ; du moins avaient-elles une chance d’empêcher qu’il soit utilisé contre Rand.

Les yeux de Nynaeve se rétrécirent quand elle aperçut les mains libres d’Egeanine, mais elle ne les mentionna pas. « Moghedien doit être la seule au courant. Autrement, cela n’a pas de sens. Si nous pouvons trouver un moyen d’entrer dans le palais, nous prendrons le sceau et le… ce machin. Et si nous arrivons à emmener aussi Amathera, Liandrin et ses camarades se verront cernées par la Légion de la Panarch et la Garde Civile, et peut-être les Blancs Manteaux. Elles ne seront pas toutes capables de se canaliser une sortie à travers ça ! Le problème est de s’introduire sans être repérées.

— J’ai quelques idées là-dessus, répliqua Élayne, mais je crains que les hommes ne soulèvent des objections.

— Laissez-moi m’en occuper, rétorqua avec mépris Nynaeve. Je… » Un bruit de coups retentit dans le couloir, un homme cria ; ce fracas cessa aussi vite qu’il avait commencé, le silence se rétablit. Thom était de garde là dehors.

Élayne s’élança pour ouvrir la porte, embrassant la saidar en même temps qu’elle sortait en courant, mais Nynaeve se précipita à bas du lit juste derrière elle, et de même Egeanine.

Thom qui était tombé commençait à se redresser, une main à la tête. Juilin avec son bâton et Bayle Domon avec son gourdin étaient debout au-dessus d’un homme aux cheveux blond clair gisant face contre terre sur le sol, inconscient.

Élayne se hâta vers Thom, essayant avec douceur de l’aider à se relever. Il lui adressa un sourire reconnaissant, mais écarta ses mains avec obstination. « Je vais tout à fait bien, mon petit. » Bien ? Une bosse grossissait sur sa tempe ! « Cet individu longeait le couloir quand, subitement, il m’a donné un coup de pied à la tête. Il en voulait à ma bourse, je suppose. » Simplement comme ça. Un coup de pied sur la tête et il se portait comme un charme.

« Il l’aurait eue, aussi, commenta Juilin, si je n’étais pas venu voir si Thom avait envie d’être remplacé.

— Si moi je n’avais pas décidé », marmotta Domon. Leur hostilité semblait moins concentrée que d’ordinaire.

Il ne fallut qu’une minute à Élayne pour comprendre pourquoi. Nynaeve et Egeanine étaient en chemise dans le couloir. Juilin les reluquait d’un air approbateur qui aurait causé du grabuge si Rendra l’avait surpris, bien qu’il ait au moins tenté de se montrer discret. Domon ne faisait aucun effort pour dissimuler sa franche appréciation d’Egeanine, bras croisés et lèvres plissées d’une façon écœurante tandis qu’il la détaillait de la tête aux pieds.

Les autres jeunes femmes se rendirent vite compte de la situation, mais leurs réactions furent totalement différentes. Nynaeve, dans sa fine chemise de soie blanche, décocha au preneur-de-larrons un regard neutre et rentra à pas dignes dans la chambre, passant ensuite un visage quelque peu empourpré le long de l’embrasure de la porte. Egeanine, dont la chemise de toile était considérablement plus longue et plus épaisse que celle de Nynaeve – Egeanine, qui avait été froide sérénité en devenant prisonnière, qui combattait comme un Lige – Egeanine ouvrit de grands yeux et devint pourpre, avec un hoquet horrifié. Élayne regarda, stupéfaite, la jeune Seanchane pousser un cri mortifié et rentrer littéralement d’un bond dans la chambre.

Des portes s’ouvrirent brusquement et le long du couloir des têtes surgirent ; elles disparurent aussitôt, dans un concert de claquements de battants qui se referment, à la vue d’un homme étendu sur le sol et d’autres debout au-dessus de lui. Des bruits de lourds objets qu’on traîne suggéraient que les gens se barricadaient à l’intérieur de leur chambre avec leur lit ou une armoire.

De longs moments plus tard, Egeanine passa la tête à l’extérieur du côté opposé à Nynaeve, toujours rouge comme un coq jusqu’aux cheveux. Élayne ne comprenait vraiment pas. La jeune femme était en chemise, certes, mais cette chemise la couvrait presque aussi bien que la robe tarabonaise d’Élayne. N’empêche que Juilin et Domon n’avaient pas le droit de lorgner de cette façon. Elle fixa sur ces deux-là un regard qui aurait dû les remettre à leur place immédiatement.

Malheureusement, Domon était trop occupé à glousser et à se frotter la lèvre supérieure pour le remarquer. Du moins Juilin s’en aperçut-il, même s’il poussa un profond soupir selon la coutume des hommes quand ils se considèrent traités injustement. Évitant le regard d’Élayne, il se pencha pour hisser l’individu blond sur son dos. Un assez bel homme, svelte.